I’ve Got to See You Again – Norah Jones


I’ve Got to See You Again – Norah Jones

Norah JonesLes lignes sur ton visage ne me dérangent pas
Lines on your face don’t bother me

Sur ma chaise quand tu danses sur moi
Down in my chair when you dance over me

Je ne peux pas m’en empêcher
I can’t help myself

Je dois vous revoir
I’ve got to see you againTard dans la nuit quand je suis tout seul
Late in the night when I’m all alone

Et je regarde l’horloge et je sais que tu n’es pas à la maison
And I look at the clock and I know you’re not home

Je ne peux pas m’en empêcher
I can’t help myself

Je dois vous revoir
I’ve got to see you againJe pourrais presque y aller
I could almost go there

Juste pour te regarder être vu
Just to watch you be seen

Je pourrais presque y aller
I could almost go there

Juste pour vivre dans un rêve
Just to live in a dreamMais non, je n’irai pour aucune de ces choses
But no I won’t go for any of those things

Ne pas toucher ta peau n’est pas pour ça que je chante
To not touch your skin is not why I sing

Je ne peux pas m’en empêcher
I can’t help myself

Je dois vous revoir
I’ve got to see you againJe pourrais presque y aller
I could almost go there

Juste pour te regarder être vu
Just to watch you be seen

Je pourrais presque y aller
I could almost go there

Juste pour vivre dans un rêve
Just to live in a dreamNon je n’irai pas te partager avec eux
No I won’t go to share you with them

Mais oh même si je sais où tu étais
But oh even though I know where you’ve been

Je ne peux pas m’en empêcher
I can’t help myself

Je dois vous revoir
I’ve got to see you agai

LARGUER L’A MARRE


LARGUER L’A MARRE

Au rivage de ce jour où ils nous débarquâmes à la porte du néant

j’eus soin de mettre notre vaisseau sanguin en stase

au seul arbre de ce désert

le piquet pour les ânes

Comme à roue en

se levât le fond d’un soleil sans églises

Ô mon d’yeux

nous détachâmes la ficelle pour l’entrer dans le chas

En carrés arrondis de symboles

de traits d’union

persillés de muscs sauvages

nous avons cousu notre patchwork de nudités.

Niala-Loisobleu – 31 Janvier 2021

BRUNO RUIZ : LE MIROIR ET LA VITRE


Ruiz

Tu disposes d’une audience, d’un public, d’une écoute. Tu vis de ton art. Tu l’exerces dans une certaine liberté. Néanmoins, la reconnaissance de ton travail n’est pas à la hauteur attendue. Quelle est ta vision des choses autour de « la réussite », la médiatisation ?

Je crois que tout être,– artiste ou pas –, un jour ou l’autre, souffre d’un manque de reconnaissance. Qu’il soit dans une entreprise, une école, sur une scène ou dans un hôpital, il se sent blessé par l’indifférence ou le mépris. Chacun le prend sur soi avec plus ou moins de bonheur, mais on voit bien que c’est de plus en plus source de conflits, de violences. Il faut être efficace et rentable. Le profit déshumanise les rapports. Dire cela paraît évident. N’empêche que c’est bien là le cœur du malaise ! Aujourd’hui, le peuple n’a pas la place qu’il mérite dans la société. On l’a transformé en clientèle. C’est triste à dire mais les gens sont malheureux parce qu’ils ne peuvent pas dépenser l’argent qu’ils n’ont pas gagné. Quant au monde des Arts et Lettres, il est sous contrôle tacite de l’Université, de l’Édition et du Ministère de la Culture qui n’ont, quoiqu’ils s’en défendent, qu’un vague intérêt – quand ce n’est du mépris – pour la culture populaire, nous en avons déjà beaucoup parlé. Ils l’ont abandonnée aux puissances mercantiles au nom d’une liberté qu’ils appellent « libéralisme ». Aujourd’hui, c’est honteux d’être populaire ! Il y a des glissements sémantiques qui m’affligent. Quand je dis « chanson », par exemple, je ne dis pas « produit », ni « créneau », ni « tube », ni « marchandise » ! Se définir comme « poète » en France, c’est passer pour un pédant, un prétentieux. C’est un signe distinctif. Le conducteur conduit, le boulanger fait du pain, l’enseignant enseigne, mais celui qui écrit toute sa vie des poèmes et qui ne fait que ça, il a honte de se définir comme « poète ».

