Raymond joue-moi du jazz – Serge Reggiani



Raymond joue-moi du jazz – Serge Reggiani

On vivait de presque rien
Trois mômes sur le tapin
Mon bar: Le petit join

Voir l’article


En Suisse un peu de bien
Tranquille
En cas de conjoncture
On f’sait de faux billets
Nos femmes et nos voitures
Etaient bien maquillées:
Le style
Et puis un p’tit hold-up
Une banque dans une ZUP
Sans vouloir faire des maths
Cinq cent petites patates anciennes
Ma bagnole tombe en panne
Je prends vingt ans d’cabane
Moins deux pour bonne conduite
Ca fait quand meme dix-huit
A Fresnes
Raymond, joue-moi du jazz
C’est bon entre deux phrases
Vas-y
Jazzy
Le petit joint
J’ai failli pas trouver
Dis, maintenant
Ca s’appelle «white and blue»
Incompréhensible
Et toi, la môme en jean
Sers-moi un autre Gin!
Merci, Josy
Vous auriez connu Raymond!
Monsieur Raymond, élégant
Des bagues à tous les doigts
Des vraies, des fausses.
Il jouait pas, il rayait le piano
Dis, un séducteur, des cheveux… ailes de corbeau
Plaqués sur les tempes
Un jour, c’est sa femme qui l’a plaqué
Maintenant, il veut plus parler, mais
Entendez-le jouer…
Enfin, je sors intact
Et j’arrive comme une fleurAu restau de Mado
Pour rel’ver mes compteurs
Tu vois.
Je contacte avec tact
Une belle femme, haut de gamme
Mais avant que j’fasse gaffe
Elle me retourne une baffe
A moi!
Mado, c’est un MacDo
Les frangines sont speakerines
Putain, j’ai plus la main
Je reconnais plus rien
J’me mine
J’fais des visites, j’hésite
On me conseille Marseille
Mais y a des aléas
J’aimerais mieux aller à
L’usine
(Je plaisante)
Raymond joue-moi du jazz
C’est bon entre deux phrases
Vas-y
Jazzy
(La banque dans la ZUP,
c’est devenu un musée d’art moderne
Un scandale! )
Et toi la môme en jean
Sers-moi encore un gin!
Mais si, merci
Maintenant il répond plus mais…
Quand il avait des bagues à tous les doigts
Il avait des blagues à tous les mots.
Des blagues et sa femme lui disait:
«Tu m’achètes jamais rien!». Il répondait:
«Et qu’est-ce que tu as à vendre? Hein?»
Raymond? Il répond plus
Il est comme le passé. Il est cassé.
Je m’en fous.
Paris: je mets une croix.
Marseille: idem
Je vais essayer Ajaccio.
La Corse, j’ai ouï-dire que c’était tranquille.
Tranquille, tranquille, la Corse

SANS ME TROMPER DE PIEDS


SANS ME TROMPER DE PIEDS

L’aube bleue à l’approche, pose son doigt rose

cet envol porte les derniers motifs d’être sans les contradictions officielles

J’ai les deux pieds dans l’atelier à la bonne pointure

sans pas hésitants au tapis qui le décollent du persistant

Le vert émerge des ocres, assurant la bonne marche du travail automnal. Les maisons tendent l’échine à l’abri des ragoûts pernicieux. Le personnage pesant d’une situation qui fait trois pas en avant et dix en arrière n’est pas dedans, il est resté collé aux pubs racoleuses

Ce qui n’est que le détail du travail en cours marche vers sa signature. Une peinture pour tenir la route sans se poser de questions. En fait la réponse étant toute dans le préambule, comme l’argile grise qui devient rouge et jaune après avoir été passée au feu.

Niala-Loisobleu – 10 Décembre 2020

ALORS QUE


ALORS QUE

Alors que manque des pierres au passage à gué, il se souvint être parti tôt traverser à la recherche , seulement vêtu d’un Marcel

Dans le méandre des Deux-Rivières il trouva la carpe qui l’attendait sans dire un mot

la sortit sans le filet pour la tenir comme un enfant au chaud contre son coeur

puis plongea dans la chaleur du flot sanguin

En quittant son lit il avait laissé un mot sur sa table de chevet:

« Je vais trouver le poisson qui avant d’avoir des ailes marchait sans scaphandre au fond de l’eau. On ne recommence jamais assez de vivre. »

Niala-Loisobleu – 10 Décembre 2020