VENT D’ANGES


« VENT D’ANGES » – Niala – 2020 – Acrylique s/toile 55×38 -Prix Atelier: 650,00 €

VENT D’ANGES

Le jardin somnole

un peu bourru

l’oiseau est serein

un vent de mer arrose de ses feuilles un dernier soleil or

la saveur du fruit s’assemble pour l’arôme

de l’été reste

la photo des rires d’enfants dans le chant de la vie

ouverte en bouquet

plaine fenêtre.

Niala-Loisobleu – 10 Octobre 2020

M’MAN, TIR AUX PIGEONS


M’MAN, TIR AUX PIGEONS

Jeannot, le premier qui m’a eu

j’croyais tellement qu’à donner ça rendait grand

j’ai pas suivi Marthe qui savait que la confiance c’est seulement en soi qui faut en avoir

et pas la donner d’abord aux autres

M’Man j’ai grandi

c’est moi qui ai choisi

tu en as ris de moi

dans l’fond c’est pas facile à dire

mais t »avais raison, l’égocentrisme ta culture,

m’apprend aujourd’hui

que j’suis le roi des pigeons

M’MAN

J’ai pas d’passion pour les oiseaux,
Mais comme eux j’aimerais voir ça d’en haut.
M’man,
J’comprends mieux le regard des passants.
J’vois pas commme eux, j’pense tout en grand,
En couleur et sur un écran blanc.
Y a pas qu’les mères qui font les enfants :
La zone, la rue coulent dans mon sang.
Tu sais, j’sais pas grand chose sur les choses de l’amour
Mais j’me doute toujours…
C’est pas moi, c’est pas moi qui choisis.
M’man,
J’viens tout juste d’avoir mes quatorze ans.
J’veux plus d’école, j’suis dev’nu grand.
J’suis dev’nu grand.
M’man
J’te promets j’te gagn’rai plein d’argent, m’man.

J’suis dev’nu grand, m’man.
J’suis dev’nu grand…
M’man !

Eddy Mitchell

A CHAT PERCHÉ


A CHAT PERCHÉ

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Je ne peux m’expliquer rien au monde que d’une seule façon : par le désespoir- Dans ce monde que je ne comprends pas, dont je ne peux rien admettre, où je ne peux rien
désirer (nous sommes trop loin de compte), je suis obligé par surcroît à une certaine tenue, à peu près n’importe laquelle, mais une tenue. Mais alors si je
suppose à tout le monde le même handicap, la tenue incompréhensible de tout ce monde s’explique : par le hasard des poses où vous force le désespoir.

Exactement comme au jeu du chat perché. Sur un seul pied, sur n’importe quoi, mais pas à terre : il faut être perché, même en équilibre instable, lorsque le
chasseur passe. Faute de quoi il vous touche : c’est alors la mort ou la folie.

Ou comme quelqu’un surpris fait n’importe quel geste : voilà à tout moment votre sort.’Il faut à tout moment répondre quelque chose alors qu’on ne comprend rien à rien;
décider n’importe quoi, alors qu’on ne compte sur rien; agir, sans aucune confiance. Point de répit. Il faut « n’avoir l’air de rien », être perché. Et cela dure!
Quand on n’a plus envie de jouer, ce n’est pas drôle. Mais alors tout s’explique : le caractère idiot, saugrenu, de tout au monde : même les tramways, l’école de Samt-Cyr,
et plusieurs autres institutions. Quelque chose s’est changé, s’est figé en cela, subitement, au hasard, pourchassé par le désespoir. Oh! s’il suffisait de s’allonger par
terre, pour dormir, pour mourir. Si l’on pouvait se refuser à toute contenance ! Mais le passage du chasseur est irrésistible : il faut, quoiqu’on ne sache pas à quelle force
l’on obéit, il faut se lever, sauter dans une niche, prendre des postures idiotes.

… Mais il est peut-être une pose possible qui consiste à dénoncer à chaque instant cette tyrannie : je ne rebondirai jamais que dans la pose du révolutionnaire ou du
poète.

Francis Ponge