Anne Sylvestre, figure visionnaire de la chanson, est morte


La mer fait des vagues à saute-mouton
La mer fait des blagues aux poissons
Quand elle se fracasse pour m’éclabousser
Moi je bois la tasse trop salée

La mer se fait douce quand elle veut jouer
Rien qu’un peu de mousse à mes pieds
Elle est si gentille que je peux nager
Et ses gouttes brillent sur mon nez

Quand la mer se fâche et fait le gros dos
Il faut qu’on attache les bateaux
Quand la mer se creuse, elle fait des bonds
Mais elle est heureuse pour de bon

La mer fait des vagues à saute-mouton
La mer fait des blagues aux poissons
Et s’il faut attendre qu’elle soit calmée
C’est qu’il faut la prendre comme elle est

C’est qu’il faut comprendre qu’elle fait ce qui lui plaît.

Anne Sylvestre, figure visionnaire de la chanson, est morte

Anne Sylvestre.
Anne Sylvestre.Olivier Metzger pour Télérama

Ses “Fabulettes” poétiques ont marqué des générations d’enfants. Mais Anne Sylvestre était aussi une autrice pionnière, dont les textes pour adultes, injustement méconnus, sont parmi les plus beaux du répertoire français. Nous l’avions rencontrée en août 2017, alors qu’elle se préparait à fêter soixante ans de carrière. La grande dame de la chanson française est morte lundi 30 novembre, à l’âge de 86 ans.

Une jeune femme vient de lui sourire. Sans rien dire. Mais avec dans les yeux une joyeuse reconnaissance. « Voilà ce qui arrive dans la rue : des gens m’offrent leur sourire. C’est joli. » Ceux-là, c’est sûr, ont écouté son œuvre. Pas seulement ses Fabulettes pour enfants mais aussi ses chansons pour adultes. Ils savent combien elles sont précieuses. Pour qui connaît le répertoire français, le nom d’Anne Sylvestre égale ceux de Brassens, Brel, ­Barbara, Ferré, Trenet. On ne le dit pas assez ? Si seulement les radios et les télés avaient daigné diffuser ses chansons, tout le monde saurait. Mais l’histoire s’est écrite autrement, et le trésor s’est partagé avec plus de discrétion, scène après scène, disque après disque.Mort d’Anne Sylvestre : “Les Gens qui doutent”,“Juste une femme”… ses dix plus grandes chansons MusiquesValérie Lehoux5 minutes à lire

Aujourd’hui, les amoureux ­d’Anne Sylvestre se retrouvent un peu partout et souvent se reconnaissent, heureux de leur connivence. Yann Moix parle d’elle comme d’une « chanteuse prodigieuse » (1). Pour rien au monde (pas même peut-être un concert de son fils), Philippe Delerm ne raterait ses passages sur scène. L’humoriste Vincent Dedienne s’enflamme pour « son langage infiniment soutenu, son incroyable capacité à faire rire et pleurer parfois dans une même phrase ». Jean-Louis ­Murat ne se lasse pas d’écouter Un mur pour pleurer. La Grande Sophie frissonne chaque fois qu’elle entend ­Carcasse, dialogue intime entre le corps et l’esprit. Anne Goscinny jure ne pas passer une journée sans qu’une de ses chansons résonne à ses oreilles – en exergue de son prochain livre, elle en ­citera même un extrait. La très branchée Fishbach se dit « profondément touchée par l’écriture de cette femme qui déteste dire qu’elle est engagée mais qui l’est complètement », et craque ­devant Ma chérie, duo entre une mère et sa fille à la résonance universelle. Sans parler des autres, connus ou pas.

Source Télérama