Tu parles de tous ces artistes non médiatisés, de ces chanteurs pleins de talents en manque de dates. Tu es pour une nouvelle poésie du catalogue ? Une liste de poètes chanteurs ?

Je peux effectivement t’en citer quelques-uns, en vrac, dont j’apprécie le talent ou l’amitié, souvent les deux : Allain Leprest tout d’abord, à tout seigneur tout honneur, avec ses chansons magnifiques, – sans doute le plus brillant d’entre nous – un des êtres aussi les plus adorables qu’il m’ait été donné de rencontrer ; Michèle Bernard et son talent d’orfèvre tous azimuts, l’une des plus grandes chanteuses de notre génération ; Gilbert Laffaille, si grave sous le pastel, si profond sous la dentelle, pudique et drôle, énorme et retenu, chanteur de première classe ; Bernard Joyet, éblouissant de talent, mélangeant l’allégresse, le rire, l’impertinence, l’émotion, la gravité ; Louis Arti, prince de l’art brut, écorché imprévisible, fascinant parfois, que je ne peux m’empêcher d’aimer en bloc ; Michel Arbatz, le fin technicien du vers, dandy de la langue et du poème, jubilatoire ; Gérard Morel, comédien, chanteur, humoriste, un être exceptionnel, un délice, un ami, rien à jeter ; Luis Llach, le catalan inoubliable à qui je dois la plus grande des émotions qu’il m’ait été donné de vivre, à la Halle aux Grains de Toulouse, en juin 1986 avec l’orchestre de Lille sous la direction de Jean-Claude Casadessus ; Môrice Benin, foisonnant, fidèle, prolixe, généreux, présent, engagé, mon vieux frère ; Richard Desjardins, le plus considérable des chanteurs québécois vivants – avec le grand doyen Gilles Vignault que je salue au passage –, à la langue admirable, un interprète et accompagnateur hors norme ; Bernardo Sandoval, mon frère animal qui chante avec ma langue interdite, notre langue intérieure ; les Chansons Plus, le rire absolu, voix de haute précision, trio d’exception, modestes comme ceux qui ont tous les talents ; Ariane Dubillard, la belle de tous les risques qui enchante à chaque présence ; Christian Camerlynk, interprète majeur, d’une grande finesse, tant sur ses choix que dans ses prestations ; Alain Nitchaeff, ou la tendresse violente du comédien écorché ; Philippe Forcioli, archange sifflotant entre les oiseaux et les chansons ; Jehan, interprète géant et rare de l’ivresse amoureuse ; Jofroi, le belge du midi, bel humaniste, enchanteur aussi des enfants ; Martine Caplanne, voix grave et prenante, la servante, – au sens noble –, des poètes ; Jean-Michel Piton, à la puissance fragile qui m’émeut sur le fil ténu de sa vie ; Rémo Gary, ciseleur infatigable à la voix aussi juste que ses mots, pour le meilleur de la chanson majeure ; Al, le nonchalant blessé qui s’excuse presque de rire pour mieux cacher les ébréchures de sa vie ; Romain Didier, virtuose mélodiste à la tendresse élégante, aux chansons légères et séduisantes qui taisent avec pudeur ses abîmes ; France Léa, chroniqueuse drôle et impitoyable de toutes les femmes qui sont en nous ; Pascal Mathieu, grand bretteur d’une langue qui fait souvent mouche ; Serge Utgé-Royo, l’homme debout et précis, le tendre militant, mon camarade ibérique ; Xavier Lacouture, grand duduche aux fêlures sublimes sous son esprit potache ; Évasion, femmes aux voix qui m’émerveillent, m’éblouissent, interprètes fabuleuses, puissantes, chaleureuses, engagées, dansantes aussi ; Christian Paccoud, l’anar qui, de sa voix tragique me touche à chaque fois là où il faut ; l’ogre Juliette, reine du jambon, que j’aime et qui me donne faim, de tous les talents, même celui de devenir célèbre – mais a-t-elle encore sa place dans cette liste ? – ; Yannick Jaulin, chanteur et conteur d’une grâce et d’une inventivité qui m’éblouissent ; Yves Russet, chanteur lunaire et secret que je sais, que je veux, que je sens fidèle sur nos routes cahotantes et solitaires ; Laurent Berger, silhouette magique dessinant un univers séduisant et si particulier ; Sarclo, délicat et grossier, jamais vulgaire, classieux et fouteur de bordel dont j’envie en secret depuis des années la plume légère, vitriolée, impertinente ; Hervé Suhubiette, chanteur impeccable qui suit sa belle route, avec modestie, talent, musicalité ; Michel Bühler, l’une des plus grandes et des plus généreuses voix de l’Helvétie ; Bea Tristan, qui, de sa voix et de son