DIFFICILE A CROIRE : Francis Cabrel


DIFFICILE A CROIRE : Francis Cabrel

Je vois une librairie en ville
Je cours m’acheter un bon bouquin
Le gars me dit “Vous tombez pile
Justement, il nous en reste un”
Comme je rentrais chez moi tranquille
Là, j’ai croisé ton chemin

D’ordinaire je lis trente pages
Après je dors jusqu’au matin
Ouh et là et là ?
On attendait au même passage
Le hasard fait les choses bien
Ouh et là et là ?
Un souffle gonflait ton corsage
L’ouvrage m’est tombé des mains

C’était pas un livre d’images
C’était pas la Comtesse de Ségur
On a déchiré l’emballage
On a un peu froissé la couverture
Ouh et là et là ?
J’avais tamisé l’éclairage
Nos ombres dansaient sur le mur

Ouh et là? Là c’est difficile à croire
Je suis, je sais, je sais, c’est difficile à croire
Je sais…
Ouh et là? Là c’est difficile à croire

D’habitude de bouche à oreille
Je parle des livres auxquels je crois
Je noie mes amis de conseils
Et de conseils mes amis me noient
Ouh et là et là ?
Cette fois-ci c’est plus pareil
Je garde le conseil pour moi

Quand je raconte cette histoire
On lève les yeux, on sourit
“Tu lis trop de romans de gare

Tu t’égares tu nous prends pour qui ?”
Ouh et là et là ?
C’est vrai, c’est difficile à croire
En ville, y’a plus de librairies

Ouh et là? Là c’est difficile à croire
Je sais, je sais, je sais, c’est difficile à croire
Ouh et là? Là c’est difficile à croire
C’est vrai, c’est tout dans la périphérie…
Je sais, je sais…
Là c’est difficile à croire

LA TÊTE EN L’ERRE


LA TÊTE EN L’ERRE

Un arbre vide

des montagnes plates et le fleuve étranglé serrent les poings pour ongler le sang de la chair

sortir la viande morte d’un troupeau en formation de bataille

Déjà l’éclat de l’oeil

puis l’un après l’autre chacun de tes 37° remontés à la surface

tu lèves le bras pour animer le sein

de derrière le genou la poplité a souri

Tu penches le buste l’oiseau saute et se branche

tu n’étais pas encore assise que la porte principale s’est mis la bienvenue à la poignée et les grandes colonnes en porche sans le porte-parapluie des mesures diverses gardées entre les lèvres

C’est ta main qui m’a montré la plage restée pour vivre, nous avons pris l’ibère pour saison et pédaler de concert.

Niala-Loisobleu – 4 Novembre 2020


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BRIBES (XIV) – Reprise

Poitrine d’une flamme qui tremble au moment où gonfle le jabot je défais le premier bouton

enfle la pensée

prête à l’envol

juste un éclat de tes dents mordra mon attente

tirant des ailes à se sentir serrés

Rassurée

La rougeur de ta gorge tient les battants de l’espace à ouvrir, renvoie la jalousie quérir l’ombre saine…

Niala-Loisobleu – 30 Novembre 2018

DEDICACE A MARCELLO COMITINI (REPRISE)


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DEDICACE A MARCELLO COMITINI (REPRISE)

Mon cher Marcello,

Ton article d’aujourd’hui dans ce qu’il propose, ajoute au ressenti désespérant que nous partageons, en ce qui concerne son rapport à l’argent. Raison qui m’amène, à t’offrir cet article, dont tu dois connaître mieux que moi le poète cité.

Bonne journée à toi

https://marcellocomitini.wordpress.com/

Niala-Loisobleu – 27 Octobre 2020

Tu n’a pas du voir cet article à sa sortie, Marcello

Aussi je le réédite pour te soutenir dans le mauvais passage que tu traverses.

Bonne journée à toi.

