UNE POTEE SANS HARRY


UNE POTEE SANS HARRY

De cette mousse que la nuit les fourmis déplacent dans le bac à sable de l’enfant, je me tire pour trouver le suint d’un brame

La poule faisane se détourne du fusil comme une plaque de village corse en entrant en période des châtaignes

Que d’ocres le feu de mes tomettes cherche à sortir d’une histoire qui fait un tabac sans m’avoir fait autrement que fuir

Comme le papillon se déplace sans autre idée en tête que de mettre de la couleur sur la nappe grise, le peintre travaille follement pris entre la famine et la boulimie du peint

Un poète dans son jardin possède des cailloux qui boutonnent l’arbre à soie d’un chemin décousu à l’espoir de gagner la foi laïque d’éclairer la misère d’un chant d’amour…

Niala-Loisobleu – 13 Février 2021

LA MÉMOIRE QUI CHANTE… AVEC JEAN VASCA


C’est un matin d’été sans doute imaginé…

En bonus à La mémoire qui chante, voici le deuxième épisode d’une suite d’anecdotes chansonnières que je me suis engagé à vous livrer jusqu’à la clôture, le 27 août, du financement participatif de ce livre à paraître à la mi-octobre (et dont les noms des contributeurs, je le rappelle, figureront dans l’édition originale – et seulement celle-ci…). Après Anne Sylvestre, la mémoire me chante en compagnie de Jean Vasca.

LA MÉMOIRE QUI CHANTE… AVEC JEAN VASCA

« C’est un matin d’été sans doute imaginé », dit la chanson. Merveilleuse chanson que celle-ci, au demeurant, la première de l’album éponyme de 1981 : Matinale… À vrai dire, c’était plutôt un après-midi d’été improvisé – en tout cas pour moi. Avec ma chère et tendre, nous étions de passage chez les Vasca, à l’époque où ils prenaient leurs quartiers d’été dans un superbe village préservé des estivants et de la société de consommation nommé Tharaux. Une sorte de nid d’aigle perdu dans les Cévennes, où s’achevait en cul-de-sac la route départementale. Un piton rocheux et à côté les gorges de la Cèze… Les habitants ? Moins de cinquante, peut-être, en ce milieu des années 1980.https://www.youtube-nocookie.com/embed/kZuYbLeLk1Q?wmode=transparent

Nous y étions venus la première fois en juillet 1982, en vue de « son » dossier de Paroles et Musique à paraître en septembre. Cette fois, on avait simplement prévu d’effectuer un crochet sur la route des vacances. Retrouvailles pour le déjeuner, après un départ de bonne heure depuis la région parisienne. Le déjeuner ? Une fête plutôt, une célébration du palais, comme toujours avec Vasca, excellent cuisinier et amateur de bonne chère et de vins fins… Après ça, reprendre la route, surtout par cette chaleur, rien que d’y penser… « Comment ça, reprendre la route ?! s’insurge Vasca. Pas question, vous passez la nuit ici. D’ailleurs, on m’attend cet après-midi à Alès pour une conférence-débat sur la chanson et j’ai annoncé que Fred y participerait avec moi. »

Ah bon ? Sympa… de me prévenir au dernier moment ! Grrrr… Moi qui me voyais déjà en vacances, j’allais retourner au turbin ! Pas moyen de faire la moindre infidélité à Madame la Chanson… Pas plus qu’à l’artisan du grand œuvre de la chanson poétique francophone. Vous pensez que je délire en écrivant ces mots ? Alors, sachez que trois autres fous étaient victimes de cette même fièvre : Jean Ferrat, Léo Ferré et Claude Nougaro qui voyaient en Vasca le Rimbaud de la chanson française – pas né pour rien à Charleville-Mézières, le bougre ! Réincarnation en chanteur, vous croyez ?

Mon chant monte vers vos silences
Entre la flamme et le couteau
Du plus lointain de mon enfance
Je suis un cri hors du fourreau
Les mots sont des soleils futurs
Qui roulent d’écho en écho
De branche en branche vers l’azur
Je suis un arbre plein d’oiseaux…
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Bref… « Bon, ouais, d’accord, mais si tu me l’avais dit, j’aurais pu préparer quelque chose…

– T’inquiète, on va parler poésie et chanson, et puis métier aussi, médias et chanson, tu connais tout ça par cœur… »

Alès, première « grande » ville à proximité de Tharaux. Moins de 23 km à vol d’oiseau… Tharaux-Antraigues-sur-Volane, pas bien loin non plus, ce qui explique d’autres mémorables déjeuners ou dîners en compagnie de Jean Ferrat… Mais c’est une autre histoire.