écriture originale et envoûtante s’insinue en nous comme on entre en paysage ; Loïc Lantoine, au verbe d’alcool, fils incontesté de Dimey et de la dive chanson parlée ; Véronique Pestel, belle de ses blessures, puissante et fragile, proche et inaccessible ; André Mainvielle, bidouilleur de génie qui occupe une place si particulière, si originale et si indispensable à la chanson d’aujourd’hui ; Claude Semal, le nouveau roi des Belges après Julos le Magnifique, noblesse du peuple, comédien et chanteur engagé qui me fait tant de bien d’exister ; Éric Lareine, fils du grand Tom Waits, la grâce au couteau, venu du rock expérimental pour fouler souvent avec bonheur et force les voies aventureuses et peu fréquentées de l’improvisation ; Yvan Cujious, nouveau prince toulousain de la chanson jazz et généreuse ; Michel Vivoux, sans doute le chanteur qui, sur scène et dans la vie, m’aura fait le plus rire ; Bacchus, militant des hommes à la fougue attachante, la blessure qui tâche ; Dick Annegarn, l’artisan solitaire et imprévisible, celui qui aura eu le courage de dire non, avec panache, au grand business ; L’immense Clémence Massard, à mon sens, la plus prodigieuse comédienne actuelle de la chanson ; le très regretté Bernard Haillant qui me manque tellement et dont j’envie la foi et cette discrète présence inoubliable ; Jean-Roger Caussimon et Boby Lapointe, pour leurs lampes maîtresses qui auront tenté d’éclairer mes premières chansons ; Jean Vasca, le vieil ami, le grand frère, dont je n’en finirai jamais de célébrer l’œuvre magistrale, admirable et qu’on n’a pas fini, croyez-moi, de découvrir ; Gilles Elbaz, l’oriental de Lorient au charme intense que je n’ai jamais oublié, que je n’oublierai jamais ; Ricet Barrié, l’artisan indispensable, incontournable, le plus beau sourire de la chanson franco-suisse ; Giani Esposito, parti trop tôt, à la présence incandescente, inimitable, inégalée, incarnation de l’élégance ; Jean-Max Brua, le cow-boy de Brive qui nous a laissé des trésors de chansons ; Christian Dente, parti lui aussi, qui nous enchante encore de ses petites histoires chantées ; Jacques Serizier, la cerise gourmande sur mon gâteau rieur, mon premier émerveillement de chanteur sur scène, à huit ans, avec celui de James Ollivier ; Anne Sylvestre, femme essentielle, référence de l’écriture rigoureuse, exacte ; Francesca Solleville, femme debout, belle, à la voix visitée, la simplicité hors norme, que j’aime d’une tendresse infinie ; Gérard Pierron, le cheminot du peuple magnifique qui chemine sur des chemins que je partage ; Claire, la si bien nommée lorsqu’elle chante, la trop rare aussi sur les scènes de France ; Jean Sommer, seigneur discret de Gennevilliers au bout du monde, bluesman des chiens et de Chez Henri ; Hélène Martin, la pionnière, l’éclaireuse, l’élégante, l’amie des grands poètes ; Colette Magny, ma mère symbolique en chant, sauvage et indispensable à mon salutaire déséquilibre et qui, pour moi, ne sera jamais tout à fait morte. Et puis encore et toujours, Jacques Bertin, le plus grand depuis Léo Ferré et Felix Leclerc, et puis toujours et encore Jacques Brel et Georges Brassens, mais là nous sommes sur des cimes. Sans oublier bien sûr l’un des derniers géants vivants de cette chanson qui a toujours accompagné ma vie, Jean Ferrat, maître absolu de la chanson populaire et engagée – à gauche –, sans qui, – je n’ai pas peur de le dire –, Louis Aragon ne serait sans doute pas totalement ce qu’il est dans notre mémoire collective. Et j’en passe et j’en oublie, évidemment, de ces jeunes et vieux chanteurs qui, tous ou presque, continuent de chanter parfois depuis de très nombreuses années, jamais ou presque sur les radios et télévisions nationales, jamais pour la plupart, signés par une major. Qu’ils me pardonnent enfin tous ceux que j’aime et que je ne cite pas ici, qui font un travail honnête et consciencieux, amateurs et professionnels, tous ceux qui se cherchent et qui méritent d’être entendus et aimés, tous ceux qu’il me restent encore à écouter, à voir, à découvrir. Tous ceux qui sont morts et dont on n’oubliera pas les chansons, souvenirs aussi de grands moments de spectacles. Tous ceux aussi qui se sont arrêtés un jour de chanter, par choix ou par nécessité, pour suivre d’autres chemins de création.

