JUSQU’AUX PÔLES : Francis Cabrel


JUSQU’AUX PÔLES : Francis Cabrel

Devant le peu qu’il reste de banquise
De respirer nos chances se réduisent
Notre climat se dérègle et s’affole
Je sais pourquoi la Terre se réchauffe
C’est quand t’as sur toi de moins en moins d’étoffe
Et qu’une bretelle tombe de ton épaule
Et là, les glaces glissent et fondent jusqu’aux pôles

Nos déjeuners aux particules finеs
Dans les fumées de l’Indе ou de la Chine
Sous le ciel noir qui descend jusqu’au sol
Partout ça cuit, ça grille et ça déboise
Je sais ce qui fait déborder le vase
C’est quand doucement tes pudeurs s’envolent
Et là, les glaces glissent et fondent jusqu’aux pôles

Tous accusés d’agresser la nature
Chacun son train, son avion, sa voiture
Jusqu’au Lapon et sa lampe à pétrole
S’il est trop tard autant trouver ça drôle
Très drôle

Quand y’aura plus de plages en Atlantique
Et qu’on surfera par-dessus les boutiques
Qu’on n’ira plus nulle part sans nos gondoles
S’il reste un moyen d’éviter le pire
En bon citoyen je veux bien le dire
Mais déjà tu t’approches et tes mains me frôlent
Et là, les glaces glissent et fondent jusqu’aux pôles

Tous accusés d’agresser la nature
Chacun son train, son avion, sa voiture
Jusqu’au Lapon et sa lampe à pétrole
Tous promis à une fin suffocante
Il n’y a pas d’urgence plus urgente
S’il est trop tard autant trouver ça drôle
Très drôle

Devant le peu qu’il reste de banquise
J’essaye l’humour, je tente l’esquive
Je vois bien que tout se dérègle et s’affole
Ces quelques mots pour dire pardonnez-moi
De vous laisser la Terre dans cet état
Dans ce fracas de glaciers qui dégringolent
Très drôle

SEUIL D’ATTENTES


SEUIL D’ATTENTES

Tranquille

la fièvre

posée entre les chemises

l’entrain a tant de raisons d’être à quai

sous la grande verrière dans les fumées que les bancs gardent en peinture fraîche

l’enfant roule son poil blanc comme son cerceau dans les culottes courtes de sa vie au passage à niveau qui s’ouvre de la queue du Mickey qu’on tire

Je n’ai pas semblé t’aimer

c’est la destination écrite sur son billet qui le tient la joue collée à la vitre du couloir de son chemin de traverse

Niala-Loisobleu – 26 Octobre 2020

L’ACTE FAUVE


L’ACTE FAUVE

La grande conche rentre ses parasols et ses cabanes à frites et l’horizon réouvre la remise à chevaux sauvages, c’est l’équinoxe

on respire la moisissure du champignon en pénétrant la menstrue géniale du changement saisonnier

pourtant il va resté demeuré par la grâce du roi et en particulier du superintendant scolaire qui à force de vouloir bidouiller sous le masque ne vont pas pouvoir endiguer le Covid19

Cours ma Belle, émonde, tu agis là pour de vrai

Dans le penché frontal de la branche lâchant son fruit tu dis l’amour que tu personnifies. Alors que les autres ne sont préoccupés que par leur naine personne qui grenouille comme un boeuf pour se glorifier

Cours de toute ta ferveur, ma Gazelle, j’en vis en corps plus loin dans mon rêve de la vivre pour et avec toi , prêt à me poser la bonne question pour tenir la barrière plutôt qu’à me faire du mouron pour les bars comme si j’étais pas de ceux qui vivent dans la misère économique depuis toujours sans avoir réclamé secours

Sois cet automne que j’attends à la fenêtre

Paumes ouvertes, fruit de senteurs, à m’aime la claie au point de m’en sortir les fleurs de la tête sur la vague

Niala-Loisobleu – 26 Octobre 2020

ODE A L’AMOUR COURTOIS : Francis Cabrel


Marc Chagall

ODE A L’AMOUR COURTOIS : Francis Cabrel

Comme un ami le printemps est venu lui-même
Charger de fleurs les premiers vers de mon poème
Où je bénis ses yeux, son corps, sa chevelure
Et tout ce qui fait vibrer mes pages d’écritures

À chacun de ses pas elle parfume l’espace
C’est ma chanson pour dire comment elle se déplace
Les plis de son manteau où je voudrais m’étendre
Les colliers à son cou où je pourrais me pendre

Du bout des lèvres
Dans ces milliers d’oiseaux que la matin soulève
Dans le doute et la fièvre
Je murmure un prénom qui n’existe qu’en rêve
Mais elle reste de glace, elle ne répond rien, rien

J’invente des rêves sans fin, des nuits torrides
Chaque matin l’aube revient sur mes mains vides
S’il reste un paradis au fond du ciel immense
C’est probablement entre ses bras qu’il commence

Qu’importe les mauvais chemins s’ils vont vers elle
J’en finirai mieux ce refrain où je l’appelle
On y entendra mes yeux couler, mon cœur se fendre
Et s’ouvrir ce manteau où je veux tant m’étendre

