VIVRE PAR DIANE DUFRESNE


VIVRE PAR DIANE DUFRESNE

Auteurs: Cyril Mokaiesh

Compositeur: Cyril Mokaiesh

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans
On n’est pas tellement plus heureux avec nos cheveux blancs
Nos miroirs pleins d’impact distribuent des claques
Encore trop tôt déjà trop tard pour vider son sac
Le cœur attend son heure d’incandescence

Mais vivre pour ce qu’il reste de jolies promesses
Vivre pour quelques perles en dedans
Mais vivre pour ceux qui restent nos tendres richesses
Vivre pour quelques êtres importants

20 ans ça dure un jour, 20 ans c’est pas lourd
Ça va pas que la marée qui monte nous couvre de honte
Des hommes et des déserts des rivières de larmes
Encore trop tôt déjà trop tard pour rendre les armes
Le cœur attend son heure de délivrance

Mais vivre pour ce qu’il reste de jolies promesses
Vivre pour quelques perles en dedans
Mais vivre pour ceux qui restent nos tendres richesses
Vivre pour quelques êtres importants
Mais vivre

La vie comme la grande voile on compte sur elle
S’envoler jusqu’aux étoiles pour se faire la belle
Le cœur attend son heure de caravell

Mais vivre pour ce qu’il reste de jolies promesses
Vivre pour quelques perles en dedans
Mais vivre pour ceux qui restent nos tendres richesses
Vivre pour quelques êtres importants
Mais vivre parce qu’il y a demain qui fait son malin
Avec sa réserve de printemps
Mais vivre et tendre la main à qui la veux bien
Vivre pour peut-être vivre enfin
Mais vivre

RÂTURES ET CORBEILLE A PAPIERS


RÂTURES ET CORBEILLE A PAPIERS

Si les paysages sont mouillés je ne retiens que l’eau qui pousse la nage à se détourner d’un faux delta. L’aile d’un ru peut aussi bien faire décoller Plus les soleils sont découpés dans les albums à colorier, plus le jour fait monter son tarif. C’est comme mon cousin Jean quand j’étais gosse qui profitait de ses mensonges pour me faire moquer par les filles. En ce temps là on allait chez Jeanne, un village en Lorraine à toutes les vacances. Les tueries qui s’étaient passées là en 14 faisaient qu’il y avait plus de noms écrits sur le monument aux morts que de naissances inscrites au Registre d’Etat-Civil. C’est la vie. Je me demandais pourquoi mes cousins, les deux enfants de Jeanne étaient nés, il m’a toujours semblé qu’ils grandissaient en rapetissant. J’ai eu plus de conversation avec le le poilu qui montait à l’assaut sur la stèle du monument. Puis je suis plus venu chercher les champignons dans la rosée, l’Est me semblait figé dans ce point de levé. Aujourd’hui ça me revient à cause de mouvements solaires en perte de gardien. Plus de coq. En sortant le cheval j’ai remarqué qu’il devait pas avoir l’esprit clair à la façon dont il est passé pratiquement à reculons devant le champ d’avoine. Ce qui fait que je me demande pourquoi j’ai ouvert l’Atelier. Reverdy ? Ma foi ça ce pourrait, une poésie qui dit vrai je vois, que ça pour ne pas casser ma montre. L’heure de voir le développement en posant l’oeil dessus peut pas faire plus de mal que de se fier à ce qui se dit. Sauf que je laisse mes crayons se tailler, le carnet de notes se trouvera une photo en absence de dessein. L’eau froide de mon enfance trompait pas la durée du bain, elle lavait sans retard.

Niala-Loisobleu – 7 Décembre 2020

Julien Clerc & Astor Piazzolla – Loco Loco Loco : Le Coeur Volcan


Julien Clerc & Astor Piazzolla – Loco Loco Loco : Le Coeur Volcan

Le Cœur volcan

Comme un volcan devenu vieux, mon cœur bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades
Je pense si souvent à toi que ma raison en chavire
Comme feraient des barques bleues et même les grands naviresJ’ai la raison arraisonnée dans un port désert dérisoire
Toute ma vie s’est arrêtée comme s’arrêterait l’Histoire
J’ai la raison arraisonnée dans un port désert dérisoire
Toute ma vie s’est arrêtée comme s’arrêterait l’HistoireComme une légende qui s’éteint, comme un grand peuple en décadence
Comme une chanson qui se meurt, comme la fin de l’espérance
Mon cœur volcan devenu vieux bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines maladesComme une armée de vaincus, l’ensemble sombre de mes gestes
Fait un vaisseau du temps perdu dans la mer morte qui me reste
Mon cœur volcan devenu vieux bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines maladesComme une armée de vaincus, l’ensemble sombre de mes gestes
Fait un vaisseau du temps perdu dans la mer morte qui me reste
Mon cœur volcan devenu vieux bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades

Paroliers : Etienne Roda-gil / Julien Clerc

L

AUX ANIMAUX – JACQUES REDA


AUX ANIMAUX – JACQUES REDA

O bêtes, écoutez : je vous aime comme on

Peut aimer l’ordre et l’innocence.

