VERSANT FACE A LA MER 1


NOTRE JARDIN BLEU 7

Ce que tu sais

Du monde

Et de l’abominable

Que tu me tais

Le grand coq de la lucidité

Me l’a chanté affable

Au seuil d’un matin comme une ronde

Improvisée sur l’obscur sillon

De la nuit des grands poissons

Morts en l’absence de soleil.

Alors, viens , dansons

Fais-moi bleue pareille

Et investie d’un pas convalescent

A épuiser la route de vœux brûlants.

Donne- moi des oiseaux à renaître

Qui coupent court à la rumeur des fenêtres

Trop ouvertes sur un monde si aigri

Et contre l’indécence

Qui suinte à la cuisse blanche de la jalousie

Vois encore comme on danse

Et comme encore on a surpris

Le grand pavot qui somnolait dans la poisse des fleurs.

Comme on défroisse les peurs

Dansons.

Comme on demeure debout sur des terres d’angoisse

Dansons.

Rien ne devance la couleur.

Barbara Auzou

P1050750

Notre jardin bleu 7 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×50

L’Horizon sur Jean-Michel Maulpois,j’ai les yeux amarrés au temps qui nage…N-L


L’Horizon sur Jean-Michel Maulpois,j’ai les yeux amarrés au temps qui nage…N-L

« La mer attend son large, cherche ses eaux, désire le bleu, crache et crie, s’accroche et défaille, quand son écorce et sa coquille se brisent, et la fragile ardoise de ses clochers, et tous les verres qu’elle a vidés puis jetés derrière les taillis.

La mer chuinte au soir et peluche, avant de s’endormir, la tête entre les bras, comme une enfant peureuse, quêtant dans la nuit calme des idées d’aurores et d’émoi, encore un peu de vin, de vent et de clarté, un peu d’oubli.

Son gros cœur de machine s’effondre dans son bleu; sa servitude quémande son salaire de sel: quelques gouttes, un bout de pain, un butin si maigre, pas même de quoi gagner le large après tant de vagues remuées tout ce temps!

Elle brûle de se défaire du ciel qui la manie, la flatte ou la conspue: ô ces ailes qui lui manquent, cet horizon partout à bout portant! Verra-t-elle jamais se lever son jour, dans la pénombre d’un prénom de femme?

Elle n’a ni corps ni chair à elle: elle revient de nulle part et parle de travers, elle rêve à autre chose; elle parle et rêve de choses et d’autres : pourquoi donc ne pas dire que le temps à midi s’arrête au fond d’un lac?

On prétend que le bleu perle sous sa paupière: on la croit folle, elle se désole, rêvant pour rien de de branches et de racines, assise sur une espèce de valise en cuir au bout de la plage où personne ne viendra la chercher.

Quelle nuit, quel jour fait-il dans sa tête engourdie de femme assise? Elle ouvre en grand les bras aux enfants accourus du large. Il lui plaît d’exciter leurs rires et leurs éclaboussures, de baigner les pieds nus, de lécher la peau claire.

Mais vivre n’est pas son affaire: elle ne raconte pas son désir, fiévreux d’images et de rivages; elle n’ira guère plus loin que ce chagrin-ci, d’un impossible bleu-lavande, celui d’anciennes lettres d’amour et de mouchoirs trempés.

La voici d’un gris de sépulcre, avec tout ce vide autour d’elle, cueillant la mort d’un baiser brusque, suçant le noyau et crachant le fruit, titubant comme le souvenir, priant parfois très bas, brisant après le rêve la cruche qu’il a vidée.

Son coeur est un abîme qui recommence jour après nuit la même journée obscure, qui chante de la même voix brouillée le désordre et le bruit, qui va, lavant sa plaie, toujours poussant pour rien son eau pauvre en amour. »

Jean-Michel Maulpoix

CEREMONIE


CEREMONIE

Les chiffons qui attendent sur la commode tiennent le secret du contact qu’ils ont eu

le tiroir a eu son époque grinçante avant de se croire en chantier -naval pour le lancement

tiens c’est pareil avec ton aile gauche qui déborde avec tant de naturel que j’en suis à me demander si ce ne sont pas les fleurs de la nuisette qui ont des parfums halluginogènes

J’aime l’ocarina de ta poitrine

en tombant c’est le Matchu-Pitchu qui m’essoufle pas d’avoir monté pareille altitude…