C’est tout ?

Non bien sûr. Comme le faisait remarquer Stendhal : « Plus on plaît généralement, moins on plaît profondément ». Tous ces artistes, de ce monde luxuriant, insolite, singulier, au parcours cahotant de trafiquants de mots chantés, scandés, proférés dans l’écrin de la chanson, art du peuple par excellence, ceux sont mes vrais compagnons de route. Dans une société qui abolirait la dictature commerciale, ils seraient autres. Il suffirait de donner plus de facilité à ceux qui veulent cultiver cette curiosité, arme absolue contre la bêtise. Voilà tout.

Bruno Ruiz, entretien avec François André
extrait de Le miroir et la vitre, pages 217/223, Editions Ithaque, 2008

DES OS SALES


DES OS SALES

Eruption de gale

gratte à menacer le rose de l’arrête

j’ai sorti mon corps de l’eau fétide des promesses de la famille de Soeur Anne

laissant le N° 4 s’envoler pour se garder le bleu à l’écaille

il attendra

Au temple les marchands sont exempts de confinement

le rideau funeste d’un ciel de corbillard se tendra loin de Nous

pour garder le tableau en pleine lumière

Il y a des seins sur qui je peux conter sans avoir à craindre la moindre négligence

J’ai l’oreille à les entendre me caresser l’absolu en tout état du temps malade

Niala-Loisobleu – 31 Janvier 2021

La lune et le couteau – Jean-Max Brua


Jean-Max Brua : La lune et le couteau

La lune et le couteau, 1976

Album L’homme de Brive

Avec de la pierre et du chêne,
Du sable et de la chaux
Il fit sa maison forte et belle,
On y serait bien au chaud.

Passe le vent, passe misère.
Le pont sur la rivière,
Il est là depuis si longtemps
Qu’on y voit danser les étrangères

Au son des tambourins stridents
Comme des citrons verts d’Espagne
Le rire brusque entre les dents
Comme l’homme joue à qui perd gagne

On y voit danser la lune et le couteau.

Il fit sa porte de bois dure
La voulut teinte au brou
Et comme il avait le coeur pur
Ne la ferma que d’un verrou.

Dansent les filles aux tambourins,
Il en est une aux cheveux roux
Lorsque la cambrure des reins se tend
Les chiens deviennent fous.

Au son des tambourins qui sont
Les bracelets d’argent du diable
Fais le silence en ta maison,
Garde les deux poings sur la table,

On a vu danser la lune et le couteau.

Sans doute la nuit était claire
Et le vent doux, que sais-je encore
Il descendit vers la rivière
Son coeur de vieux cognait si fort.

Il offre sa maison de pierre,
Si elle veut, il offre tout !
La fille rousse, l’étrangère,
Avait un mâle aux dents de loup.

