OMBRES ADOUCIES


L’après-midi s’étend les jambes à quai

juste une mouette tournant d’un mouvement d’archet sur sa corde à sauter l’horizon derrière

avec le soir qui arrive on peut s’approcher plus près de soi, le vers s’est rempli, sur la page on peut laisser la pensée pianoter des doigts

je marche pieds nus dans la couche chaude des fleurs tombées en sentant la saveur des fruits étendus dans les vanneries, un frôlé de soie, sarong noué, les marionnettes vont pouvoir exprimer la vie autrement

la forme d’un même mot change si vite d’orthographe que l’image devient méconnaissable

assis sur les coussins un moelleux renflement ramène quelque chose à laisser aux enfants; le bruit s’étouffe au dehors.

Niala-Loisobleu – 6 Septembre 2020

CROIX DE BOIS


Le vent tourne au point de rentrer à reculons par le sens courant

un tournesol marque le départ de la prochaine étape en s’enfonçant la tête dans le sable

ce voilier qui s’approche des Glénans marche au moteur, faute d’avoir confondu école et savoir

archipel

mais

quoi mais

le convaincu touché par sa grâce ne décroche pas de sa place numérotée dans son église

.

Niala-Loisobleu – 6 Septembre 2020

LE MASQUE FUNÈBRE


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René Char

I

LE MASQUE FUNÈBRE

Il était un homme, une fois, qui n’ayant plus faim, plusjamais faim, tant il avait dévoré d’héritages, englouti d’aliments, appauvri son prochain, trouva sa table vide, son
lit désert, sa femme grosse, et la terre mauvaise dans le champ de son cœur.

N’ayant pas de tombeau et se voulant en vie, n’ayant rien à donner et moins à recevoir, les objets le fuyant, les bêtes lui mentant, il vola la famine et s’en fit une assiette
qui devint son miroir et sa propre déroute

René Char

VERT-GALANT


L’eau allonge son odeur de la mousse des pierres au va-et-vient de l’amarre de la barque qu’elle tire. D’où elle est partie rien ne pouvait en troubler l’effluve. L’abstraction de l’asphalte s’opérait par la longueur du chant à traverser, bleuets et coquelicots jusqu’aux genoux sachant cacher toute bordure en limite

Du pavé à travers le pont, les arches posaient un refuge pour se retrouver

Innocence et coeur tendre

un bateau de papier avait pouvoir de conduire au Havre pour les Amériques

Et cette liberté grandiose de la jeunesse ne sert qu’à surconsommer les obligations d’un confort contraignant

Dormir sur le pavé sans dépendre de tâches de tous ordres, sac à do, voici une musique d’aventures vers des rencontres à qui on ne reprochera pas de nous réduire le tant

Paris , square du Vert-Galant , gare d’embarquement…

Niala-Loisobleu – 6 Septembre 2020