CONTREFORTS DE L’ENFANCE


Chaïm Soutine – Deux enfants

CONTREFORTS DE L’ENFANCE

L’un contre l’autre en renfort de maçonnerie sur la face extérieure des cages thoraciques à contenir les charges de poussées mécaniques du brin de voûte

Maudit Chaïm

Au matin à Vaugirard on vient boire la saignée au point d’Ars avant de monter les mioches au cheval de bois par l’allée des perspectives

Enfant de troupe « Allons Z’Enfants » d’une page non-écrite du couché au levé au lavabo-collectif d’eau glacée que le rêve récupère dans les trois couleurs

Maudit Chaïm

La Ruche quartier de l’Observatoire inspire l’Auguste Boucher, sculpteur créatif plein d’élan. Ah, sortis du visionnaire on serait bon qu’à aller dans le mur ?

Maudit Chaïm on a cru que tu ne serais plus ignoré

Tes gosses quand je les regarde je vois des vitraux à la place des peurs dans leurs yeux. C’est vrai que le hasard n’existe pas, la Reine on lui doit Chagall dans le miel qu’elle a fait là. Il a même fait chanter le plafond. Trop beau. Nous voilà conteur à zéro

Et imagines ce que ça peut me faire mal à la côte

Pas possible d’en arriver à plus se faire comprendre et de se retrouver con sans rire

C’est pas un Soulages qui se supprimerait en chant de blé dans un choeur de corbeaux, il est riche que ça m’en fait gerber outre-noir

Il faudrait pas que que les contreforts d’Auvers-sur-Oise soient du faux gothique Compagnon

Des fois que la foi nous trahirait

A perdre la tête

Léo j’ai besoin de toi pour pas gueuler tout seul

Maudit Chaîm les enfants faut pas que ça finisse Amédéo par défenestrer les Jeanne enceintes.

Niala-Loisobleu – 2 Décembre 2020

LA TERRE


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LA TERRE

Je « rie. »
Regarde,

La lumière

Vivait là, près de nous !
Ici, sa provision

D’eau, encore transfigurée.
Ici le bois

Dans la remise.
Ici, les quelques fruits

A sécher dans les vibrations du ciel de l’aube.

Rien n’a changé.

Ce sont les mêmes lieux et les mêmes choses.

Presque les mêmes mots,

Mais. vois, en toi. en moi

L’indivis, l’invisible se rassemblent.

Lt elle ! n’est-ce pas

Elle qui sourit là («
Moi la lumière,

Oui, je consens ») dans la certitude du seuil,

Penchée, guidant les pas

D’on dirait un soleil enfant sur une eau obscure.

Je crie.
Regarde,

L’amandier

Se couvre brusquement de milliers de fleurs.

Ici

Le noueux, l’a jamais terrestre, le déchiré

Entre au port.
Moi la nuit

Je ronsens.
Moi l’amandier

J’entre paré dans la chambre nuptiale.

Et, vois, des mains

De plus haut dans le ciel

Prennent

Comme passe une ondée, dans chaque fleur,

La part impérissable de la vie.

Elles divisent l’amande

Avec paix.
Elles touchent, elles prélèvent le germe.

Elles l’emportent, grainée déjà

D’autres mondes.

Dans l’a jamais de la fleur éphémère.

O flamme

Qui consumant célèbres.

Cendre

Qui dispersant recueilles.

Flamme, oui, qui effaces

De la table sacrificielle de l’été

La fièvre, les sursauts

De la main crispée.

Flamme, pour que la pierre du ciel clair

Soit lavée de notre ombre, et que ce soit

Un dieu enfant qui joue

Dans l’âcreté de la sève.

Je me penche sur toi, je rassemble, à genoux,

Flamme qui vas.

L’impatience, l’ardeur, le deuil, la solitude

Dans ta fumée.

Je me penche sur toi, aube, je prends

Dans mes mains ton visage.
Qu’il fait beau

Sur notre lit désert !
Je sacrifie

Et tu es la résurrection de ce que je brûle.

Flamme

Notre chambre de l’autre année, mystérieuse

Comme la proue d’une barque qui passe.

Flamme le verre

Sur la table de la cuisine abandonnée,

AV.

Dans les gravats.

Flamme, de salle en salle.

Le plâtre.

Toute une indifférence, illuminée.

Flamme l’ampoule

Où manquait
Dieu

Au-dessus de la porte de l’étable.

Flamme

La vigne de l’éclair. là-bas.