LA MÉMOIRE QUI CHANTE… AVEC JEAN VASCA

Alès, donc. Un centre culturel. Personnel sympathique et compétent ; public nombreux et curieux… Nous voilà, Jean et moi, sous le feu nourri des questions après un exposé de l’auteur-compositeur sur son art et un autre de ma part, tout à fait improvisé, sur l’état des lieux de la chanson vivante. Tout se passe bien… et se prolonge jusqu’en fin d’après-midi. Plus question en effet de reprendre la route. À l’issue de la rencontre, les organisateurs remettent un cachet à l’artiste, c’était prévu comme ça pour l’avoir mobilisé tout ce temps. Puis ils me tendent une enveloppe.

« C’est quoi ?

– Ben, c’est pour votre participation. Votre défraiement. On a été ravis de pouvoir compter sur votre présence, c’était très intéressant. »

Moi, un peu gêné… J’avais accepté par amitié pour Vasca. Pour le plaisir d’être avec lui et de confronter notre parole avec celle des amateurs de chanson présents. Pas pour encaisser quelques sous… « Ne refuse pas, me dit Jean, tu vas en avoir besoin, j’ai prévu un bon restau pour ce soir ! » Ah bon ?! Tout était prévu, décidément… Scrogneugneu !https://www.youtube-nocookie.com/embed/Q1r465RiAI8?rel=0&wmode=transparent

Et nous voilà vers vingt heures aux abords d’Alès. J’ai oublié le nom de l’établissement – pensez, c’était y a trente ans… – mais je peux vous dire que ça n’était pas du fast food de l’oncle Sam : au hit-parade de la gastronomie, on était au top de l’Hexagone ! Ça m’a rappelé une anecdote que m’avait confiée Vasca : « Pour moi, les grands cuisiniers sont des artistes, j’ai eu la chance d’en rencontrer quelques-uns et d’être invité chez eux : chaque fois, on a fait une véritable messe des papilles et de l’intellect, quelque chose de formidable ! » En fait, le malin avait trouvé le truc : il troquait un repas pour lui et sa chère Annie contre un spectacle. Chez les frères Troisgros notamment, à Roanne ; grandes pointures de leur art et aficionados de Vasca – honnêtes hommes, quoi ! Chez Bocuse aussi, à Lyon… « Monsieur Paul », mon rêve !

Bref, on se régale les papilles comme jamais. Jamais en effet, avec ma chère et tendre, on n’avait connu de cuisine aussi raffinée… Et quels vins ! Pas étonnant de la part de Vasca qu’il connaisse cette bonne adresse ; tout au contraire, même : n’avais-je pas conclu son dossier sur ce chapitre-là ? « La gastronomie, bien que tu n’aimes pas ce mot, disons la cuisine, apparaît comme quelque chose de très important chez toi : quand on partage un repas avec toi, on a un peu l’impression de célébrer une messe… Il n’était donc pas concevable de conclure ce dossier sans lui adjoindre une rubrique gastronomique !https://www.youtube-nocookie.com/embed/Ej1kQkUTC_A?rel=0&wmode=transparent

– Oui, pour moi c’est quelque chose d’important, mais comme faisant partie d’un ensemble, je n’aime pas l’isoler. Ça rentre dans le grand spectre des sensations, du physique, de la sensualité, comme l’amour ou la connaissance de la nature ; c’est tout à fait important, les papilles, cela fait partie d’une culture générale au sens vrai du terme. J’y trouve un plaisir réel, mais aussi une parcelle de vérité fondamentale. Je dirai même, pour plagier un peu Aragon, que la gastronomie est l’une des formes supérieures du désespoir. »

Vers la fin du repas – que dis-je, du repas ? du festin ! –, alors que le Chef vient nous offrir un digestif maison et converser un peu avec maître Vasca, Mauricette ouvre l’enveloppe contenant mon « cachet », qu’elle avait rangée dans son sac et que j’avais presque oubliée… Elle me montre discrètement le chèque… Pas possible, ils se sont trompés ! Grosse somme… Enfin, toutes proportions gardées. Disons qu’ils avaient compté le déplacement depuis Paris plus un hébergement, repas compris pour deux. Comme si tout avait été prévu de longue date.

