APRES-MIDI


APRÈS-MIDI

Au matin qui se lève derrière le toit, à l’abri du pont, au coin des cyprès qui dépassent le mur, un coq a chanté. Dans le clocher qui déchire l’air de sa
pointe brillante les notes sonnent et déjà la rumeur matinale s’élève dans la rue; l’unique rue qui va de la rivière à la montagne en partageant le bois. On
cherche quelques autres mots mais les idées sont toujours aussi noires, aussi simples et singulièrement pénibles. Il n’y a guère que les yeux, le plein air, l’herbe et l’eau
dans le fond avec, à chaque détour, une source ou une vasque fraîche. Dans le coin de droite la dernière maison avec une tête plus grosse à la fenêtre.

Les arbres sont extrêmement vivants et tous ces compagnons familiers longent le mur démoli qui s’écrase dans les épines avec des rires. Au-dessus du ravin la rumeur
augmente, s’enfle et si la voiture passe sur la route du haut on ne sait plus si ce sont les fleurs ou les grelots qui tintent. Par le soleil ardent, quand le paysage flambe, le voyageur passe
le ruisseau sur un pont très étroit, devant un trou noir où les arbres bordent l’eau qui s’endort l’après-midi. Et, sur le fond de bois tremblant, l’homme immobile.

Pierre Reverdy

DEBOUT DES DOIGTS


DEBOUT DES DOIGTS

Renversé d’un coup comme frappé soi-même le tracé prend le vent du mouton rassemblé par Pavlov plus que par nécessité

Le sillon que l’ongle attelé tira de la pierre se retrouve au pied de sa marche le grain tenu en suspend

Juste ocre demeurant, de l’ensemble archétype l’enfilade des colonnes se détache sur l’inconnu.

Niala-Loisobleu – 7 Janvier 2021

PEINTURE POSEE DANS L’OREILLE


PEINTURE POSEE DANS L’OREILLE

Carrée la toile hier au chevalet a été changée de côté

Un artiste slave inconnu venu au bord de nos côtes, garde le cheval pour message assurant l’innocence par l’enfant. Tout ce que le mystique au regard des colonnes sectionnées garde en socle pour symbole. L’expression picturale change. Pas le fond touchant l’altitude. Que la pierre ait été immergée ou non

Tenir un site architectural comme lieu de recueillement. Laisser le Maître ouvrir l’Hymne à ses élèves.

Niala-Loisobleu – 7 Janvier 2021

L’ENFANT DE DOUGGA


The Roman Capitol at Dougga. A UNESCO heritage site in Tunisia, North Africa
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L’ENFANT DE DOUGGA

La ville de lézards et d’oiseaux, ancienne capitale d’un roi, est, en ce matin d’été, le royaume d’un enfant.

Devant le sanctuaire de Neptune, il devient prêtre; dans le temple de Coelestis, vestale ; aux marches du Capitole, tribun.

Sautillant de dalle en dalle, il traverse le forum, marque le pas sous l’arc de Sévère Alexandre, minuscule Imperator triomphant de sa curiosité.

Au-delà de cette porte inutile, le voici déjà dans l’oliveraie, où il demande à cueillir un rameau chargé de ses fruits ; et la branche en fait, à son insu,
le symbole vivant mais contraire de ce qui tua la cité.

Il marche maintenant vers le théâtre, dont il escalade les gradins. De là-haut, le regard gbsse vers la plaine à blé, providence des légions. Un éclat
éloigné jaillit sous le soleil: « Soc ou lance? » se demande le voyageur.

A la question silencieuse, l’enfant répond à côté: « Allons-nous-en ; il fait trop chaud ici, et tous les gens sont morts.

Jean Orizet