Par les sentiers des bois où parfois je recense

Vos empreintes dans le limon,

Par les prés où longtemps vous demeurez placides

Dans un nuage de douceur,

Sans souci de l’orage ou de l’équarrisseur,

A la fois obtuses, lucides,

Transparentes plutôt pour vous-mêmes, je crois

Voir quelque chose de céleste

Dans l’ombre de vos yeux, les bonds qui vous délestent

Des doutes ou des désarrois.

Auprès de vous je sens notre vie anormale,

Faussement terrestre, tandis

Que s’il reste ici-bas trace d’un paradis,

C’est grâce à la vie animale,

Aux pelages, sabots, crocs, cornes et naseaux

Qui peuplent encore le terre ;

A vos voix dont le son souvent rudimentaire,

Depuis l’âne jusqu’aux oiseaux,

Semble monter du fond de l’Arche vagabonde

Quand va s’arrondir l’arc-en-ciel

Et surgir le premier rameau providentiel,

Fleur des pâturages du monde.

Vous n’avez pas rompu le pacte avec le dieu

Qui parfois, dit-on, vous habite,

Et, lancés comme nous, sur une folle orbite,

Vous ne quittez pas le milieu

Mais renaissez toujours les mêmes, sans Histoire,

Sans archives ni monuments,

Absorbés tout entiers dans le flux des moments,

Quand la terreur du transitoire

Qui nous presse, nous fait bâtir, établir des

Répertoires où vos espèces

Aussi vont en troupeaux de colonnes épaisses :

Les disparus, les liquidés,

Tous ceux qui seront morts dans une décennie,

Ours, éléphants, derniers chaînons

D’un long rêve réglé, que nous exterminons,

Hâtant notre propre agonie. (…)

   Jacques Réda  

Extrait de « Lettre sur l’Univers »         

         

HEURES


HEURES

linkedin sharing button

Quelle importance

Dit-elle

Que je parle

Que je me taise pour toujours

Le vent souffle vers le désert

Y aura-t-il même

Un palmier qui m’entende

J’appelle à moi le chant

Que le siècle blesse à mourir

Goutte à goutte je le recueille

Mais pour qui

Deuil et désir

J’erre parmi les noirs étangs

Eblouie

De si peu même du cri

Rauque de la grenouille

La jeunesse décomposée La terre couverte de plaies Hélas hélas où conduire mes pas Vole ma vie en éclats Et que la poésie se pare De tout ce que je
perds

La poésie fruit défendu Belladone mortelle Dans la débordante Mangeoire universelle

Ne riez pas

Ne condamnez pas si

Contre l’avance des concasseurs

Seule une tige nue

Persiste

Nous sommes les derniers Indiens

Nous sommes les Papous

Les fous les poux

D’un monde antédiluvien

Un oiseau mort depuis longtemps

Chante pour une étoile éteinte

Et plein de grands papillons d’août

Le jour se pend

Sous les beaux térébinthes

A tant de nuit à tant de nulle

Floraison

S’oppose avec douceur

La rose

Au fond des millénaires

C’est ici qu’ils vécurent moururent

Les yeux pleins de rêve

C’est ici qu’ils jouèrent mais d’une flûte

Si triste

Que notre cœur en fut à jamais Transpercé

Vigne heureuse penchée

Sur mes réveils si lourds

Par tous tes pampres retiens-moi

De glisser hors du jour

La nuit pourra venir

Souffler sur mes paupières

Le silence pourra tenir

En laisse tous mes airs

Mais pas avant

Que j’aie jeté aux quatre vents

Mon chant de mort

Et planté dans le front du temps

Mes banderilles d’or

Je suis poussière et cendre Disait le vieil homme

Oh ! l’immense clameur qui monte de Sodome Je suis poussière et cendre Mais j’implore je crie Pitié pour cette ville innombrable De morts

Moi qui savais des mots Pour enchanter la mort Et des secrets pour endormir

Les bêtes carnassières J’ai peur

De ces ombres qui lynchent ma raison Dans un grand bruit rond D’étoffes qu’on déchire

