Anne Sylvestre – La Marche Nuptiale


Anne Sylvestre – La Marche Nuptiale

Mariage d’amour, mariage d’argent
J’ai vu se marier toutes sortes de gens
Des gens de basse source et des grands de la terre
Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notairesQuand même je vivrais jusqu’à la fin des temps
Je garderai toujours le souvenir content
Du jour de pauvre noce où mon père et ma mère
S’allèrent épouser devant Monsieur le MaireC’est dans un char à bœufs, s’il faut parler bien franc
Tirés par les amis, poussés par les parents
Que les vieux amoureux firent leurs épousailles
Après longtemps d’amour, longtemps de fiançaillesCortège nuptiale hors de l’ordre courant
La foule nous couvait d’un œil protubérant
Nous étions contemplés par le monde futile
Qui n’avait jamais vu de noce de ce styleVoici le vent qui souffle emportant, crève-cœur!
Le chapeau de mon père et les enfants de chœur
Voilà la pluie qui tombe en pesant bien ses gouttes
Comme pour empêcher la noce, coûte que coûteJe n’oublierai jamais la mariée en pleurs
Berçant comme une poupée son gros bouquet de fleurs
Moi, pour la consoler, moi de toute ma morgue
Sur mon harmonica jouant les grandes orguesTous les garçons d’honneur, montrant le poing aux nues
Criaient: « Par Jupiter, la noce continue! »
Par les hommes décriés, par les Dieux contrariés
La noce continue et vive la mariée!

LA METAMORPHOSE DES PROLEGOMENES


LA METAMORPHOSE DES PROLEGOMENES

Au tronc du cadre

l’oiseau pique à la vitre

un paysage choisi dans la carte des repas au jardin clair sous l’arbre

il revient des feuilles vives aux racines nerveuses

jour de merde embelli

la nappe du ciel déborde de fruits sucrés

l’abeille pompe

Le chien arrive triple-saut wouah wouah et avale la pluie l’oeil ravageur

Quand je suis passé par l’atelier la voix sur la palette m’a tiré pleine pulpe au noyau

l’enfant t’adressait la parole de ses mains tendues

j’ai pu tracer l’histoire du compotier

Vois, devant Bonnard

la lumière éclatante déborde plus loin que le cadre de la porte

Niala-Loisobleu – 4 Décembre 2020

AU FOND DU LIT COMME AU BORD, LA RIVIERE


AU FOND DU LIT COMME AU BORD, LA RIVIERE

Quand du fauteuil les papillons du papier des murs manoeuvrent l’horizontale du corps

et qu’au coude des saules-pleureurs deux canards amoureusement glissent

je ne saurais dire cette chaleur par le vulgaire de mots bavards

Indistinctement mêlé à Edvard c’est fou comme ton corps tire mon coeur haut d’un lit-bateau

Serais amarré en jumelage aux péniches quai de la Halle-aux-Vins que le tangage serait comparable aux quarantièmes

Ben oui après l’insomnie de glue terrestre; l’horizon a fini par basculer verticale rampe de lancement

la rousseur de ton crin fustigeant les idées funestes d’un feu réparateur à l’ordre du jour

Incontournables prolégomènes

Sans fleurs du mâle.

Niala-Loisobleu – 4 Décembre 2020


POURQUOI CRAINS-TU, FILLE FAROUCHE

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Cécile Sauvage

POURQUOI CRAINS-TU, FILLE FAROUCHE

Pourquoi crains-tu, fille farouche
De me voir nue entre les fleurs ?
Mets une rose sur ta bouche
Et ris avec moins de rougeur.
Ne sais-tu pas comme ta robe
Est transparente autour de toi
Et que d’un clair regard je vois
Ta sveltesse qui se dérobe ?
Triste fantôme de pudeur,
Que n’es-tu nue avec la fleur
D’un lis blanc dans ta chevelure,
Un doigt sur ta mamelle pure.

Cécile Sauvage