Alain – 4 Novembre 2020

Alfonso Gatto

Une poésie comme un salut désespéré

… Ainsi, vivre, c’est toujours affirmer

un salut désespéré, urgent. (Gouffre marin, Alfonso Gatto)

Dans sa présentation d’Alfonso Gatto dans le livre Pauvreté comme le soir, Bernard Simeone, grand traducteur et passeur de littérature italienne, hélas disparu en 2001, cite cette profonde déclaration du poète :

« Je veux que la poésie seule dise qui je suis, comment et pourquoi j’ai vécu, et avec le naturel qui lui est propre. Cela me suffit. Et le même refus vaudra pour toutes les autres images qui auraient pu me représenter. Nul ne saura jamais combien un poète espère en sa beauté, sa vanité, sa force et son pouvoir de sympathie, et combien en même temps il désespère de tout cela ; combien se referme sur lui le geste par lequel il voulait courir et s’annoncer ; combien il envie le succès, mais plus encore l’ironie méditée. Quand j’étais enfant, c’était moi seul qui donnais aux poètes un visage, qui les voulais exactement tels que je les voyais. Je serais heureux si vous cherchiez à m’imaginer à votre manière, avec le seul secours de mes mots. »

Aussi cela sera presque uniquement par le secours des mots mêmes du poète, que sera évoquée la figure étonnante d’Alfonso Gatto. Alfonso Gatto aura été un personnage multiple. Peintre, romancier, critique d’art, poète, dramaturge, acteur dans les films de Pier Paolo Pasolini, L’Évangile selon saint Matthieu et Théorème, de Francesco Rosi et de Mario Monicelli, Gatto était tout cela, mais partout il portera les traces de la guerre et de sa lutte contre le fascisme.
Alfonso Gatto, (1909-1976), était parmi les plus grands poètes italiens du 20e siècle. Comme Mario Luzi, Vittorio Sereni et d’autres, il appartenait à la deuxième génération de poètes italiens, après celle de Giuseppe Ungaretti, Montale Eugenio et Savatore Quasimodo. Tous ont été influencés par les symbolistes français.

Lui était un homme du sud imprégné d’oralité et des bruissements des origines, aussi l’hermétisme de la poésie de groupe de collègues ne fera pas taire sa voix rocailleuse.

Il est aussi sensible au surréalisme et souvent ses images semblent issues d’une écriture automatique, obscurcissant le sens du poème, sans distendre son lien avec la poésie populaire.
Sa nature de peintre lui fait instiller des couleurs dans ses mots.

Sa foi dans l’homme et dans la vie se mélange à un certain désespoir et la hantise du rien, et rend sa poésie d’un dépouillement extrême unique.

Une vie dans l’urgence

Alfonso Gatto est né à Salerno le 17 juillet 1909.
Sa famille se compose de marins et de petits propriétaires qui sont venus de Calabre.

Son enfance et son adolescence sont plutôt tourmentées. Il termine ses études secondaires à Salerne et s’inscrit à l’université de Naples en 1926. Il doit abandonner ses études après quelques années, en raison de difficultés économiques, et sans avoir obtenu de diplôme.

À partir de cette période, sa vie devient mouvementée, inquiète et aventureuse; il déménage constamment, il fait de nombreux voyages, et autant d’emplois. D’abord il est employé comme commis dans une librairie, puis instituteur d’école, puis correcteur dans une maison d’édition, puis journaliste, puis enseignant.

Il va vivre avec sa première femme à Milan en 1934.
En 1936, il est arrêté pour ses idées antifascistes et passe six mois dans la prison San Vittore à Milan.
Il s’installe en 1938 à Florence.

C’est à cette époque que Gatto collabore à des revues d’avant-garde et des périodiques de culture littéraire. En 1938 il fonde Campo di Marte, Champ de Mars, mais le journal n’est publié qu’un an ; ce fut toutefois une expérience importante pour le poète qui eut l’occasion de se hasarder de manière importante dans la littérature militante.
En 1941, au Lycée artistique de Bologne, Gatto reçoit sa nomination de professeur titulaire en Littérature italienne en raison de sa réputation. Il devient envoyé spécial de L’Unità exerçant un rôle de premier plan dans la littérature d’inspiration communiste. Par la suite, il démissionne du Parti communiste italien et devient un communiste dissident.

Après la guerre, il reprend son travail de journaliste, tantôt d’enseignant, et il continue à écrire ses poésies.
Le poète, en 1946, rencontrera la femme la plus importante dans sa vie, le peintre et écrivain de Trieste, Gratianne Pentich,dont il eut deux fils, Théodore et Leo. La vie du poète sera marquée en 1963, par le chagrin de la mort de Théodore, tandis que Leo est décédé trois mois seulement après la mort du poète.
En 1955, il reçoit le prix Bagutta pour son œuvre La forza degli occhi aux éditions Mondadori.

