LES TREMIERES


Les Trémières – Niala – 2020 Acrylique s/toile 61×50

LES TREMIERES

Ses vaisseaux avalés sur la mer retirée, le sillage des torpilles reste seul

la mort est constamment suspendue dans le jardin de la vie

comme preuve de la grossière erreur, les trémières tendres et passives, dans leur infinie douceur, hissent la méprise du reproche acté pour mobile

c’est vrai qu’elles percent les pavés, droites dans leur innocence, mettant aux noirceurs des obstacles , la dénonciation du glas possessif qui jalouse à tout propos de l’idée fixe logée dans sa tête

oppressante demande formulée en plainte exclusive

Elles sont plus florifères qu’un doute de peur d’être oublié assaille de demandes

L’hypocrisie du vent ironique ne les couche pas, dressées comme des flèches au plus haut de la nef

Et plutôt que de se jeter à la tête des polémiques boulevardières, elles préfèrent l’écart de l’humble ruelle que se ternir aux mots injustes et faux des grands bouquets orgueilleux.

Niala-Loisobleu – 13 Septembre 2020

JALOUX


JALOUX

En été dans ta chambre claire,
Vers le temps des premiers aveux,
(Ce jeu-là paraissait Te plaire)
On ouvrait parfois Baudelaire,
Avec ton épingle à cheveux,

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Comme un croyant ouvre sa Bible,
En s’imaginant que le Ciel,
Dans un verset doux ou terrible,
Va parler à son coeur sensible,
Quelque peu superficiel ;

D’avance on désignait la page
À droite ou bien à gauche, et puis,
Par un chiffre le vers, ce mage
Qui devrait être ton image,
Ou me dire ce que je suis.

Nous prenions du goût à la chose.
Donc on tirait chacun pour soi
Un vers, au hasard, noir ou rose,
Dans ce beau Poète morose.
Nous commencions, d’abord à Toi,

Attention ! Dans ta ruelle
Tu mettrais l’univers entier.
Vous riez ! bon pour Vous, cruelle !
Car ce vers Vous flatte de l’aile,
Et c’est un compliment altier !

Un compliment comme en sait faire
Un homme sagace en amour,
Et qui fleure en sa grâce fière,
Sous le style de La Bruyère,
Son joli poète de Cour ;

Un compliment qui sent sa fraise,
Son talon rouge, et qui, vainqueur,
Allumant ses pudeurs de braise,
Eût faire rire Sainte Thérèse,
Chatouillée… au fond de son coeur.

Qu’il est bon ! oui !… mais moi… je gronde !
Y songez-Vous, avec ce vers,
Quelle figure fais-je au monde,
Dans cette ruelle profonde,
Au milieu de cet Univers !

Ah ! fi !… Pardonnez-moi… Madame…
Oui, je m’oublie !… oui, je sais bien…
Toute jalousie est infâme…
C’est un peu de vertige à l’âme,
Ça va se passer… ce n’est rien…

Ah ! tant mieux ! je vous vois sourire.
Continuons ce jeu si doux ;
Mais avant, je dois Vous le dire,
Afin d’éviter un mal pire,
Si jamais je deviens jaloux,

Rejetez-moi, moi G, moi N,
Moi, vilain monstre rabougri,
Rejetez-moi dans ma Géhenne ;
Le jaloux n’est plus, dans sa haine,
Rien… qu’un billet d’amour… aigri.

Extrait de:  Valentines (1885)

Germain Nouveau

L’OPTICIEN D’ARGUS


L’OPTICIEN D’ARGUS

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Une paire de lunettes

pour voir dans l’espace

il en faut une seconde

pour regarder la nuit

la troisième permettra

de traverser les murs

la quatrième de savoir

comment était ce qui est détruit

la cinquième réveillera

ce qui est tombé dans l’oubli

et la sixième entrouvrira

les persiennes du lendemain

Michel Butor