Niala-Loisobleu – 29 Octobre 2020

Comme ça, en passant…


Vincent Van Gogh

Comme ça, en passant…

Vincent

(La) nuit étoilée, étoilée.Peint ta palette bleue et grise,Regarde dehors par un jour d’étéAvec des yeux qui connaissent la noirceur de mon âme.Les ombres sur les collines,Esquissent les arbres et les jonquilles,Attrapent la brise et les froideurs de l’hiver,En couleurs sur la terre enneigée de lin. Maintenant, je comprendsCe que tu essayais de me dire.Comment tu souffrais pour ta raison,Comment tu as essayé de les libérer.Ils ne voulaient pas écouter, ils ne savaient comment.Peut-être maintenant écouteront-ils. Nuit étoilée, étoilée.Fleurs rougeoyantes qui flamboient de mille feux,Nuages tourbillonnant en une brume violette,Reflétant les yeux bleu de Chine, de Vincent,Couleur changeant de nuance,Champs matinaux aux grains ambrés,Visages burinés alignés dans la douleur,Apaisés par les mains aimantes de l’artiste. Maintenant, je comprendsCe que tu essayais de me dire.Comment tu souffrais pour ta raison,Comment tu as essayé de les libérer.Ils ne voulaient pas écouter, ils ne savaient comment.Peut-être maintenant écouteront-ils. Car ils ne pouvaient pas t’aimerMais ton amour était véritable.Et quand aucun espoir visible ne restaitDans cette nuit étoilée, étoilée,Tu t’ôta la vie, comme les amoureux le font souvent.Mais Vincent j’aurais pu te dire :Ce monde n’a jamais (rien)signifié pour un êtreaussi beau que toi. Nuit étoilée, étoiléeDes portrait pendus dans des couloirs vides,Têtes sans cadres sur des murs sans nomAvec des yeux qui regardent le monde et ne peuvent oublier,Comme les étrangers que tu as rencontrés :Des hommes en lambeaux dans des vêtements en loques, (1)Une épine argentée dans une rose sanglante,Qui gît écrasée et brisée dans la neige vierge. Maintenant, je comprendsCe que tu essayais de me dire.Comment tu souffrais pour ta raison,Comment tu avais essayé de les libérer.Ils ne voulaient pas écouter, ils n’écoutent toujours pas.Peut-être ne le feront-ils jamais.

RAOUTAS


Hohler Christophe

RAOUTAS

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Deux personnes dans le monde te connaissent

Raoutas deux seulement

mais toi tu connais beaucoup de choses tu as le vrai savoir-vivre

ce qu’il faut faire tu le fais quand il faut le faire tu le fais

tu n’en fais pas un plat tu le fais et puis tu t’en vas tu entres dans la chambre quand les êtres souffrent

la nuit tu les caresses avec ton énorme patte et puis tu t’en vas avec ton copain le nain

83 centimètres il porte une grande pèlerine et il a de grands projets le nain

très souvent vous partez tous les deux en canoë autour des îles dans le golfe du
Morbihan et quelquefois vous emmenez
Crocodile qui est tellement élégant

avec ses chansons en peau de crocodile

et ses gants

le nain est debout dans le canoë

mais ceux qui le voient de loin

croient qu’il est assis

parce qu’il est petit…

…il parle en désignant les îles de sa petite main

et toi
Raoutas tu écoutes ce qu’il dit

tu es de son avis

et
Crocodile aussi…

… un jour dit le nain

un jour tous les nains seront là comme chez eux

et personne ne viendra plus jamais dire aux nains

les injures qu’ils ont dit toujours aux nains

les injures

nains… nabots… bas de cul

haut comme trois pommes… mal finis… lilliputiens

personne

et il a un grand rire de nain

mais il est trop petit pour un si grand rire

ça le fatigue et il s’endort…

le nain endormi au fond du canoë

tu continues à pagayer

Raoutas

à pagayer autour des îles

avec
Crocodile

et de très loin

de ville en ville

on vous entend rigoler

Crocodile a un petit rire discret

mais toi quand le fou rire te prend

ça fait un drôle de boucan

et il n’en faut pas beaucoup pour te faire rire

un monsieur avec une barbe il salue un enterrement et tout de suite le fou rire te prend et ça fait un drôle de boucan l’archevêque de
Paris dans sa chambre chez lui il se promène tout nu

toi tu le vois par la fenêtre et ton fou rire continue un général-un juge… le roi d’Espagne… une bouse de vache…
Saint
Joseph…
Dieu le père…

un salsifis… pas grand-chose… n’importe quoi de risible et tout de suite tu te marres tout de suite tu te fends la pipe tout de suite tu éclates de rire et tout ce qu’il y a de vivant
dans le monde éclate de rire en même temps que toi… et puis

quand tu as assez ri tu t’endors et tu rêves que tu ris encore tu te réveilles tu recommences à rire les jours se suivent

et tu sais bien qu’ils ne se ressemblent pas… les fameuses journées pour toi elles sont très courtes puisque tu n’as pas le temps de les trouver longues tu as autre chose à
faire
Raoutas autre chose tu ne sais peut-être pas exactement ce que tu as à

faire mais tu le fais ça t’occupe…

que les jours soient quotidiens

l’année annuelle

les mois hebdomadaires

tu t’en fous

tu n’es pas comptable

tu es vivant

deux personnes te connaissent dans le monde

Raoutas

deux seulement.

Jacques Prévert