SOLEIL DE MES NUITS


SOLEIL DE MES NUITS

A l’approche du dernier sillon

le disque respire la glycine

la voie du son Maître

par le pavillon sort

et le chien assis

m’ouvre sur tes TOI.

Niala-Loisobleu – 17 Novembre 2020

Marie-Jo Thério – Le chant d’Hélium

Je pense à où je veux aller
Et à où j’ai déjà été
Le lien commun de ces idées
C’est que nulle part je ne veux rester

Dunes de sable et murs de pierre
Ne retiendront guère
La goutte d’eau qui veut tomber
Pour se jeter dans la mer

Le plus grand qui m’a dit
Petit, petit, peux-tu comprendre
À pas de fourmi, tu verras bien
Jamais rien ne sera trop loin

Dunes de sable et murs de pierre
Ne retiendront guère
La goutte d’eau qui veut tomber
Pour se jeter dans la mer, dans la mer

Hey hey hey…

Souffle, frère, souffle le vent
De ton air, tu me libères
Brûle, père, brûle mon corps
De ton feu, je me sens fort
Terre-mère, protège-moi
Je suis la preuve de votre foi

Et quand le temps paraîtra long
Le moment d’un éclair
Sans qu’le puits touche à son fond
Le fruit de ma prière

Oh, sable, pierre de verre
Toi qui guides mes pas
Je suis perdu dans le désert
Je ne reviendrai pas

Souffle, le souffle, souffle le vent
De ton air, tu me libères
Brûle, père, brûle mon corps
De ton feu, je me sens fort
Terre-mère, protège-moi
Je suis la preuve de votre foi

LA BASILIQUE DE PYTHAGORE


LA BASILIQUE DE PYTHAGORE

Il y a dans un coin de ma mémoire cette ville alerte dont je n’ai pas encore voulu jouir.
Les boulevards tournent avec les rayons du soleil et l’ombre est de tout temps réservée aux rues de traverse et au quartier désuet des conspirateurs.
C’est là que je m’achemine à midi sonné par des ruelles où le vent perpétuel rebrousse les herbes.
De très vieux hôtels à baldaquins de pierre s’entremêlent çà et là à quelques-unes de ces charmantes gares de campagne désaffectées que la
ville a avalées au passage — aussi bien conservées, ma foi, que
Jonas dans sa baleine.
Au coin de la rue se balance la pancarte bleue défraîchie de la salle d’attente des premières classes.
Une maison hospitalière y donne — pourquoi pas ? — ses jeux folâtres; par la grille du guichet il m’est donné parfois de surprendre, au creux d’un ballot de
cotonnades, les ébats les moins condamnables.
On se croit tout à coup — dans une apothéose de madras de couleur et cette ombre, cette ombre fraîche ! — au cœur de quelle
Caroline du
Sud !
Et la poussière ! — cette fine poussière de charbon des gares très patinées, dont l’odeur enivre.
Tout autour, un jardin, accueillant, — des colchiques, des bougainvilliers.
Il est défendu de s’arrêter longtemps.
L’ombre d’un gratte-ciel tout blanc éteint la petite gare, on pense tout à coup à la
Sicile, aux rues en falaise de je ne sais quelle
Salerne de béton où dans un ouragan de mouches l’ombre des loggias de l’Hôtel de ville haut perché écrase les maisons du port et leurs belles lingeries multicolores,
leur grand pavois des jours de fête, qui sont tous les jours.
Il y a aussi une débauche d’horloges de fer, comme de grandes araignées.
Si débonnaires, si tranquilles.
Le ferraillement énorme d’un tramway entre au cœur de tout cela comme un tremblement de terre, une explosion de vaisselle, ou le tintamarre réjouissant de ces tubes de métal
accordés qu’ébranlent les portes des magasins pleins de pénombre où l’on marchande des bibelots d’osier, des porcelaines, des flacons treillissés de parfums
exotiques.
Pour en revenir à la petite gare, dans son jardin s’est réfugié un cèdre.
Entre les murailles verticales qu’il touche et qui font sauter le cœur de joie à leur élan lisse, il étend ses branches comme ces niveaux d’eaux croupies des puits très
profonds, les années de sécheresse.

On a du le descendre là au bout d’une corde, et c est dans cette galerie de forage, sous ce culot de verdure, sous ces clapets de verdure dormnés par cent trente-cinq étages et
l’éclat neuf en plein jour de toutes les étoiles, c’est la que je donne mes rendez-vous d’amour et mes baisers voraces, mes premiers baisers.

Julien Gracq