A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE


Marc Chagall

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE

Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour
Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l’ordinateur
Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles

Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un
Pour le présent passé à l’imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un

Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice

Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l’habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence

Album : Au Théâtre des Champs-Élysées

ELLE NE SUFFIT PAS L’ELOQUENCE


ELLE NE SUFFIT PAS L’ELOQUENCE

Elle ne suffit pas l’éloquence.
Mon cœur ce soir se balance
Et glisse au fil d’une paupière
Lampion de misère
Qui n’éclaire pas ma nuit.
Homme noir mais non d’onyx,
Homme couleur de dépit
Titubant par le marais des petites haines,
Tu voudrais
Comme une alouette son miroir
Un soleil où mourir avec ta peine.
Tu cherches mais trop inquiet
Pour trouver ton Reposoir.
Rien ne brille
Ni les yeux, ni le fer, ni l’aimant anonyme
Qui libèrent de mille clous
Tes douleurs
Où l’essaim des mouches au vol boiteux
Des mouches qui n’ont qu’une aile
Allument de piètres étoiles de sang.
Jongleur,
Jongleur de paroles,
Tes mots s’écrasent contre les murs.
Ton angoisse – encore un ruban frivole –
Couronne
Un cerveau qui trop longtemps a joué au « pigeon vole »
Les lettres du désespoir
Ce soir
Sont égales aux lettres des bonheurs d’autrefois.
Que dirai-je alors !
Que te dirai-je à toi
Frère né de mes pieds
Sur un sol où tu ne vis que pour m’épier.
Trottoir que j’ai suivi
Pour son mensonge de granit.
J’ai oublié que là-bas était la mer
Et j’ai fui l’eau miroir d’étoiles
Pour chanter une main
Dans une autre main.
Fleuve vert.
Enfance douce
Pitié pour l’homme qui passe
L’homme qui mord sa lèvre
Dans ces lèvres
Car il a peur d’oublier le goût de bouche.
Timonier brun, sous la toile bleue
La peau couleur de cheveux,
Holà ! beau voyageur,
Tu allais vers la mer
Maintenant tu marches sur les flots
Et moi qui cherche au ciel un trou, un hublot
Je suis le noyé des terres.
Dis qu’il n’est pas trop tard,
O mon orgueil, pour jouer au phare.
Et sur le matelas des herbes tendres
Tombe en triangles de métal.
Mon cœur aura beau hurler son mal,
Mon cœur j’en ferai des lanières,
Des lanières que je saurai teindre
Ou tordre en chiffres
Plus définitifs
Que les œufs dans leurs coquilles
Et les momies dans leur robe d’or.
Et toi, mon corps, maudis les sens comme un malade
ses béquilles.

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RENE CREVEL

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PORTES COULISSANTES


PORTES COULISSANTES

Mâtines dans lesquelles le regard ouvre l’oeil bien luné

il fait noir autour

Poing du jour

en battant la porte t’arrive dans l’oeil

hématome du sensible

on ne le voit que de l’intérieur

Le son de l’image se floute le long de son trottoir il pleut histoire d’embrouiller davantage

Le bras se met en visière tel le ru modeste se jetant dans la rivière. Au confluent on aura ignoré l’incident. C’est la règle. Ne tenir compte que du maux qui vient, pas de la douleur causée par un comportement injuste dans l’attitude

Le nuancier de la parole n’est pas au programme de la parole de l’autre

L’oiseau monte à la branche du dessus et fiente sur le mauvais-oeil.

Niala-Loisobleu – 21 Octobre 2020