Extraits d’Amers de St-John- Perse


Amers de Saint-John Perse (Extraits)

« Ô mon amour au goût de mer, que d’autres paissent loin de mer l’églogue au fond des vallons clos – menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d’alysse et d’origan – et l’un y parle d’abeillage et l’autre y traite d’agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les pêches se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j’ai tranché le nœud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !…

« Etroits sont les vaisseaux, étroite l’alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l’Amante… Et qu’est ce corps lui-même, qu’image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu’en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonné, ployant le double arceau d’ivoire au vœu des courbes nées de mer… Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eut cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues.

« Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d’une nuit d’homme, tu m’es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l’eau chaîne d’offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !

« Il n’est d’usurpation plus haute qu’au vaisseau de l’amour. »

A TOUCHER L’ARBRE


La montée se renfrogne sous quelques mauvaises herbes

tout est à peau nue dans mes mains quand je viens, un printemps dans l’esprit, goûter au charme du cerisier

splendeur végétale qui me verticale la colonne vertébrale

Pur

c’était vert le moi de mes

que nos

J’ai vu la mésange faire chanter les tendres fleurs du fruit

Au bas de ses jambes la culotte des pâquerettes laissait toute aisance au ventre de l’arbre pour tenir sa promesse

Passé son ravage incendiaire l’été se retire, le râteau d’automne est à la ramasse de la calvitie de ses feuilles

les noisettes chantent le temps des cerises sans mendier

Accroche ta balançoire à ma branche que la saison d’amour puisse se dispenser de répondre à un rendez-vous fixe

fête la vie tous jours al dente…

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2020

AH L’EMBALLAGE…


Le soleil semble resté dans la nuit

moi pas dans le matin

la voiture est allée toute seule chercher le journal

Des gens marchaient par groupes le long de la Charente

se rendant plus loin à une table dressée sous les gros prunus de son affluent la Tardoire

Me suis même pas demandé ce qui peut motiver pareille migration, les fourmis suivent des itinéraires qui ne me surprennent plus. Un matin au levé on en trouve qui grouillent à un endroit de la maison, agitées comme pas possible sans comprendre pourquoi. Puis elles partent d’un seul coup

Des familles entières, cannes et sacs à dos, la casquette sous une absence totale de soleil, mais le masque en pleine campagne

Insolite

même plus

banal

J’ai de mauvaises habitudes prises à vivre dans une évolution méthodique

La graine qu’on mettait en terre prenait le temps d’expliquer la forme et la couleur du légume. La saveur n’en parlons plus, reste que la photo sur l’emballage

Puis sous et dans cette absence de compréhension, te voilà

la photo est dans mes mains

c’est battant

pas un pouls pour rien

qu’est-ce que ça balance

ça penche du bon côté

Eteins pas

reste déshabillée du monde qui m’échappe que je retienne pourquoi je vis…

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2020