Les tambourins et les guitares,
treize disons, vibrent sans fin,
Le vieux rentra chez lui fort tard,
Il avait bu de tous les vins

Et vu danser la lune et le couteau.

Et maintenant je ne sais plus,
Le vieux a vendu sa maison,
C’est dans un journal que j’ai vu
Que la fille rousse fut en prison.

On dit aussi, mais allez savoir,
Que dans les village voisins
Un vieux et un type aux yeux noirs
Tous les soirs se saoulent de vin.

Ils font trembler un tambourin
Et le vieux danse quand on veut.
Puis ils se re-saoulent de vin,
Ensuite ils parient tous les deux

de faire danser la lune et le couteau,
de faire danser la lune et le couteau.

LE POING PRES DU CŒUR


LE POING PRES DU CŒUR

Midi dormant.
Trembleur, voici les écoutilles, les bâts, la rivière au long cou dont je touche l’embellie, la pierre-fendre ou le lit.
Voici repos carré, bonne entente.
Rêvons de muscles ou de leviers, de jardins tués, de grenouilles, d’attelles, de piliers du cœur.
Pâle, ô parle ou fais parler ceux qui nous caressent, excitateur savant des tempes, grand chemin que la foudre mord, malmène, détruit.
Blanche, la secousse assaille le bref délire, le doigt creux, le sommeil soudain, la camarde.

Blanc d’œuf.
Luge.

Bon caillot léger du coude.

L’épicier dort dans l’œil

d’un borgne à court d’haleine.

L’épervier pille le cœur

d’un dormeur qui nage.

Et les doigts touchent

l’obscur pays

des sabots wallons,

le miroir exsangue, la châtaigne.

Femme au lever des bras :

la main descend près du visage.

Nous nous parlons.
Cheveux.

Noyaux.
Jardins qui tombent.

Âne très blanc de ton corps,

qui est un corps de femme,

un corps qui vint ici,

qui n’est que salive,

et sueur, et eau.

Pouce au doigt sans engeance.

Grand parc de poudre aux yeux.

Jubilation du sommeil

entre les jambes.

Cheville de verre: longue sarbacane où vit le maigre voleur de sable qui dort dans mes cheveux.
J’appelle à l’aide: roule ta bosse, tambour; petites femmes sans chaussures, fermez les yeux du mort.

La marche est légère : je donne à mes doigts le feu des cerises.
Le savon, dans la cruche, pierre de patience, douceur d’eau douce, a le ventre moins rond qu’une fille rieuse.
Une échelle de voleur sort du puits sans vacarme.

La langue est dans la langue

un mot qu’on ne dit plus :

la main touche la main

la plus blanche ou la plus gelée.

Tu vis dans le fourreau

d’une chambre étroite.

Et le frère et le voleur savent

les objets que tu veux :

le poing tout près du cœur,

l’aiguille dans la paille,

l’étui moussu du feu,

le gouvernail contre la jambe.

Les jambes dans l’herbe, serrent les jambes et les jambes.
Je volais ta langue, tes doigts et tes toupies, voleur couvert de froid dans le village du dimanche, dans la chambre du tambour.
Tu mords la laine ou le feu, tu aimes ce que tu aimes : l’animal cousu, la pierre trouvée, le doux venin de l’œil, le givre allongé de l’arbre.

À respirer l’ail.
Toupie crie crécelle. À respirer la craie.
Le cri déchire l’œil. À respirer la menthe.
Doux feu l’endort. À respirer ma propre haleine.

… et me dit que j’arrache

poutres et balivernes.

Et que je cesse d’être

domicile de sable

ou serre sans chaleur.

C’était écrit quelque part :

c’était ce peu de peau

qu’on cherche et qu’on caresse.

On respire l’odeur

des maisons qu’on détruit.

Le bon chemin dort dans la loutre. (Est-ce un animal ?)
Le venin rond, le pouce affûtent le fil de l’œil.
J’embrasse la crosse d’une arme vaine dont je trouve le nom sous l’écorce peinte de tel arbre debout.