Dans le piétinement des bêtes qui révent

Flamme la pierre

Où le couteau du rêve a tant œuvré.

Flamme,

Dans la paix de la flamme.

L’agneau du sacrifice gardé sauf.

Et. tard, je crie

Des mots que le feu accepte.

Je crie.
Regarde.

Ici a déposé un sel inconnu.

Je crie.
Regarde.

Ta conscience n’est pas en toi.

L’amont de ton regard

N’est pas en toi.

Ta souffrance n’est pas en toi, ta joie moins encore.

Je crie. Écoute,

Une musique a cessé.

Partout, dans ce qui est.

Le vent se lève et dénoue.

Aujourd’hui la distance entre les mailles

Existe plus que les mailles.

Nous jetons un filet qui ne retient pas.

Achever, ordonner.

Nous ne le savons plus.

Entre l’œil qui s’accroît et le mot plus vrai

Se déchire la taie de l’achevable.

O ratures, ô rouilles

Où la trace de l’eau, celle du sens

Se résorbant s’illimitent,

Dieu, paroi nue

Où l’érosion, l’entaille

Ont même aspect désert au liane du monde.

Comme il est tard !

On voit un dieu pousser quelque chose comme

Une barque vers un rivage mais tout change.

Ellbndrements sur la route des hommes.

Piétinements, clameurs au bas du ciel.

Ici
Tailleurs étreint

La main œuvrante

Mais quand elle dévie dans le trait obscur,
C’est comme une aube.

Regarde,

Ici, sur la lande du sens,

A quelques mètres du sol,

C’est comme si le feu avait pris feu,

Et ce second brasier, dépossession,

Comme s’il prenait feu encore, dans les hauts

De l’étoffe de ce qui est, que le vent gonfle.

Regarde,

Le quatrième mur s’est descellé,

Entre lui et la pile du côté nord

Il y a place pour la ronce

Et les bêtes furtives de chaque nuit.

Le quatrième mur et le premier

Ont dérivé sur la chaîne,

Le sceau de la présence a éclaté

Sous la poussée rocheuse.

J’entre donc par la brèche au cri rapide.

Est-ce deux combattants qui ont lâché prise.

Deux amants qui retombent inapaisés ?

Non, la lumière joue avec la lumière

Et le signe est la vie

Dans l’arbre de la transparence de ce qui est.

Je crie,
Regarde,

Le signe est devenu le lieu.

Sous le porche de foudre

Fendu

Nous sommes et ne sommes pas.

Entre avec moi, obscure,

Accepte par la brèche au cri de faim.

Et soyons l’un pour l’aure comme la flamme
Quand elle se détache du flambeau,
La phrase de fumée un instant lisible
Avant de s’effacer dans l’air souverain.

Oui, toutes choses simples

Rétablies

Ici et là, sur leurs

Piliers de feu.

Vivre sans origine,
Oui, maintenant,
Passer, la main criblée
De lueurs vides.

Et tout attachement

Une fumée.

Mais vibrant clair, comme un

Airain qui sonne.

Retrouvons-nous

Si haut que la lumière comme déborde

De la coupe de l’heure et du cri mêlés,

Un ruissellement clair, où rien ne reste

Que l’abondance comme telle, désignée.

Retrouvons-nous, prenons

A poignées notre pure présence nue

Sur le lit du matin et le lit du soir.

Partout où le temps creuse son ornière,

Partout où l’eau précieuse s’évapore.

Portons-nous l’un vers l’autre comme enfin

Chacun toutes les bêtes et les choses.

Tous les chemins déserts, toutes les pierres,

Tous les ruissellements, tous les métaux.

Regarde,

Ici fleurit le rien ; et ses corolles.

Ses couleurs d’aube et de crépuscule, ses apports

De beauté mystérieuse au lieu terrestre

Et son vert sombre aussi, et le vent dans ses branches

C’est l’or qui est en nous : or sans matière.

Or de ne pas durer, de ne pas avoir,

Or d’avoir consenti, unique flamme

Au flanc transfiguré de l’alambic.

Et tant vaut la journée qui va finir,
Si précieuse la qualité de cette lumière,
Si simple le cristal un peu jauni

De ces arbres, de ces chemins parmi des sources.
Et si saiislaisantes l’une pour l’autre
Nos voix, qui eurent soif de se trouver
Et ont erré côte à côte, longtemps
Interrompues, obscures.