C’était la première surprise. La seconde n’allait pas tarder à nous exploser à la figure avec la note finale. Pour le coup, c’était vraiment la douloureuse ! Je ne sais plus pour Vasca, habitué des lieux il devait être habitué à ça aussi, mais nous on a écarquillé les yeux en découvrant le résultat chiffré de nos agapes…

LA MÉMOIRE QUI CHANTE… AVEC JEAN VASCA

« Être gastronome, avait poursuivi le chantauteur dans Paroles et Musiquec’est faire et c’est consommer : j’aime faire la cuisine et j’aime la partager – parce qu’on ne consomme pas seul. Dans le fait de manger des plats élaborés, étonnants, il y a ce côté convivial, fraternel, qui est important ; c’est la fête qui conduit à une espèce d’ébriété, d’excitation nécessaire pour aller vers l’autre. Je ne suis pas en train de prôner les drogues dures [rires], ce n’est pas ça, je pense simplement que la gastronomie est un moyen privilégié pour s’évader de ce quotidien trop dur…

» Ce qui est monstrueux, parce que l’homme ne mérite pas d’être sanctionné à ce niveau-là, c’est que ça revient TRÈS cher ! »

Cher, très cher… Ô combien ! Ce soir-là, il a fallu qu’à mon cachet on rajoute un chèque conséquent. Si j’avais su, j’aurais proposé de revenir le lendemain à Alès pour une seconde conférence, histoire de compenser un peu la différence !

« La poésie fout l’camp, Vasca ! » te disait Léo… Peut-être, c’est à voir. Mais pas la mémoire. En aucun cas la mémoire. Ni le reste, invisible aux yeux, malgré le temps qui passe ; n’est-ce pas, ami, frangin, camarade…https://www.youtube-nocookie.com/embed/HWcLrmKK2zw?rel=0&wmode=transparent

NB. Vingt-six albums au compteur (le dernier, paru fin 2015, s’intitule Saluts !) et cinquante ans de « poèmes et chansons » rassemblés dans un ouvrage de 640 pages : La Concordance des temps (1964-2014). C’est peu de dire qu’il s’agit d’un ouvrage rare et d’une œuvre unique. Disques et livre à commander chez l’auteur.

VASCA AU PANTHÉON DE CHORUS :
Pour mémoire, quinze ans après celui de Paroles et Musique, aujourd’hui épuisé, nous avons consacré un autre dossier important à Jean Vasca dans le numéro d’hiver 97/98 de Chorus (avec Jean-Jacques Goldman en couverture). Curiosité : il s’agissait dans les deux cas du numéro 22. Il nous reste quelques exemplaires « collectors » de celui de Chorus (d’où est tirée la photo d’ouverture de ce sujet), que vous pouvez demander en « contrepartie » (voir le site d’Ulule pour les modalités) de votre contribution à l’édition de La mémoire qui chante.

L’ARBRE A RESONANCE


L’ARBRE A RÉSONANCE

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Qu’en disant : pâle émondé à falloir
Serait-il arbre à raser de savoir
Même sans nom à porter pour son deuil
Ne tenant aucun froid corps à son seuil

Au sang neuf
Pas tout veuf

De feuilles disparues
Tient quad-même à la rue

De maintes pluies
Renoue sans bruit

Tout à l’an maintenant
Plein allant mains tenant

En deux mille à l’an trois
Deux mille en plein tout droit

Non de nom ô Pardon
Noué même cloué même
Platane est aussi don
D’ombre pour tous qu’il aime

Au vrai n’est pas laid tant
Sème aux pas haletants
Tous ces sons qui résonnent
En pente qu’il arraisonne
Tous ces fils de lumière
Qui ont connu les guerres

Voyez ces cœurs marqués aussi tendre à son bord

A l’écorce craquée qu’il ne peut avoir tord

Même si fut tirée ça a vrillé en vain Tue la vue mais retisse
Cette foudre artifice La chair tenue au vin Les traits chantants – le bruit
d’une nuit étirée

Pour lui frais sans renom
Qui – au brillant – dit non

Du labyrinthe en murs Leur eau prise à la ronde Là dans sa halte est-ce
Tu demeures au futur Si ivre en airs du monde Est-ce en silence qu’il gobe
Cette lune à sa robe
Lui si haut en finesse
La sachant si cachée
Au paravent déhanché
Et ascète au bon nid
Et saint au nom honni
Platane platane