Je dirai septembre de sangliers dont on meurt ; glacis des châtaignes dans chaque poing, chaque doigt, chaque phalange.
Et nos villages traversés d’enfants.
Nos oursins gonflés de jaunes d’œufs.
Mais rien n’est gelé dans l’œil: la petite pupille rétrécit.
Le levain dort dans l’avoine à coudre.
On enveloppe de laine chaque regard qui vit sa propre vie.
Déjà, l’on dit déjà; l’on refait le mouvement du bras gauche qu’on croyait perdu.
Vents et marées sont vents et marées.

Sous l’escalier, le front de taille étouffe les mineurs allongés, qui ont dans le front cent lampes de papier bleu.
Nous voici montant vers la colline, calvaire, cal, carcan sans soleil.
Avec des enfants creux et légers.

Vingt élèves dorment la tête dans le foin, les membres immobiles, les yeux sous les paupières comme de minuscules collines cachant des mines d’or.
Et les nerfs sont dans la jambe.
Et les doigts serrent les caresses: fourrages, prunes, œillets, pierres sans odeur, grains fructueux, tout se tait. (Les grands enfants n’ont qu’un poing endormi !)
Je n’ai jamais connu la moindre chose: ni les chemins pointus ni les étangs trouvés ni les langues arrachées.
Voici que vient le paysan patient sur les épaules d’un promeneur de laine.
On crie dans la bouche.
On vit dans le bras gauche.
Les ongles sont des faux.
Les onguents apparaissent à travers la peau: sang toujours plus rouge qu’on ne croit, fouillis de fibrilles, lait qui fait le sourd bonheur du sein.
Et l’on voyage comme un passeur d’eau.
On coupe le papier.
On écrit le poème.

Ici montèrent cagoules et essieux.
Arbres surplombent et le nom de pierreuse évoque tombereaux d’oursins, de cailloux lisses.
Haleine très lente de quelques alpinistes.
Soutènement du cœur, dont l’aorte bat.
Carré de soleil de quatre mètres sur trois, qui annonce l’ère de ce qui est, de ce qui vit autour de nous.

Pâle escalier où coule à coulée claire un soleil d’octobre.
Le raidillon déguerpit vers les terrils anciens, où vivent les cœurs noirs des mineurs, à la bonne franquette du charbon.

Le tissu nerveux, l’eau-de-vie fêtent la campagne et les monts quant à moi, je marche et marche, et serre osselets ou marrons, billes.
Dès que l’odeur blanche envahit les tilleuls, je dors avec des femmes.
Je nourris mon sommeil de jambes ou de lèvres.
Un chat mange la main d’un dormeur endormi.

Mont de l’épaule,

écart bleu de l’œil à l’œil,

chemin d’une seule veine

qui fait le tour du corps…

La carcasse te protège

des pics, des aiguilles;

ma maison très petite

est dans ma bouche,

y entre qui veut,

vêtu, dévêtu, libre

d’aller et de venir

avec des doigts ou des corolles

La tempe du sabot dort dans le poing de l’œil.
Quelle cruche alléchée fait sourde panse?
Qui tue le sommeil dont le bon grain nous comble ?
Affût pur des oiseaux que la main libère.

Je tourne en rond dans l’œil d’un voyeur du dimanche.
Union des fées et des sabots Épave, écharde, étrave…
Basse amitié des morses, passe d’armes et de ciguës.
Je vole ta langue, ma double voix déchire mon frère le plus pur.

Ceci explique l’hiver, la maisonnée: pots de tabac, maillets, voix de bébés, noisettes.
L’escalier de laine offre aux visiteurs barres de cuivre, tapis de cent ans.
Le bon tonneau cache les vêtements du mort

Ville de mille chambres:

les grands chameaux, le brouillard

l’enjambent, la dissimulent.

Cafés bleus du
Carré.

Bon tabac doré de
Meuse.

Pêle-mêle ou mêle-pêle,

enfants pâles et pierreux :

voici les teinturiers

de bon teint, de grand teint,

de petit teint, les tisserands

tissant l’escalier de laine.

Ville de mille aiguilles

sous la peau, la pluie.

Coupe la main du lecteur:
Judas, dans la laine, tisse le tissu.
Je vécus dix heures dans la peau d’un autre.
Peux-tu bouger la langue dans la bouche du voisin ?
Les intrus ont l’air d’être sourds et aveugles.