Il meurt le 8 mars 1976 à Orbetello dans la province de Grosseto lors d’un accident de voiture près de Capalbio.

Eugenio Montale qui fut son grand admirateur et son ami proche fera graver cette épitaphe sur la tombe de son ami :
« Pour Alfonso Gatto, pour la vie et la poésie, dont il fut un témoin amoureux unique. »

Le recours des mots dans une poésie qui se consume

Sa poésie est dense, compacte, épaisse parfois. La mort et la vie des hommes sont un thème récurrent dans son œuvre.

Chaque être est déjà chez lui happé par le passé :

Telle est la nuit des temps la lointainehistoire de l’homme : le chien sur le seuilla lampe allumée, le feu, autant d’accentsde la vie quotidienne, et dans la mortle signe encore de notre main…

Cette attention à l’éphémère, au quotidien qui nous entoure, est marquée chez Gatto déjà par l’empreinte de la mort.

La poésie de Gatto baigne dans une atmosphère crépusculaire, une monotone résignation à passer dans cette vie, une sorte de plainte sourde.
Il a été marqué par l’histoire, comme résistant, comme longtemps communiste, comme victime, et c’est aux victimes que va sa poésie.
Il sera un homme seul dans la littérature italienne, sans illusions, sans mensonges, en attente du néant.

« Maintenant s’étend dans l’oubli,dans le hasard

d’un bonheur lointain le monde

moi délaissé le vent me révèle:

endormi dans mon corps éteint... (Solitude)

Pour lui le rien est consumé dans le tout, et le tout consumé comme le rien. Ce qui rend la vie essentielle malgré tout.

Et il importe de ne pas avoir vécu en vain.

Cette mort omniprésente dans ses mots, et qu’une voix, une caresse tient en laisse:

«C’est peut-être cela la mort, se rappeler
la dernière voix qui nous éteignit le jour.»

Alfonso Gatto, dans son attention aux petites choses, déroule une plainte monotone et prenante, qui apprivoise en sorte la mort, qui n’est plus qu’un doux vent du soir.

« Ce que nous ne savons pas est peut-être le visage,

notre visage que la mort un jour

scellera de son silence: noms,

faits perdus à peine nés, cendre.»

Pour lui la poésie n’est pas un acte de culture, mais un dépouillement, une réalité physique.
Ses peintres préférés étaient Mondrian et Cézanne, et sa poésie tente un absolu identique et sans concessions, la rendant âpre et difficile, parfois obscure et lointaine.

Mais comme le voulait Gatto, il ne s’agit pas de l’expliquer mais de le lire.

Dans son vide

l’horizon sans secours tremblera

sous l’apparence du soir, vent

immobile qui cueille ta voix et muet

te rappelle avec elle la patience

d’attendre pour toujours dans la mort

un faible réveil d’horizon. (Siège)

Gil Pressnitzer

Source : Pauvreté comme le soir Traduit de l ’italien par Bernard Simeone Orphée La différence

LE PEINTRE, LA CECITE ET ET L’EFFROI par Jérôme Delépine


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Jérôme Delépine                               » L’effroi  »                                     50X50               2009   

LE PEINTRE, LA CECITE ET L’EFFROI par Jérôme Delépine

On se questionne souvent sur ce qui motive notre vocation pour tel ou tel art.
Ce qui est le dénominateur commun est souvent une blessure, et la résilience devient alors le moteur de notre vie.
La peur de la cécité, je la vie chaque jour. C’est une notion que j’ai intégré.
La perte d’un oeil, 2/10è à l’autre, le glaucome, les opérations multiples, voici le creuset du questionnement des gens qui me rencontrent.
Ce questionnement, je le partage à ma manière, cherchant des exemples dans l’histoire plus ou moins proche de la peinture: je suis loin d’être le seul peintre malvoyant.
Je ne m’étonne personnellement pas plus de cela que du fait qu’un compositeur puisse être sourd.
L’important est la vision, et non l’acuité.
J’ai toute fois penser que ce sujet pourrait intéresser quelques personnes.

La peur de la cécité, et ce que véhicule l’oeil pour l’imaginaire (la fenêtre de l’âme?),
à toujours inspiré les peintres.
Bruegel, Le Caravage…Plus récemment Corneliu Baba, avec  le thème du roi fou.