Veut – Se rêve Plus tout jeune
Être roi Pourtant jeûne
O sans toit Sans aumône
Ni relève Tient le trône
Explosant fixe
En croisées d’X

Lors il médite en plis
Et – encore – se déplie

D’ailleurs – si sonore et bruissant
Qu’il – ô Sans son vert port luisant
Se dépièce à sa lune
En bien peu de vraie tune

Lui
Tant-pis
Si
Deux pies lui volent son haut vol
Tout en proie
A sa croix
Sait l’étroit
Casser droit

Et les pierrots tous rêvassant
A lui – ô Depuis acquiesçant
Lui qui luit
Dans la nuit
Se haussant s’assurant
Tient tête
Aux tempêtes
Qui ravinent
Aux racines
Et s’affine
A une lime
Pare au sang des errants
Ici reste tout en geste

Lui le pâtre
Se met en quatre
Du droit passant
Evanescent
A la lumière
Contre la pierre

Et nul berger
Dans sa vraie toile
N’est bien âgé
Cœur à l’étoile

Platane platane
Ramifie en obliques
Comme tout en musique
Rissolant à la lune
Avec aucune tune
Sis à ses régiments
Alignés sous l’argent
Qui même ne dénoue
Ni même ne dément
Les pas heurté des gens
C’est lui qui reluit Et déroule
Là – les ombres Toutes en nombre
A son tronc Aussi rond
Qu’alors -saoules – S’en vont et s’enfuient

Et ceint qu’en ses lances
Scellées au silence
Il bouge – entre en transe
Quand l’éclair le tanse

Vrai – il le sait laid
Tout le faux parler

Tout épris à l’eau
Il la sent
S’en ressent
D’ailleurs
A l’heure
Quand se colle à sa peau
Le vrai homme d’hiver
Il le sait si Sisyphe
Qu’à son or incisif
Tempère au corps la pierre
Liée sans y paraître
Au bien de tout son être
Il le sait si bien d’ailleurs
Que laissé tout-à-l’heure
A son vif sang resserre
Sève aux maisons qu’il serre

Pourtant qu’à l’or mort – là – qui tremble aux liens
Lui – sans feuilles au corps – là – ça semble bien

Aux hauteurs – tant et tent
Fuit-il vraiment ces temps ?
Dans son tronc non caché
Pourtant si peu haché
Haut – n’est pas relâché
N’est pas si déhanché
Que livré aux fumées
Il n’essaye de humer
Rissolant les couleurs
Avalant les odeurs

Mais le sait-on jamais
Était-il désarmé
Quand – par le vent s’ôtaient
Tous ses moufles
De ses doigts tout aux toits :
Tout son souffle
On le sait pour l’instant :
Non scié – patientant

Sous l’élan de la bise
Soulevant son étai
Il se noue aux incises
Pour aller à l’été

Il sait – épris pour l’homme
Si dessous sa couronne
Les sons ne virent plus
Qu’alors il ne plaît plus

O lui sec – froid aux pluies
Et qui a mal relui
Depuis le gel du temps
Donc si peu enchantant
A l’œil et aux oreilles
Pour les seuils et pour les veilles
Là – ces gens qui s’entêtent
A l’oubli et aux fêtes
Frisent l’instant sans voir
Qu’après ils broient du noir

Hors blé sûr – lui moissonne
A ras l’eau – ne s’assome
Pas aux ultimes rixes
Des passants qui – eux – crient
Après a voir tant ri
A la lune il se fixe

Là – vieux soldat roué
Il roule tout noué
Les écorces du temps
Qu’il envoie patientant
A la lèvre de la rue
Pour qu’elles se diluent
Dans le sang des bohèmes
Que par sa peau il sème

Aux ombres sans soleil
Passe encore à la veille
Lui qui assise en terre
Le savait qu’il s’entaille
Tout à l’heure au travail
Hombre ! Vertus au vert !