Kick starter de la machine.
Moto pâle, moto pâle.
Le venin de la vitesse, le bon venin du nord, te mord ou te dorlote, te pétrifie, te coud d’acier.
Est-ce le chahut des tubes qui casse en mille tessons le fracas des mitrailles?
Roulons vers
Vottem.
Baisons lèvres et pneus.

Le feu parle, hurle, parlehurle.

Feu qui moud n’a pas d’os,

meurt dès qu’on sommeille

ou qu’on dit bleu.

Feu fourré qu’on trouve,

qu’on achève de sucer.

Feu-sexe où l’on brandit

le dard, le doigt sans anneau.

L’herbe étouffe l’herbe.

Y font bombance les noix,

les carabes du dimanche,

les bogues, les chats.

Pourpoints en boule

y ont leur logement,

leurs nuits sans mailles.

Déjà, filles en feu

cassent le sarcasme

de ce qu’on ébrèche.

L’animal bleufeu

rôde et glapit :

chanson sans chanson;

siffle qui peut

dans les doigts que j’aime.

Dans le bras, voici le feu

qui monte, qui monte,

qui fait la bête.

Une seule haleine d’orme

est une leçon d’écriture.

Pourquoi les bourgs

ont-ils gardé les femmes

fileusesde laine?

Mon grand loup, déjà,

quitte la meute et s’en va,

traverse ma paume.

La longue échine, à l’abattoir.

attire les pleureuses.

Touche en même temps

l’ongle et la langue.

Audace de celui qui veut

que la lampe allumée

soit toujours avalée.

Nous perdions les dés sous la table.

Et le jour tombait.

Mendiants frappaient aux portes :

un peu de lait, s’il vous plaît,

un peu de farine et de miel…

Mais nous cachions dans nos armoires

nos escarres, nos moignons, nos pieds bots.

Jacques Izoard

AU DO D’UNE PEINTURE


AU DO D’UNE PEINTURE

Les nouvelles flottent dans le débord

le ciel est percé comme une paume d’arrosoir

le journal est mieux dans la flaque

Je cherche un pont pour en face

côté vertèbres

et côté seins Christophe

Défais le dessous des fleurs que j’ai du bleu dans la racine

comme un soleil qu’aurait pas enfilé de culotte

et aurait laisser pendre ses cheveux sans s’tress m’aime à ruban

Que le marchand de couleurs m’ouvre tous les tiroirs

1 quintal d’outremer

2 livres de vermillon bestseller de la nouvelle bibliothèque rose

du vers les Cyclades sirtaki pope music

titane maisons-blanches au dessus des arènes toro-machine

quand le feu s’allume au bain de minuit pour égaliser les bronzages avant d’ouvrir le nuancier des coquillages

vin blanc sec

jure en son

que je laisse glisser la neige à ceux qui sortent couverts

moi c’est palette intégrale que je te préfère

quand tu me tends ton suc sans me dire de faire le beau.

Niala-Loisobleu – 30 Janvier 2021

PROMENADE A LA RECHERCHE DE


PROMENADE A LA RECHERCHE DE

Sur les patères du vestiaire je ne trouve plus les habits des chemins librement choisis

surtout ceux qui, quoi qu’il se passe, qui étaient naturellement d’office prioritaires

le mode de vie se soumet à la nouvelle règle du virus

où l’ignorance majoritairement présente fait dire n’importe quoi

On attend par réflexe

SANS SAVOIR QUOI

Nous voilà POSITIFS sans l’avoir médicalement parlant

Alors comme tout le monde je promène sans sortir de la maison, un ensemble de choses cousues les unes aux autres comme un petit enfant a besoin de son ninnin pour chasser la peur

Corrélation et causalité s’emparent de tout, faisant des collages avec des situations vécues, faute de pouvoir en faire avec celle dans laquelle on est totalement inhibé

Moralité le bébé n’est pas dans le landau

Ce sont des souvenirs hybrides qu’on promène pour se nourrir avant que les psys soient exigés dans la nourriture en condiment universel

Niala-Loisobleu – 30 Janvier 2021