POÉSIE


POÉSIE

Poésie, jeu de cache-cache

mythe solaire

pressentiment de l’essentiel

«Lust zu fabulieren»

démon de l’imposture

Le poète sait que son être est une malédiction

Le plus grand de tous est
Paul de
Tarse

pour qui le corps est la maladie de l’esprit.

Et la peinture de
Van
Gogh, bible des pauvres,

est un équivalent plastique

aux fulgurantes épîtres.

Paul Neuhys

ANTONIO RAMOS ROSA – LE CYCLE DU CHEVAL


ANTONIO RAMOS ROSA – LE CYCLE DU CHEVAL

Cheval prêt à s’élancer, à gravir,

mais toujours la terre et le silence

soulèvent la maison et le chemin,

le tronc et la croupe, des noms forts.

Cheval de parole et de terre,

vaste par son nom et par son être,

il court le temps d’un regard sur la plaine,

ou se cabre embrasé sur les maisons.

Cheval à la fureur contenue,

écume d’un hénissement sur le mur

le plus haut de la terre, oreille

de la nuit en forme de cheval

sur l’horizon.

*

Il n’en finit pas le cheval d’être cheval

par son nom et par son corps,

par l’argile rouge et le taillis vert,

le commencement de la forme de son être.

Je me glisse à plat ventre pour le voir

dans la gloire de son champ d’herbe rase :

il respire l’air de son air

et la glaise du souffle immobile.

Le jour aussi gris qu’un pain de terre,

l’impatience de ces aines renforce

le marteau dont je bats le sommeil des champs.

*

T’écrire c’est me préparer à un nouveau jour,

un conflit d’étreintes et de fleurs dans la mer.

T’écrire c’est tomber amoureux de ton premier nom, la terre,

la maison, le sol ; les relier muscle après muscle

Jusqu’au goût chaud de ton haleine animale.

La blessure, la fureur blessée, emportée

par ton corps débridé dans le silence

d’un champ d’herbes hautes ; le silence

des noms du champ concentré

sur un mur blanc,

le chant et l’enchantement des choses nommées,

haute pierre, pluie froide, yeux enflammés,

herbes et fleurs,

la géométrie de ton pas sonne l’éveil

et de la dureté de la terre elle fait revenir le lieu

à son lieu initial, à ton nom de terre.

*

Où la bouche tombe tombe le soleil du cheval.

Ô bouche exaspérée dans les racines, dans les pierres,

bouche empoisonnée par le vert de la ténèbre.

Où est le soleil du cheval ? Rivière souterraine.

Flambeaux immergés, visions, noirs coutelas,

traverser le cheval, dominer l’espérance,

la patience est neuve, mais les lumières ne blessent plus

les yeux sans paupières, et le hasard commence

à perturber l’ordre qui mûrit les fruits,

à troubler la vue des champs et de la paix.

Là où la bouche tombe tombe le cheval et je tombe.

*

Les anges que je connais sont herbes et silences

dans un jardin l’après-midi. Quels sont les plus ardents ?

Faits de mer et de soleil, ils s’élèvent entre les vagues,

au milieu de femmes aux hanches de taureaux.

Mon deuil est fait de tables et de drapeaux guerriers.

C’est être sans l’espoir d’un corps, la bouche inconsolée,

le feu enflamme la poitrine, le front se détache du crâne,

le vide tourbillonne, c’est l’enfer céleste.

Je descends encore une marche avec l’ange infernal,

un remous d’herbes, un tourbillon de sang.

Qui me viendra en aide si j’ai perdu mon cheval ?

Antonio Ramos Rosa

Le cycle du cheval, Traduction du portugais par Michel Chandeigne, Poésie/Gallimard, pp. 21, 22, 27, 32 et 46.

DU BLEU RETOUR


Au pas le cheval revenu

La peinture s’écarte, mâture, de l’abstinence créative

La surdité outre-noire aux aléatoires outrecuidants vient de se retirer au cri d’hennissement

Le sujet en se renouvelant retrouve l’équerre à l’angle du souffle

Le cheval retourne dans son cycle.

Niala-Loisobleu – 23 Décembre 2020

ET TOUJOURS A PROPOS DU RISQUE EQUESTRE


ET TOUJOURS A PROPOS DU RISQUE EQUESTRE

Démonté et mis au sol je regarde le cheval sans penser lui en vouloir. L’injustice s’adresse toujours aux innocents, s’en étonner serait d’un manque de lucidité total. Il y des forces zodiacales contre lesquelles aucune résistance n’est possible. Les conjugaisons contraires vont s’entendre pour vous tendre la plus belle embuscade qui soit. Pour qui ne cesse de brandir l’espoir et l’amour comme les seules vertus à reconnaître dans un monde de brutes qui piétine et enlaidit le beau sans aucun scrupules, c’est plus honorable que tout. Ne pas succomber à la colère et s’égarer avec les oeillères qui viennent fausser l’entendement

MARCHE FORCÉE

Sur son pied droit brille une très ancienne boucle et sur l’autre, en l’air, la menace. N’approche pas de son domaine où dort tout le passé désagréable. Qui es-tu? Sans
prévoir ce qui devait être, un grand changement s’est produit!

Pour tout le reste, la morale d’autrefois serait un crime, et ne pas y penser une injustice. Jamais désirable, cette âme t’a conduit où tu es mieux, où tu es, mal, ce que tu
seras toujours avec les mêmes fatigues de toi-même, en arrière. C’est ton avance, ce qui te pousse et garde-toi de t’arrêter jamais.

Cependant, chaque jour qui te désespère te soutient. Mais va, le mouvement, le mouvement et pour le repos ta fatigue.

Pierre Reverdy

Remonte en selle et saute la haie, derrière les épines tu n’as pas changé, tu te montres depuis toujours tel que tu es. Aime et vas sans t’arrêter, tu es honnête et sans tromper. La colonne vertébrale est saine de moelle et d’esprit comme le corps.

Niala-Loisobleu – 23 Décembre 2020