DEPUIS LA PREMIERE GOUTTE


DEPUIS LA PREMIERE GOUTTE

Le dernier éclat de phare dépassé, le large ramène ses campagnes au vallon de la haute-vague avec l’image qu’Odilon a recensé pour ses Barques Mystiques. Il faut s’attacher au surnaturel, l’autre devenant plus qu’ordinaire qu’on finit par ne plus en sentir de présence. Les bois se courbent de l’étrave à la poupe. Quille verticale en plongée. La clairière et son remous d’abreuvoir tient l’équin par l’aqueux. Granit incisé pour préserver le limon de semailles. A la sortie du virage, les premières maisons-blanches, épaules contre épaules, se tiennent au caniveaux, à l’intérieur desquels les enfants routent leurs billes. Du rire ramené de voyages, ils mettent aux filles cette alchimie qui dresse le poil et rameute les loups, l’oeil comme un diamant allumé de souffleur de verre. Souviens-toi du sens pigmentaire, l’écorce, la feuille ou le caillou en ont le secret. La peinture sautille au chevalet, cette odeur de chair jointe sur la palette. On ne voit que le rêve en grand-format. Sorte de plafond d’opéra lâché du rez-de-chaussée par un poète fou totalement concentré sur l’amour, au milieu du jardin de vie.

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2021

LA QUATORZIÈME POÉSIE VERTICALE


LA QUATORZIÈME POÉSIE VERTICALE

101

Seule la lézarde de la privation
nous rapproche de la rencontre.
Et si la rencontre se produit
peu importe qu’elle soit une autre lézarde.

Seulement ici trouverons-nous
le secret de la première.
Pourquoi ressentons-nous ce qui n’est pas
comme une privation ?
Est-ce la seule façon
de le faire exister ?

104

Certaines fois la musique occupe la première place,
mais d’autres elle se retire au second plan
et laisse courir en nous
quelque chose de plus cher qu’elle-même.

Or y a-t-il quelque chose de plus cher que la musique,
quelque chose qui coure comme elle
et qui comme elle nous sauve ?
Quelque chose qui puisse nous envelopper
sans que l’on sache si elle le fait
du dehors en dedans
ou du dedans en dehors ?

Tout ce qui sauve
doit pour un moment se retirer
afin qu’une autre chose nous sauve.

La liberté de l’homme est si grande
qu’elle ne peut même pas se borner
à un seul degré de salut.

110

Les réponses ont pris fin.
Peut-être n’ont-elles jamais existé
et elles ne furent que miroirs
confrontés avec le vide.

Mais à présent les questions ont pris fin aussi.
Les miroirs se sont brisés,
même ceux qui ne reflétaient rien.
Et il n’y a pas moyen de les refaire.

Pourtant,
Peut-être reste-t-il quelque part une question.
Le silence est aussi une question.

Il reste un miroir qui ne peut pas se briser
parce qu’il ne se confronte avec rien,
parce qu’il est à l’intérieur de tout.

Nous avons trouvé une question.
Le silence sera-t-il une réponse aussi ?
Peut-être, à un moment déterminé,
les questions et les réponses sont exactement pareilles.

Extrait de:  1997, Quatorzieme Poesie Verticale, (José Corti Editeur)

Roberto Juarroz

LE COEUR DE LA PEINTURE


LE CŒUR DE LA PEINTURE

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Le
Cœur de la peinture c’est parfois le

cœur même de la terre

quelque chose qui bat quelque part

à
Gréolières

dans la campagne

dans la montagne

Max
Maurel travaille la terre et

il fait aussi son portrait

Le mur d’une maison à l’entrée d’un village, un paysan avec un fagot

un autre paysan à cheval sur un cheval blanc le ciel dans les branches d’un arbre
Des chèvres en fête heureuse se dressant vers les fleurs

Des
Moutons,

avec leur faim, leur soif, leur sommeil, leur soleil

et leur regard ingénu et loin

Un petit monde familier, saisonnier dans la lumière de l’automne ou de l’été.

Quelque chose qui bat quelque part avec une bouleversante une mystérieuse simplicité.

Jacques Prévert

Jacques si tu savais, comme je pense à toi

Je remets mon dernier tableau pour chauffer l’atelier, il y fait si froid

Si peu de lecture est accordée à la peinture

que l’artiste se demande pourquoi

Je me souviens de Prévert quand j’avais besoin d’apprendre

il m’a toujours dessiné la réponse

d’un arbre, du bassin des Tuileries, d’un bistro de St-Germain, d’un quai de Seine, un bouquiniste, ou encore du cheval qui allait emporter les boulets du bougnât chez quelqu’un qui avait froid

Voir le coeur des choses ça dit que ce monde vit…

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2021