FRAÎCHEUR D’AUTOMNE


FRAÎCHEUR D’AUTOMNE

Descendant de vigie, les feuilles renoncent à découvrir en choisissant de couver un printemps qui raidirait l’osier des corbeilles

la panière pour dégager le corps de toute oppression

Les oiseaux, eux à la verticale, retiennent l’effondrement du parfum de la vie, en déployant une large corolle de champignon à l’écarté des chemins saturés, les piquant à la corne des forêts dans la dernière inclinaison charnelle d’un soleil qui s’apprête à jeûner en répandant au préalable ses spermatiques écoulements

le feu brunit le sens développé du vent d’une fraîcheur faisant tâche avec la brûlure conduisant le paradoxe à giter aux cheminées

La pourriture se lève pour sauver la nature

tandis que les canards amoureux poursuivent les battements palmés de coeurs qui nagent encore dans le passage du col-vers quand tout s’est tari

Niala-Loisobleu – 2 Octobre 2020

PLEINE LUNE


PLEINE LUNE

L’horizon en mouvement s’articule

ça grince dans les cintres

le panneau de scène est déjà peint

côté cour on abrège en donnant au jardin une fleur de sel

la granulométrie est prise d’autorité par le maître gradué

la machinerie tresse dans l’obscurité calculée

On dit que tout se jouerait ce jour là.

Niala-Loisobleu – 2 Octobre 2020

Madame à minuit (NOËL) chanté par Jacques Bertin


Madame à Minuit (NOËL) chanté par Jacques Bertin

Poème de Luc Bérimont
Musique de Léo Ferré

Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

PAYSAGE DE RENE CHAR


PAYSAGE DE RENE CHAR

L’éclair me dure.
La poésie me volera de la mort.
Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer.
Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour.
Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s’assemble autour de nos premiers pas.
Ne te courbe que pour aimer. Si tu meurs, tu aimes encore.
Nous sommes écartelés entre l’avidité de connaître et le désespoir d’avoir connu. L’aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir.
Feuillets d’Hypnos

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.
La Parole en archipel

Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir.
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.
Rougeur des matinaux

La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine.
La parole en archipel

Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.
Fureur et Mystère (1948)

Ceux qui regardent souffrir le lion dans sa cage pourrissent dans la mémoire du lion.
Les Matinaux (1950)

Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.
Le Marteau sans maître (1934)

Il faut trembler pour grandir.
L’éternité n’est guère plus longue que la vie.
Feuillets d’Hypnos (1946)

La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.
Feuillets d’Hypnos (1946)

On naît avec les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux.
La Parole en archipel

La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut.
« Trois respirations », dans Recherche de la base et du sommet

À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir.
« Partage formel », dans Œuvres complètes

Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler.
Les Matinaux (1950)

Il semble que ce soit le ciel qui ait le dernier mot. Mais il le prononce à voix si basse que nul ne l’entend jamais.
La parole en archipel

…J’aime qui m’éblouit puis accentue l’obscur à l’intérieur de moi.
Rougeur des matinaux

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.
Les Matinaux (1950)

Le fruit est aveugle. C’est l’arbre qui voit.
Anthologie René Char, Poèmes en archipel

TEMPS PETUEUX


TEMPS PETUEUX

Le bord de route impossible à différencier de son frère dans l’écoulement tempétueux de la pleine-lune bien au-dessus du plat-bord, je t’ai chaloupé de secours sans abandonner le navire

De son côté lui, le navire, il n’a pas attendu pour nous oublier

Je n’ai vu que que des hommes montant sur l’autre pour sauver leur pauvre existence

Les plus hargneux tenaient des cochons en laisse qui faisaient un bruit de pièces

Misérable spectacle

Quand la vague se fit trop haute, rassemblant quelques enfants en aile delta je nous ai posé sur l’île , les oiseaux balisaient la piste d’une couleur nouvelle

Et tu t’es éveillée sans te demander autre chose que l’envie de serrer dans tes bras tout ce qui avait du vivant

Au loin des restes crispés de main sur des combinaisons de coffre-fort donnaient à penser qu’un grand naufrage avait eu lieu

Tu n’as pas eu l’idée de placer tes beaux seins dans un fond d’épargne, tu les as laissé courir sur le sable à rebondir comme des ballons.

Niala-Loisobleu – 2 Octobre 2020