COMME UNE MARC D’AMOUR


Cette vague en continu

chantonne à voie basse à l’instant où l’écume éclate dans son roulement

L’encre est posée à la limite de profondeur de flottaison

au loin sur la ligne de côte les rayures alignent les cabines en traits bleus sur fond blanc

les palmiers ont été troqués contre une grande pinède sauvage et des gros rochers granitiques

où les oiseaux-marins se reconnaissent

Le trou du nid fait par étreintes à m’aime le sable héberge le périmètre de nos corps

tu peux allumer les aiguilles

voici les paumes de peint

une fenêtre odalisque de Matisse avec des agrumes et tes seins en doubles-rideaux

la tapisserie fleurit

arbre-à-soie, voici l’arôme ouvert à la mariée

Le noir est à pique loin au fond d’un tableau d’outre-noir

Chagall est bisexué

Niala-Loisobleu – 7 Septembre 2020

AU BAL DES FLEURS


AU BAL DES FLEURS

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Au bal des fleurs, des fleurs masquées

le sabot de
Vénus et la barbe de bouc

dansaient le zapateo

au son d’une sveglia-vaïna,

instrument charivarique à souhait.

Le bal dégénéra en orgie

à cause de certaines fleurs

qui faisaient la mijaurée.

Partout les fausses idées

venaient de leurs fausses pudeurs.

Ainsi la fausse giroflée reprochait au bégonia

d’être une affiche publicitaire pour les insectes,

la fausse épervière

reprochait à la cuscute d’être trop popote,

et la fausse vipérine en voulait au dahlia de faire du

[théâtre de s’être produit, à
Syracuse, dans la
Médée

[d’Euripide, et d’avoir joué ce rôle comme une fleur

Paul Neuhys

L’INNOCENT


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Eugène Guillevic

L’INNOCENT

à
Jules
Roy

Ils parlent, ils parlent
Au-dessus de ma tête.

Leurs paroles
M’offrent un toit.

Moi je suis pareil

Au foin dans la grange.

L’horizon et moi

Nous avons de quoi nous taire.

Nous laissons le brin de paille
Se raconter.

Devant un arbuste
Qui vient d’être greffé

Je sens qu’en moi aussi
J’ai dû être greffé.

Par qui ?
Sur quoi ?

Innocent

Du mal qui festoie
En moi contre moi.

Je suis en plein champ
Et rien à quoi m’accoler,

Rien, sinon l’espace
Qui ne répond pas.

L’espace,

Moi dans tout

Son potentiel d’absence.

Où que j’aille,
Est-ce que je faute
Contre l’espace ?

Déjà coupable

Quand on parle d’innocence.

Comme si le ruisseau
Parce qu’il coule
Insultait le firmament.

Quel mal ai-je causé

A ce qui est

Le plus profond de moi

Pour qu’il m’en veuille?

Tourner toujours sur soi,
Suivre toujours le même trajet

Envies-tu la terre
Toi, l’innocent ?

Je suis comme l’eau
De l’ornière,

Je peux dormir.

Je ne dois rien à rien.

Je suis comme la plaine,

Je ne fais d’ombre à personne.

Toujours, quelque part,
Certains font du mal à d’autres
Et ça passe par moi.

Chacun se dit

Qu’il en a volé moins

Qu’on ne lui a volé.

Tout est donc ainsi :
Je te fais mal.
Tu me fais mal.

Pouce !

Trouvons un autre jeu.

Qu’ils se battent bien,
Qu’ils s’entre-tuent

Si pour eux c’est ça

La preuve de leur innocence —

Les pauvres gens.

Je n’ai jamais fait de mal, moi,
A aucune image.
Aucune.

Vous comprenez au moins ?

Ne m’attachez pas
Les mains !

Elles ne veulent
De mal à rien,

Même pas l’une à l’autre.

Je cherche

Quelque chose en quoi

Je ne suis pas coupable.

Je vois d’abord
Le firmament.

Mon souffle

Ne va pas jusque-là

Et mon regard,

Je n’en suis pas sûr.

La feuille, elle,

Ne craint pas

De blesser l’air

Qu’elle est en train de trouer.

Il n’y a pas de chemin

Pour mener au chemin

Que l’on n’aurait qu’à suivre.

Tu te dis
Que ces prairies,
Ces étendues vertes
Amies de l’horizon
Plaident pour toi.

Tu sauras oser.

Tu n’es pas

Le déversoir où vient se jeter

Tout ce qui t’entoure.

Choisis

Ou ferme-toi.

Invente

Ce que tu veux en toi.

Tu voudrais

Que les heures coulent en toi

Comme l’eau du ruisseau

Coule près de toi

En contournant les pierres,

Sans poser de questions.

Si le silence

Se targue d’innocence,

Qui ne se veut
Enfant du silence ?

C’était ainsi :

Le monde

S’ouvrait devant mes yeux

Voulait m’accueillir,
Se donner à moi.

Certainement

Que le regard de l’âne

Dit plus la bonté
Que le mien.

L’âne doit le savoir
Car il craint.

Il a le droit d’être maudit
Celui qui regardant
Le pis d’une vache

N’éprouve pas

Le frisson de l’universel.

La chevrette

Ne pense pas à mal —

Le cheval non plus
Et rien autour d’eux.

De pareils moments
Existent.

Tu peux bénir au nom
De ce qui est en toi,

De ce qui t’exalte,
De ce qui t’accable.

Heureux le ramier,

Lui qui par son œil

Fait monter vers toi l’amitié

Des terres qui l’entourent.

Tu te sens responsable
De l’azur.

Il s’en souvient
Et te le souffle.

Le beau

Est ce qui donne à vivre

L’innocence du monde.

J’irai jusqu’au bout du chemin

Si j’ai l’espoir
Que je la trouverai

La feuille

Que je ne connais pas,

Dont j’ai besoin.

Autour de toi

Tout s’enfonçait

Dans une absence noire.

Tu souffrais

De ne pas savoir y nager.

Tout disparaissait
Dans un gloussement

Et puis un cri :
Ce n’est rien,

Nous vivrons —

Et le merle se fit entendre.

Tout ce qui va venir

Ne nous dit pas qu’il vient.

Tout ce qui va partir

Ne nous dit pas qu’il meurt.

Tout ce qui va rester
Crie son éternité.

Tu ne feras pas de l’humus
Quelque chose de transparent.

Tu ne feras pas du firmament
Un voile qui t’habillerait.

Tu ne feras pas de la route

Un ruisseau où se laver les mains.

Tu ne feras pas du buisson
Un épervier qui s’envolera.

Tu ne feras pas de toi
Quelqu’un qui demeurera.

Tu ne te maudiras pas.

En vérité

Tu es à la recherche de la source,

Celle où tu serais toi-même
Et tout ce qui existe,

Celle où chacun serait le tout
Et toi-même au centre,
Ce centre qui est la source.

Etre soi-même

Qui se fond dans les autres

Sans s’oublier

Et couler, source,
Dans la source.

Le roucoulement des colombes
Venu du fond des âges

Te touche plus fort
Que n’importe quoi.

En toi ce chant

Ne fait pas que passer.

11 demeure

L’appel du royaume.

Même si tu en avais le pouvoir
Tu ne voudrais pas

Jeter dans l’azur
Des millions de roses.

Que chacun reste ce qu’il est —
Au plus pur de lui-même

Eugène Guillevic