CHANSON D’AUTOMNE – FEDERICO GARCIA LORCA


CHANSON D’AUTOMNE – FEDERICO GARCIA LORCA
Novembre 1918. (Grenade.)

Aujourd’hui je me sens dans mon coeur
un vague tremblement d’étoiles,
mais mon chemin est perdu
Dans l’âme de la brume
La lumière me coupe les ailes
et la douleur de ma tristesse

les souvenirs mouillent
à la source de l’idée.

Toutes les roses sont blanches
aussi blanc que mon chagrin,
et ce ne sont pas les roses blanches.
qui a neigé sur eux.
Avant d’avoir l’iris.
Aussi sur l’âme neige.

La neige de l’âme a
flocons de bisous et scènes
qui a sombré dans l’ombre
ou à la lumière de celui qui les pense.
La neige tombe des roses
mais celle de l’âme demeure,
et la griffe des années
fait un linceul avec eux.

La neige fondra-t-elle
quand la mort nous prend?
Ou plus tard y aura-t-il une autre neige
et d’autres roses plus parfaites?

Sera-ce la paix avec nous
comme le Christ nous enseigne?
Ou ce ne sera jamais possible
la solution au problème?

si l’amour nous ment?
Qui la vie nous encourage
si le crépuscule nous coule
dans la vraie science
du bien qui peut ne pas exister
et le mal qui bat à proximité?

Si l’espoir s’estompe
et le Babel commence
quelle torche illuminera
les routes sur Terre?

Si le bleu est un rêve
que deviendra l’innocence?
Que deviendra le cœur
si l’amour n’a pas de flèches?
Et si la mort était la mort
que deviendront les poètes
et des choses qui dorment
que personne ne s’en souvient plus?
Oh soleil d’espoir!
Eau claire! Nouvelle lune!
Cœurs d’enfants!
Âmes grossières des pierres!
Aujourd’hui je me sens dans mon coeur
un vague tremblement d’étoiles
et toutes les roses sont
Aussi blanc que mon chagrin

LE CHAPEAU AU BOUT DU BANC


LE CHAPEAU AU BOUT DU BANC

Pour trouver le tâté des yeux

cette glissade du genou qui remonte

les lèvres au premier instant

les sauts de trapèze de la langue

le relevé allongé du sourire naissant

juste après derrière l’oreille

la nuque

la pointe chevelue

l’anse du cou

si transparente

que la bête à bon dieu qui remonte le couloir des seins bouge sa robe à pois

Tout ça pour dire que si le chapeau est au bout du banc c’est pour t’entrer à découvert

et en finir avec cette attente du fameux technicien…

Niala-Loisobleu – 9 Septembre 2020

SOUS LA CHEVELURE


SOUS LA CHEVELURE

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Sous la chevelure avance un long corps d’étoile, nu comme le lac, et fendu comme un arbre.

Sous la foudre froide, un lait d’or figé, où boit un serpent rouge et prisonnier.

Double faux des cuisses dans l’herbe nocturne, éclat des aciers, noués d’une fleur.

Ô marche odorante d’une claire armure, l’ouragan s’arrête au porche des jambes.

Quel est ce rosier qui a deux racines, et si peu de feuilles sur l’éclat des roses.

Si la nuit expire, la couleur de l’aube aura son miroir, Ô corps solitaire, que baise la nuit

d’un baiser sans lèvres, que de lits te rêvent !

Alain Borne

BAR A SEL


BAR A SEL

Les hautes herbes où le mauve de fleurs s’abrite tapissent la cabane perchée en haut du canal

la marée tient à flot

empêchant la vase de s’agripper au pilotis

Quelques heures pour quitter le bord et se laisser faire la planche

les flotteurs libres au jeu des vagues

Comme ber le genou viendra tenir la coque pendant la période creuse

au coquillage la pêche guette l’apparition de la première bulle dans l’embusque des algues

Niala-Loisobleu – 9 Septembre 2020


ODE ANDROGYNE

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Jean-Paul Daoust

ODE ANDROGYNE

Le téléphone sonne et je réponds :
Bonjour
Bonjour madame, je parle à madame Daoust?
Non!
Vous n’êtes pas la maîtresse de la maison?
Non! Je suis monsieur Daoust!
Ah! excusez, pourrais-je parler à votre conjointe?
Je n’ai pas de conjointe mais j’ai cependant un conjoint. Donc, il n’y pas de maîtresse de la maison ici.
Clic!
Voilà l’histoire de ma vie en une intonation
Le malentendu voire l’insulte parfois le sarcasme
Vous savez ce petit sourire en coin
Qui en dit si long sur la condescendance
Que ce soit au téléphone
Ou à la caisse enregistreuse des magasins
Le sempiternel manège recommence
Ce fatigant bonjour madame! bonjour madame! bonjour madame!
Avant au moins c’était bonjour mademoiselle! Vous allez bien?
Je me souviens d’une scène épique chez Jean Coutu
Où une caissière m’infligeait des mademoiselle à profusion
Un ami poète qui m’accompagnait m’avait alors conseillé à voix haute :
Mets-la sur le comptoir Jean-Paul!
J’ai bien failli le faire!
J’ai passé ma vie à vivre avec ce problème
Né avec des traits fins dessinés au pinceau
Et ma voix si… spéciale!
Mes gestes de gazelle nerveuse cherchant fauve
Intrigué par cette ambiguïté d’une douce perversité
J’ai pu depuis baiser tellement de belles bêtes
Des tueurs à gages à Rudolf Noureev!
Et je ne regrette rien comme chante l’autre
Ce timbre de voix m’aura nui et sauvé
Je prends le micro
J’ouvre la bouche
C’est quoi cette bibitte-là qui parle?
Mais non! je n’ai pas deux sexes
Un me suffit amplement
Et je déteste profondément les gais qui veulent se moquer
En se parlant au féminin
Dénigrant ainsi l’autre sexe
Ce sexe sans lequel nous n’existerions pas
Cette façon de faire relève d’un sexisme idiot
Ben oui! j’ai une drôle de voix
D’un lyrisme baroque voire rococo
Et qui traîne comme un écho collé à elle
Certains ou certaines ont soit le look ou la voix androgyne
David Bowie Klaus Nomie Annie Lennox Conchita Wurst
Boy George Alice Cooper Marilyn Manson Prince K.D. Lang
Martine Audet Michel Dorion et Mick Jagger parfois
Moi, je suis choyé
J’ai les deux!
D’où mon problème parfois à passer aux douanes
Les douanes françaises me sont les plus faciles
Je dois avoir l’air d’un Luis Mariano avec un accent
Et même Philippe Laguë ne réussit pas totalement à m’imiter
Comme le fait si bien le guitariste trifluvien Manu Trudel
Vas le chercher Philippe!
Look et voix androgynes
Qu’y puis-je?
J’aurai tout le temps vécu la marginalité
Avant même de savoir ce que ce mot-là signifiait
Avec toutes ses conséquences que j’ai subies
Avant aussi de savoir la triste modernité du mot intimidation
Ça m’a pris tellement de temps à m’apprivoiser
Et ce n’est pas encore tout à fait au point
Alors! soyez donc gentils et généreux!
Pensant à tous ceux et celles qui n’ont pas de mots pour s’exprimer
Pour se défendre ou pour éblouir et charmer
Je suis ce que je suis
Je suis un homme et peut-être poète
Avant tout fabuleusement humain
J’écris ce poème que je lance sur la mer des ondes
J’espère qu’il traversera vos neurones
Pour adoucir certains coeurs
Ben oui! j’ai une voix androgyne
D’où, tout mon charme!

Jean-Paul Daoust