Laissez ah ! laissez-moi

Me perdre dans ce lac d’asphodèles Elles regardent dans les yeux Le ciel

Que m’emporte ce clair essaim Et la nuit viendra boire Dans ma main

C’était peut-être en rêve

Une pluie me tombait des yeux

Le cœur tremblant je descendais

Le chant de la rivière

Les âges me couvraient de leur feu

Et je passais légère

En des fonds somptueux

Quand je serai sous la mer

Compagne d’hippocampes et d’éternelles

Danses quand je serai

Dans les profonds jardins d’iris

Ne m’écrivez pas

Quelles questions sous tant de bleu

Ne se perdraient

Ne me demandez pas

Si j’exulte en ce lieu

Sur vos rivages ma réponse

Serait rejetée

Ne serait-ce mon cœur

Sang d’Arabie vase de Perse

Cette fleur

Illusion que le vent disperse

En mille moucherons moqueurs

Que peut contre la poésie tout ce fleuve de lave

Si dans le monde où nous sommes

Un chant fût-il éteint depuis longtemps

A un autre chant d’homme

Fût-il né dans mille ans

Correspond les oiseaux le savent

Et que peut contre les oiseaux

Transparents

L’hydre du temps

Le souffle noir des hyènes Sous le rossignolier

Mais les radieux Sont trop hauts

Passe le bel ici-bas

Passent les jours si longs

Blessure immonde

Je porte en moi comme le plomb

La mortelle contradiction

D’être et de n’être pas

Au monde

Les blessures comme le feu

Semblent finir par s’endormir

Tromperie

Dans leurs ventres laiteux

Elles roulent des incendies

Chaque matin

Livrée au feu et aux bêtes sauvages

Aux termites anthropophages

Qui me dévorent à grand bruit

Et me laissent en vie

Dans une mort sans fin

Si la seule innocence Etait au fond de l’invisible Dans le regard incorruptible De l’enfant mort à la naissance Où n’entreront jamais Que l’azur et la paix

Deux araignées géantes Se promènent dans mon cerveau Depuis le temps qu’elles tentent De l’étouffer dans leur réseau De fils atroces ne voient-elles Qu’en jouant des
oiseaux Brisent la toile de leurs ailes Rossignols d’ombre plus fidèles Que le sang sous la peau

Toi rossignol de mon triste été Prends possession de cette terre Que je vais quitter Dis à la rose et à l’ombellifère Qu’elles seront les plus fortes Rends grâce
pour l’absente A la glorieuse lumière Vis et chante Lorsque je serai morte

Bâtissez-moi un grand tombeau

Une haute fontaine

Je vous dis que rien n’est trop beau

Pour ton sommeil ô longue peine

De vivre que nulle eau

N’est assez pure pour atteindre

En moi le ciel profond

N’est assez fraîche pour éteindre

Ces soifs qui détruisent le corps

Ces feux qui brûleront

Les portes de la mort

J’avais reçu trois anneaux d’or

Le premier s’est noyé

Dans le cours du temps

Le deuxième une pie l’a volé

Pour son cou blanc

Le troisième coeur d’ellébore

Garde un secret

Qu’un seul regard en l’effleurant

Briserait

Suspendue au fil

Du lumineux été

La libellule

En gloire semble attester

Que vivre est une royauté

Fragile

Si j’étais le berger

De mes pensées de mes rêves obscurs

Je passerais le mur

Des nuits

J’irais conduire mon léger

Troupeau jusqu’à l’inaccessible source

Et nous boirions au long été

Perdu toute peur endormie à mes pieds

Chienne douce

Moi l’envolée

J’ai perdu dans les airs la trace des oiseaux

Moi l’écoulée

En dormant j’ai perdu la voix des passeurs d’eau

Je suis le chant qui s’en va tout seul Entre terre et ciel

Que je dorme statue

Pierre sauvage sous ton nom

Mycènes que mes veines tes rues

Mêlent leurs sangs de plomb

Ne serait-elle ta cruauté dorée

Plus douce à l’âme que ce temps damné

Chut écoutons les grillons heureux Flûter l’amour

Et sur un air solaire les troupeaux laineux Gagner la source où ronronne le jour

La beauté

Foulée aux pieds par ce siècle barbare

Avec ma sœur la lune

Qui peut les délivrer

Douleur douleur

Le cœur n’est plus

Qu’un cimetière d’astres éboulés

L’arbre en hiver

Se roule dans la douceur fourrée

Des étoiles

Tous ces flocons de neige une absence Infinie de pétales

Mais les fleurs de l’été ne serait-ce leur danse Inverse et royale

Laissez dormir les heures Le temps n’est plus à prendre La mort s’impatiente d’attendre Sous la pluie que je meure Chaque matin je suis cette ombre Qui se délivre d’elle-même Et
danse à la froide fontaine De son double à ses pieds

puis retombe

L’espace est mon jardin

La mer l’habite

Tout entière avec ses vents lointains

Les planètes lui rendent visite

La vie la mort

Egales jouent à la marelle

Et moi captive libre j’erre au bord

De longs jours parallèles

Je parle tout le jour

Avec les coquillages le corail blanc

De la mort et je joue

A me perdre dans les étangs

Pleins d’iris jaunes de grenouilles

Bulbeuses

Qui me reconnaîtrait Dans cette vase où grouillent Tous mes rêves défaits.

Anne Perrier