Que tu peux nommer
Dieu ce vase vide.
Dieu qui n’est pas. mais qui sauve le don.
Dieu sans regard mais dont les mains renouent.
Dieu nuée.
Dieu enfant et à naître encore.
Dieu vaisseau pour l’antique douleur comprise,
Dieu voûte pour l’étoile incertaine du sel
Dans l’évaporation qui est la seule
Intelligence ici qui sache et prouve.

Et nos mains se cherchant
Soient la pierre nue
Et la joie partagée
La brassée d’herbes

Car bien que toi, que moi
Criant ne sommes
Qu’un anneau de feu clair
Qu’un vent disperse

Si bien qu’on ne saura
Tôt dans le ciel
Si même eut lieu ce cri
Qui a fait naître,

Toutefois, se trouvant.
Nos mains consentent
D’autres éternité
Au désir encore.

Et notre terre soit
L’inachevable
Lumière de la faux
Qui prend l’écume

Et non parce qu’est vraie
Sa seule foudre,
Bien que le vide, clair,
Soit notre couche

Et que toi près de moi.
Simples, n’y sommes
Que fumée rabattue
Du sacrifice,

Mais pour sa retombée
Qui nous unit.
Blé de la transparence,
Au désir encore.

Éternité du cri
De l’enfant qui semble
Naître de la douleur
Qui se fait lumière.

L’éternité descend
Dans la terre nue
Et soulève le sens
Comme une bêche.

Et vois, l’enfant

Est là, dans l’amandier.

Debout

Comme plusieurs vaisseaux arrivant en rêve.

Il monte

Entre lune et soleil.
Il essaie de pencher vers nous

Dans la fumée

Son feu, riant.

Où l’ange et le serpent ont même visage.

Il offre

Dans la touffe des mots, qui a fleuri,

Une seconde fois du fruit de l’arbre.

Et déjà le maçon

Se penche vers le fond de la lumière
Sa bêche en prend les gravats
Pour le comblement impossible.

Il racle

De sa bêche phosphorescente

Cet autre ciel, il fouille

De son fer antérieur à notre rêve

Sous les ronces,

A l’étage du feu et de
Pincréé.

Il arrache

La touffe blanche du feu

Au battement de l’incréé parmi les pierres.

Il se tait.

Le midi de ses quelques mots est encore loin

Dans la lumière.

Mais, tard.

Le rouge déteint du ciel

Lui suffira, pour l’éternité du retour

Dans les pierres, grossies

Par l’attraction des cimes encore claires.

N’étant que la puissance du rien,
La bouche, la salive du rien,
Je crie,

Et au-dessus de la vallée de toi, de moi
Demeure le cri de joie dans sa forme pure.

Oui, moi les pierres du soir, illuminées.
Je consens.

Oui, moi la flaque

Plus vaste que le ciel, l’enfant

Qui en remue la boue, l’iris

Aux reflets sans repos, sans souvenirs,

De l’eau, moi, je consens.

Et moi le feu, moi

La pupille du feu, dans la fumée

Des herbes et des siècles, je consens.

Moi la nuée

Je consens.
Moi l’étoile du soir

Je consens.

Moi les grappes de mondes qui ont mûri,

Moi le départ

Des maçons attardés vers les villages,

Moi le bruit de la fourgonnette qui se perd,

Je consens.
Moi le berger.

Je pousse la fatigue et l’espérance

Sous l’arche de l’étoile vers l’étable.

Moi la nuit d’août,

Je fais le lit des bêtes dans l’étable.

Moi le sommeil.

Je prends le rêve dans mes barques, je consens.

Et moi, la voix

Qui a tant désiré.
Moi le maillet

Qui heurta, à coups sourds,

Le ciel, la terre noire.
Moi le passeur,

Moi la barque de tout à travers tout.

Moi le soleil.

Je m’arrête au faîte du monde dans les pierres.

Parole

Décrucifiée.
Chanvre de l’apparence

Enfin rouie.

Patience

Qui a voulu, et su.

Couronne

Qui a droit de brûler

Perche

De chimères, de paix.

Qui trouve

Et louche doucement, dans le flux qui va,

A une épaule.

Yves Bonnefoy

LE REMPART DE BRINDILLES


René Char

LE REMPART DE BRINDILLES

Le dessein de la poésie étant de nous rendre souverains en nous impersonnalisant, nous touchons, grâce au poème, à la plénitude de ce qui n’était
qu’esquissé ou déformé par les vantardises de l’individu.

Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le
monde nominateur de l’unité.

