UNE POTEE SANS HARRY


UNE POTEE SANS HARRY

De cette mousse que la nuit les fourmis déplacent dans le bac à sable de l’enfant, je me tire pour trouver le suint d’un brame

La poule faisane se détourne du fusil comme une plaque de village corse en entrant en période des châtaignes

Que d’ocres le feu de mes tomettes cherche à sortir d’une histoire qui fait un tabac sans m’avoir fait autrement que fuir

Comme le papillon se déplace sans autre idée en tête que de mettre de la couleur sur la nappe grise, le peintre travaille follement pris entre la famine et la boulimie du peint

Un poète dans son jardin possède des cailloux qui boutonnent l’arbre à soie d’un chemin décousu à l’espoir de gagner la foi laïque d’éclairer la misère d’un chant d’amour…

Niala-Loisobleu – 13 Février 2021

6 réflexions sur “UNE POTEE SANS HARRY

    • LA MAIN, EN ÉCRIVANT

      La main est le berger de l’ombre.
      L’ombre des mots.
      L’ombre de rien.
      Elle rassemble.
      Une île entre le visible et l’invisible.
      C’est par là qu’elle touche les morts, qu’elle les caresse et leur parle.
      Ils posent leur front glacé entre nos doigts.
      C’est la mémoire des outils, des courbatures.
      Des gestes vers la terre.
      Et l’on se surprend à tracer dans l’air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre.
      A détourner des rivières muettes.
      La main sait tout
      Le mouvement du pain.
      Les poutres sur l’épaule.
      Conduire les troupeaux.
      Cueillir, toucher, ouvrir.
      Quand trop de lumière aveugle, la main couvre, incline et l’espace se referme.
      Est-ce la pierre qui a façonné la paume, la rivière, l’arbre?
      Est-ce le ciel, la montagne ou la crevasse ?

      La main a les odeurs du monde en son ventre, elle ruisselle, elle pleure de toutes ses eaux, et les pluies gémissent entre ses doigts.
      Elle est une jeune fille sortie de l’eau du corps, du bleu liquide de la nuit.
      Elle embrasse le soleil au plus haut de ses lèvres.
      Et son rire gicle sur le dos des bêtes.
      Elle est l’autre côté.
      Elle connaît le début, la fin.
      Et pire.

      La main hurle debout, quitte le sol, ses nœuds et ses grilles s’enchevêtrent.
      On entend encore son souffle dans le plus petit mot.
      Son halètement, ses peurs.
      Elle est le fruit d’un soupir.
      Un geste de l’âme vers le corps pour marquer une entente.
      Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
      Une fête de première fois.

      Elle est cette vieille idée sur le visage de
      Dieu pour raconter à l’homme comment lui-même s’est ouvert en deux.

      La main nous console de tout ce sang séparé.
      Elle s’accouple sans cesse et sa robe rouge couche dans ses coutures la grâce violente des retrouvailles.

      Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes, terre sous le sexe, ciel sur le dos.
      Ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

      Elle étrangle, elle arrache et dresse tous ses muscles à bâtir le corps qui n’est plus le corps.

      Quand les mains frappent l’enfant, elles le tuent deux fois — une fois dans sa chair, une fois dans son âme.
      Le nouveau venu est au pays des morts.
      Il doit traverser sa vie avant de l’atteindre comme un voyageur aveugle. Égaré.

      La main sèche les larmes quand sont venus les étour-neaux de nos douleurs et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.
      La main ferme les plaies.
      Comme
      A-t-elle retrouvé en son sang les cris, les mots rentrés du corps dans la lumière?

      Dominique Sampiero

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