Ici aux traces
De neuves eaux fortes
Au millénaire
Que lampa d’air
L’ambre des portes

Ciselant place

Et là même le bois neuf
Tout vidé de son stuff
Nage en stuc d’acajou
Figé aux joues qui jouent
Dans rue ivre en sueur
Qui passe à sa lueur
Au guet Si gai
Le souffle d’autres arbres
S’asphyxie dans le marbre

Et de la sorte
Non abaissé
Oui c’est béat
Mais sans céder
Tout le temps là
Qu’il a brassé
Tout l’art aux dés
Jetés aux portes

Quand bon an – mal an
Ceint quant au ligné
Si près en sa hotte
Platane se prend
Tout souligné
Là dans les bottes
Aux brefs cadrans
Tâche aux talents
De tout reprendre :

Nef – vagues au son
Nectar en cendres
Anse des vrilles
Piques d’éclair
Mouches de ville
Lucioles en l’air

Et le tout si saillant
Pris juste dans le vent
Quand soupe l’horizon
Au reflet naufragé
Aux rigoles encagées

L’ocre jaune des fêtes
Lui remonte à la tête

Mais n’est vraiment de marbre
Ce si beau gréement d’arbre
Brassant le jeu sérieux
Suspendu même aux yeux
Avec lui même mieux
Etre alors en son lieu

ça ne l’effeuille plus
Cent maux quand il a plu

C’est encore lui qui s’ensonge
De par son cœur qui le ronge
Si on a faim de savoir
Où et quand – en quel vouloir
Le monde roué lui mange
Si à ses trous ça s’arrange

De la ronde aux plein minuits
L’essentiel Est-ce qui luit
A l’émoi donc aussi
N’est plus vraiment rassis
Qu’allant tout dépassé
Les courants du passé
O dés-lors retrouvé
Au jeu sache rêver
Là en veille et autour
Souffler comme une tour
Allé roquer en roi
Ce qui ne tient qu’à toi
Arbre piquant au cœur vu
Mettre en échecs le su

Dame à la main
Danse en témoin
Pour lendemain
But main pour maints

Qu’encore la finesse
En sa halte renaisse :
Pour aimer bien les fleurs
Tout attendre vers l’heur

Sachez le à l’émoi
Allez avant le mois
Aux dés que tout raconte
Ça ira sans éponte
Le désir de tout art :
Arbre de part en part
Même si tout en vie
Haït la belle envie

Platane platane
Soustrait à l’horloge
Qu’il suit dans sa loge
Il tient au carrefour
A tendre au temps qui court

Mais n’est pas si sourd
En émois : vœux lourds
A plier la loi
Verrait bon aloi
Et – ô Pas en rien –
Saurait bien en corps
Soleil à ses feuilles
Froisser un peu l’or jusque sur les seuils

Mais bien tenus liens
Corps branchés branchés
Qui – noués penchés
Moins seuls – sans complainte
Déhancheraient crainte
Pour fraîcheur qui mord
Tendent ce qui tord

Allons donc au pas
Mettre tout au vert
Pour qu’en un grand tas
La chanson resserre
Le temps de l’arbre
Si noué au sabre
Du temps de tout homme
Sans qu’elle ne s’assomme

D’ailleurs il suffit
Qu’à lui on se fie
Aller à la fête
Qu’elle vienne en tête

Se met en quatre
Le bon vieux pâtre
Froissé au vent
Bien en avant
Et chuchote – il
Le cœur bien en ville
N’est pas dévot
Pour l’or du veau

Tout à toi cet émoi
Au silence d’hiver
Distanciés : toits divers
Vois bien : dans quelques mois
Ses branches bien vrillées
Connaissent l’ouvrier
Pas de culte pourtant
En cet occulte temps
Rivé neuf tout au temps
Veille pour le printemps

En ondées le suprême
C’est là don que l’on aime
Déliant bien son tout

Et passant tout à coup
Vois encore en envois
Verticale en sa voix
Une âme sans relique
Fait battre ondes en musique

Oui l’arbre assez tique à sa touche
Quand le vent hurle dans sa bouche

Forcé ainsi à l’art
Il le redonne à part
Passant tout en lumière
Passant tout fin aux pierres
Les sons et le silence
Patience et impatience
Les saisons et les guerres

Et là pose sa paix
Quelqu’un pour la happer
Un peu soustrait du monde
Comme éperdu – il sonde
S’accordant au désir
Ne joue pas le beau sire
Plante là le décor
Tout en corps et encore
En cent comme en deux mille
Toussant la pluie en ville
Il songe là tout pile
Son destin sur ses cils

Son air est sans raison
C’est son nerf la maison

Platane – si tu t’embêtes
On te rase la tête
Reste là toi – au vent
Reste là toi – si savant
Attention
Pour passion.

Alain Minod