Nous sommes déroutés et sans rêve. Mais il y a toujours une bougie qui danse dans notre main. Ainsi l’ombre où nous entrons est notre sommeil futur sans cesse
raccourci.

Lorsque nous sommes aptes à monter à l’aide de l’échelle naturelle vers quelque sommet initiant, nous laissons en bas les échelons du bas; mais quand nous redescendons, nous
faisons glisser avec nous tous les échelons du sommet. Nous enfouissons ce pinacle dans notre fonds le plus rare et le mieux défendu, au-dessous de l’échelon dernier, mais avec
plus d’acquisitions et de richesses encore que notre aventure n’en avait rapporté de l’extrémité de la tremblante échelle.

Ne cherche pas les limites de la mer. Tu les détiens. Elles te sont offertes au même instant que ta vie évaporée. Le sentiment, comme tu sais, est enfant de la matière;
il est son regard admirablement nuancé.

Jeunes hommes, préférez la rosée des femmes, leur cruauté lunatique, à laquelle votre violence et votre amour pourront riposter, à l’encre inanimée des
meurtriers de plume. Tenez-vous plutôt, rapides poissons musclés, dans la cascade.

Nous vivons collés à la poitrine d’une horloge qui, désemparée, regarde finir et commencer la course du soleil. Mais elle courbera le temps, liera la terre à nous; et
cela est notre succès.

Échapper à la honteuse contrainte du choix entre l’obéissance et la démence, esquiver l’abat de la hache sans cesse revenante du despote contre laquelle nous sommes sans
moyens de protection, quoique étant aux prises sans trêve, voilà notre rôle, notre destination, et notre dandinement justifiés. 11 nous faut franchir la clôture du
pire, faire la course périlleuse, encore chasser au-delà, tailler en pièces l’inique, enfin disparaître sans trop de pacotilles sur soi. Un faible remerciement donné ou
entendu, rien d’autre.

Combien s’imaginent porter la terre et exprimer le monde, qui trépignent de ne pouvoir s’informer mielleusement de leur destin auprès de la Pythie.

Je crois en Lui : il n’est pas. Je ne m’en rapporte pas à lui : est-Il? Principe de tout avancement, de tout dégagement. Nuit ouverte et glacée! Ah ! fin de la chaîne des
démentis.

(La quête d’un grand Être, n’est-ce qu’une pression de doigt du présent entravé sur l’avenir en liberté? Les lendemains non touchés sont vastes. Et là-bas est
divin où ne retentit pas le choc de notre chaîne.)

Êtres que l’aurore semble laver de leurs tourments, semble doter d’une santé, d’une innocence neuves, et qui se fracassent ou se suppriment deux heures après… Êtres chers
dont je sens la main.

La cheminée du palais de même que Pâtre de la chaumière fument depuis que la tête du roi se trouve sur les chenets, depuis que les semelles du représentant du
peuple se chauffent naïvement à cette bûche excessive qui ne peut pas se consumer malgré son peu de cervelle et l’effroi de ceux pour lesquels elle fut guillotinée.
Entre les illusions qui nous gouvernent, peut-être reverra-t-on celles, dans l’ordre naturel appelées, que quelque aspect du sacré tempère et qui sont au regard averti les
moins cyniquement dissimulées. Mais cette apparition, que les exemples précédents ont disqualifiée, doit attendre encore, car elle est sans énergie et sans bonté
dans des limbes que le poison mouille. La propriété redevenant l’infini impersonnel à l’extérieur de l’homme, la cupidité ne sera plus qu’une fièvre d’étape
que chaque lendemain absorbera. Tout l’embasement néanmoins est à réinventer. La vie bousillée est à ressaisir, avec tout le doré du couchant et la promesse de
l’éveil, successivement. Et honneur à la mélancolie augmentée par l’été d’un seul jour, à midi impétueux, à la mort.

Tour à tour coteau luxuriant, roc désolé, léger abri, tel est l’homme, le bel homme déconcertant.

Disparu, l’élégance de l’ombre lui succède. L’énigme a fini de rougir.

Nota. — Cessons de miroiter. Toute la question sera, un moment, de savoir si la mort met bien le point final à tout. Mais peut-être notre cœur n’est-il formé que de la
réponse qui n’est point donnée?

Et la faculté de fine manoeuvre? Qui sera ton lecteur? Quelqu’un que ta spéculation arme mais que ta plume innocente. Cet oisif, sur ses coudes? Ce criminel encore sans objet? Prends
garde, quand tu peux, aux mots que tu écris, malgré leur ferme distance.

René Char