Du bout des lèvres
Dans ces milliers d’oiseaux que le matin soulève
Dans le doute et la fièvre
Je murmure un prénom qui n’existe qu’en rêve
Mais elle reste de glace, elle ne répond rien,rien
Et je reste à ma place, mais tout le monde voit bien, bien
Que de tous les jours qui passent, je préfère, et de loin

Les jours où je la vois
Comme un ami le printemps est venu lui-même…

RAI EN SILLON


RAI EN SILLON

Vitre noire coupée d’un rai

le chien tient le bas de l’apporte au chaud

la pluie se sépare

un soleil sort de côté

le Marin-Jardinier finit de s’identifier au pied du carré fleuri

sur l’épaule l’oiseau voit venir la teneur des mots lierre

n’est pas met de seins mal gré eux.

Niala-Loisobleu – 26 Octobre 2020


LANTERNE MAGIQUE DE PICASSO

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LANTERNE MAGIQUE DE PICASSO

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la

fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le
quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant

La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon dans le vent La folle terreur du piège dans un regard d’oiseau L’absurde hennissement d’un
cheval décousu La musique impossible des mules à grelots Le taureau mis à mort couronné de chapeaux La jambe jamais pareille d’une rousse endormie et la

très grande oreille de ses moindres soucis Le mouvement perpétuel attrapé à la main L’immense statue de pierre d’un grain de sel marin La joie de chaque jour et
l’incertitude de mourir et le fer

de l’amour dans la plaie d’un sourire La plus lointaine étoile du plus humble des chiens Et salé sur une vitre le tendre goût du pain La ligne de chance perdue et retrouvée
brisée et redressée parée des haillons bleus de la nécessité

L’étourdissante apparition d’un raisin de Malaga sur

un gâteau de riz Un homme dans un bouge assommant à coups de rouge

le mal du pays Et la lueur aveuglante d’un paquet de bougies Une fenêtre sur la mer ouverte comme une huître Le sabot d’un cheval le pied nu d’une ombrelle La grâce incomparable
d’une tourterelle toute seule

dans une maison très froide Le poids mort d’une pendule et ses moments perdus Le soleil somnambule qui réveille en sursaut au milieu de la nuit la Beauté somnolente et soudain
éblouie qui jette sur ses épaules le manteau de la cheminée et l’entraîne avec lui dans le noir de fumée masquée de blanc d’Espagne et vêtue de papiers
collés Et tant de choses encore

Une guitare de bois vert berçant l’enfance de l’art Un ticket de chemin de fer avec tous ses bagages La main qui dépayse un visage qui dévisage un paysage L’écureuil
caressant d’une fille neuve et nue Splendide souriante heureuse et impudique Surgissant à l’improviste d’un casier à bouteilles ou d’un casier à musique comme une panoplie de
plantes vertes vivaces et phalliques Surgissant elle aussi à l’improviste du tronc pourrissant D’un palmier académique nostalgique et désespérément vieux beau comme
l’antique Et les cloches à melon du matin brisées par le cri d’un

journal du soir Les terrifiantes pinces d’un crabe émergeant des dessous d’un panier La dernière fleur d’un arbre avec les deux gouttes

d’eau du condamné Et la mariée trop belle seule et abandonnée sur le diva

cramoisi de la jalousie par la blême frayeur de ses premiers maris

Et puis dans un jardin d’hiver sur le dossier d’un trône une chatte en émoi et la moustache de sa queue sous les narines d’un roi

La chaux vive d’un regard dans le visage de pierre d’une vieille femme assise près d’un panier d’osier

Et crispées sur le minium tout frais du garde-fou d’un phare tout blanc les deux mains bleues de froid d’un Arlequin errant qui regarde la mer et ses grands chevaux dormant dans le soleil
couchant et puis qui se réveillent les naseaux écu-mants les yeux phosphorescents affolés par la lueur du phare et ses épouvantables feux tournants

Et l’alouette toute rôtie dans la bouche d’un mendiant

Une jeune infirme folle dans un jardin public qui souriant d’un sourire déchiré mécanique en berçant dans ses bras un enfant léthargique trace dans la poussière de
son pied sale et nu la silhouette du père et ses profils perdus et présente aux passants son nouveau-né en loques Regardez donc mon beau regardez donc ma belle ma merveille des
merveilles mon enfant naturel d’un côté c’est un garçon et de l’autre c’est une fille tous les matins il pleure mais tous les soirs je la console et je les remonte comme une
pendule

Et aussi le gardien du square fasciné par le crépuscule

La vie d’une araignée suspendue à un fil

L’insomnie d’une poupée au balancier cassé et ses grands yeux ouverts à tout jamais

La mort d’un cheval blanc la jeunesse d’un moineau

La porte d’une école rue du Pont-de-Lodi

Et les Grands Augustins empalés sur la grille d’une maison dans une petite rue dont ils portent le nom

