Henri Gougaud/Le berger de paroles



Henri Gougaud/Le berger de paroles

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Un jour, par une fente de l’aube, un raisin noir est tombé
Qui s’en est allé roulant jusqu’au pied de la muraille de l’éternité
Et quand ce raisin s’est écrasé contre l’éternité dure
De son sang sucré je suis né, moi le berger de paroles

Mon pays
C’est le pays des pèlerins
Mon pays
C’est un ruisseau vagabondant
Qui va son chemin d’ivrogne
Entre la montagne et la mer

Mon pays
C’est peut être une étoile rouge
Une figue qui tombe
Dans la bouche de Dieu
Qui tombe rouge comme un cœur
Mon pays

Mon pays
C’est l’âme du monde
Où demeurent toutes paroles humaines
Et moi, je suis berger de paroles
Voilà ma vie

Un jour, par une fente du temps
Un raisin blanc tombera
Qui s’en ira trébuchant
Jusqu’au pied de la muraille de l’éternité
Et quand ce raisin s’écrasera contre l’éternité dure
Dans son sang je me noierai
Dans un raisin blanc je mourrai
Moi, le berger de paroles

AILES LE CHEVAL ET L’ENFANT


AILES LE CHEVAL ETL’ENFANT

Sur le mouvement de la mer toute proche, pas loin du phare des Baleines, la marée approvisionne le maintien des go élans

Mouvements de hanches

volutes poitrinaires

roulis fessiers

torsades vertébrales

motte au ras d’eau

Une page de vie déchirée se replie dans les larmes d’un deuil, accompagnée d’un requiem que les sabots portent vers la lumière du haut

gîte du rêve

le cheval est de cette manade qui n’arrête pas les flamants de rosir la grisaille de galops montants

Mains jointes

ses seins recueillent la senteur des corps noués

frottés d’herbe et de traces animales qui résonnent sur le sol pour se tenir au trémail sans sortir de l’ô.

Niala-Loisobleu – 7 Février 2021

CES CAILLOUX DE LA POCHE


CES CAILLOUX DE LA POCHE

Du bord que l’étalement éloigne

un vélo avec quille et safran

fait cogiter Léonard de Vinci dans sa Renaissance

en soleil au bord de loir

L’oiseau dit c’est Dimanche, je sors mon costume canard du placard

chemise col-vert

et palmes pour spartiates

Rêver un déjeuner sur l’herbe immergée en amicale pensée dédiée à ceux de Saintes, marris de l’amer

Du rempart où le chevalet veille

je guette la première oie-sauvage, symbole d’espoir, en tête du vol migratoire

pour mettre mon impression de lin sans l’autre en chantant pour un renouveau comme savent le faire les sauveteurs en mer appelés à la dernière pêche des cailloux sortis de la poche en ex-voto

Le campanile et la fontaine, tintinnabulant autour de la manade des crins blancs en tenant l’enfant par l’aqueux

Du jaune, du violet et du bleu dans les iris de Vincent

en permanence au soleil d’Eygalières,

tambourins et mentilles

promenant la seule Vierge dont le noir porte bonheur

panière de figues, ananas, pommes et cerises sur la tête

A la vie à l’amor !!!

Niala-Loisobleu – 7 Février 2021