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Corneliu BABA  un merveilleux peintre Roumain, incontournable.
Je trouve particulièrement émouvante cette vision d’une humanité aveugle.
Nous cherchons tous une lumière.

Certains ont voulus voir dans la vision de quelques peintres le signe d’une possible déficience visuelle,
chez Turner par exemple, dont les dernières toiles semblent être le signe d’une altération de la cornée.
Je ne sais quel crédit apporter à cela, mais en tout cas, j’aimerai avoir les mêmes altérations de ma cornée…
Il semble qu’il y ai là plus une volonté visionnaire, que dans un monde qu’il comprend de moins en moins, le peintre cherche à abstraire l’humanité, insignifiante devant la grandeur de la nature,
l’incandescence d’un ciel, le signe d’un changement climatique…
« Les yeux des peintres », ouvrage de Philippe Lanthony, fait état de la malvision chez les peintres.
Daumier est devenu pratiquement aveugle à partir de 65 ans. Il réalisa dès lors une série de sculptures, ce que fit également Degas.
L’exemple le plus connu reste Monet.
Avant sa première opération de la cataracte, il ne lui restait qu’1/10è.
Monet explorera sa malvision au travers de sa peinture, peignant de grands formats -il lui était devenu impossible de voir le détail sur de petites surfaces-.
Il travaille sur l’impression que lui procure cette malvision, augmentant les contrastes, saturant les couleurs…
Rodolphe Bresdin, grand graveur s’il en est, était malvoyant (surprenant pour qui connait la richesse de son travail, moins quand on sait ce qu’est capable de voir un myope de près).
Le fait est qu’il avait des corps flottant dans le vitré, ce qui pourrait être à l’origine de son monde grouillant de bestioles tapies dans l’ombre, images d’une obsession. (pour moi, cette maladie, c’est l’acouphène de l’oeil, pas étonnant qu’elle entraine des obsessions.)

Munch, souffrant de la même affection (ce qui n’était pas pour arrangé son état dépressif), mis au point un protocole précis pour décrire en image sa maladie.
L’image d’un oiseau au large corps foncé, devant laquelle il se représente, se cachant un oeil, est tout à fait l’image d’un décollement du corps vitré.



L’expressionnisme de ces toiles, avec sa lumière sourde, est propre à restituer cette peur de la cécité,
que partagait deux siècles avant Rembrandt.
Parce qu’enfin le plus intéressant est bien ce qu’ont fait ces peintres avec leur peur ou leur malvoyance.
Rembrandt nous montre l’intensité de la vie, cette lumière qui vibre dans les ténèbres,
Monet expérimente les états de sa vision, et par là même nous donne une des plus grande leçon de peinture,
les surréalistes, avec Victor Bruner, sont fascinés par ce que représente l’oeil,
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Autoportrait de Victor Brauner énucléé, fait quelques années avant (!) d’avoir réellement perdu un oeil à la suite d’une bagarre entre peintres.

A lire: Merleau-Ponty interroge la vision et la peinture à travers « l’oeil et l’esprit »,

Il me semble que la peinture est le rapport entre l’oeil, le geste et l’esprit.

L’oeil est la source du travail du peintre (malvoyant) Sanfourche.
Image
Sanfourche (a voir le documentaire « moi, Sanfourche », trouvable sur internet.
L’optimisme du regard de Sanfourche, s’étonnant peut-être de voir encore, et nous montrant que
malgré l’épreuve, la vie peut être belle.
C’est une histoire de vision.

Que l’on soit voyant ou non, la perception de la couleur est une notion propre à chacun.
Je n’ai sans doute pas le même ressenti face à la vibration d’un jaune que vous.
Certains aveugles ont des mondes intérieurs d’une richesse infinie en sensations
colorées.
Je me rappel de cette anecdote d’une petite fille qui, recouvrant (en partie) la vue suite à une
intervention chirurgicale, était presque déçue de la « pauvreté » de ce que son oeil voyait:
« Si vous saviez comme ce que je voyais avant était plus beau… »

Comment mettre un concept sur une couleur? L’expliquer à un aveugle? Peut-on entendre les couleurs?

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
– O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! -« 

A. Rimbaud