Tous les pêcheurs d’Antibes autour d’un seul poisson

La violence d’un œuf la détresse d’un soldat

La présence obsédante d’une clef cachée sous un paillasson

Et la ligne de mire et la ligne de mort dans la main autoritaire et potelée d’un simulacre d’homme obèse et délirant camouflant soigneusement derrière les bannières
exemplaires et les crucifix gammés drapés et dressés spectaculairement sur le grand balcon mortuaire du musée des horreurs et des honneurs de la guerre la ridicule statue
vivante de ses petites jambes courtes et de son buste long mais ne parvenant pas malgré son beau sourire de Caudillo grandiose et magnanime à cacher les irrémédiables et
pitoyables signes de la peur de l’ennui de la haine et de la connerie gravés sur son masque de viande fauve et blême comme les graffiti obscènes de la mégalomanie
gravés par les lamentables tortionnaires de l’ordre nouveau dans les urinoirs de la nuit.

Et derrière lui dans le charnier d’une valise diplomatique entrouverte le cadavre tout simple d’un paysan pauvre assailli dans son champ à coups de lingots d’or par d’impeccables
hommes d’argent

Et tout à côté sur une table une grenade ouverte avec toute une ville dedans

Et toute la douleur de cette ville rasée et saignée à blanc

Et toute la garde civile caracolant tout autour d’une civière

Où rêve encore un gitan mort

Et toute la colère d’un peuple amoureux travailleur insouciant et charmant qui soudain éclate brusquement comme le cri rouge d’un coq égorgé publiquement

Et le spectre solaire des hommes aux bas salaires qui surgit tout sanglant des sanglantes entrailles d’une maison ouvrière tenant à bout de bras la pauvre lueur de la misère la
lampe sanglante de Guernica et découvre au grand jour de sa lumière crue et vraie les épouvantables fausses teintes d’un monde décoloré usé jusqu’à la corde
vidé jusqu’à la moelle

D’un monde mort sur pied

D’un monde condamné

Et déjà oublié

Noyé carbonisé aux mille feux de l’eau courante du ruisseau populaire

Où le sang populaire court inlassablement

Intarissablement

Dans les artères et dans les veines de la terre et dans les artères et dans les veines de ses véritables enfants

Et le visage de n’importe lequel de ses enfants dessiné simplement sur une feuille de papier blanc

Le visage d’André Breton le visage de Paul Éluard

Le visage d’un charretier aperçu dans la rue

La lueur du clin d’œil d’un marchand de mouron

Le sourire épanoui d’un sculpteur de marrons

Et sculpté dans le plâtre un mouton de plâtre frisé bêlant de vérité dans la main d’un berger de plâtre debout près d’un fer à repasser

A côté d’une boîte à cigares vide

A côté d’un crayon oublié

A côté des Métamorphoses d’Ovide

A côté d’un lacet de soulier

A côté d’un fauteuil aux jambes coupées par la fatigue des années

A côté d’un bouton de porte

A côté d’une nature morte où les rêves enfantins d’une femme de ménage agonisent sur la pierre froide d’un évier comme des poissons suffoquant et crevant sur des
galets brûlants

Et la maison remuée de fond en comble par les pauvres cris de poisson mort de la femme de ménage désespérée tout à coup qui fait naufrage soulevée par les
lames de fond du parquet et va s’échouer lamentablement sur les bords de la Seine dans les jardins du Vert-Galant Et là désemparée elle s’assoit sur le banc Et elle fait ses
comptes Et elle ne se voit pas blanche pourrie par les souvenirs

et fauchée comme les blés Une seule pièce lui reste une chambre à coucher Et comme elle va la jouer à pile ou face avec le vain

espoir de gagner un peu de temps Un grand orage éclate dans la glace à trois faces Avec toutes les flammes de la joie de vivre Tous les éclairs de la chaleur animale Toutes les
lueurs de la bonne humeur Et donnant le coup de grâce à la maison désorientée Incendie les rideaux de la chambre à coucher Et roulant en boule de feu les draps au pied
du lit Découvre en souriant devant le monde entier Le puzzle de l’amour avec tous ses morceaux Tous ses morceaux choisis choisis par Picasso Un amant sa maîtresse et ses jambes à
son cou Et les yeux sur les fesses les mains un peu partout Les pieds levés au ciel et les seins sens dessus dessous Les deux corps enlacés échangés caressés L’amour
décapité délivré et ravi La tête abandonnée roulant sur le tapis Les idées délaissées oubliées égarées Mises hors d’état de
nuire par la joie et le plaisir Les idées en colère bafouées par l’amour en couleur Les idées terrées et atterrées comme les pauvres rats de la mort sentant venir
le bouleversant naufrage de l’Amour Les idées remises à leur place à la porte de la chambre à côté du pain à côté des souliers

Les idées calcinées escamotées volatilisées désidéali-

sées Les idées pétrifiées devant la merveilleuse indifférence

d’un monde passionné D’un monde retrouvé D’un monde indiscutable et inexpliqué D’un monde sans savoir-vivre mais plein de joie de

vivre D’un monde sobre et ivre D’un monde triste et gai Tendre et cruel Réel et surréel Terrifiant et marrant Nocturne et diurne Solite et insolite Beau comme tout.

Jacques Prévert