LEO FERRE – CHRISTIE


LEO FERRE – CHRISTIE

 

Christie…
Christie quand je t’ai vue plonger
Mes vergues de roc où ça cogne
Des feuilles mortes se peignaient
Quelque part dans la Catalogne

Christie…
Le rite de mort aperçu
Sous un divan de sapin triste
Je m’en souviens, j’étais perdu
La Camarde est ma camériste

C’était un peu après midi
Tu luisais des feux de l’écume
On rentrait dans la chantilly
Avec les psaumes de la brume

La mer en bas criait ton nom
Ce poudrier serti de lames
Où Dieu se refait le chignon
Quand il se prend pour une femme

Christie…Christie… Christie

Christie, mon encre Waterman
Me fait ton mousse d’algues douces
La mort est comme un policeman
Qui passe sa vie à mes trousses

Christie…
Je prendrai le train de marée
Avec le rêve de service
A dix-neuf heures GMT
Vers l’horizon qui pain d’épice

Christie du tort et du malheur
Christie perdue des revoyures
Nous nous reverrons sous les fleurs
Qui là-bas poussent des augures
Tous mes chevaux viendront te voir
Au fond de moi quand tu voudras
Ils te traîneront dans l’espoir
Comme tu traînes dans mes bras

Christie… Christie… Christie…

Je fais tes bars américains
Et je mets tes squales en laisse
La mort aboie dessous mon bien
Elle nous laissera son adresse

Christie
Je suis triste comme un paquet
Sémaphorant à la consigne
Quand donnera-t-on le ticket
A cet employé de la guigne?

Pour que nous partions dans l’hiver
Des brebis mortes au vent qui bêle
Mangent du toc sous les feux verts
Que la mer allume sous elle
Avec des yeux d’habitants louches
Qui nagent dur dedans l’espoir
Beaux yeux de nuit comme des bouches
Qui regardent des baisers noirs

Christie… Christie… Christie

Christie, quand tu viens de la mer
Tu m’envoies ton odeur genièvre
Ça bêle dur dans ce désert
Les moutons broutent sur tes lèvres

Christie
Et ta houle les entretient
Leur laine tricote du large
De quoi vêtir les yeux marins
Qui dans tes vieux songes déchargent

Ô lavandière du jusant
Les galets mouillés que tu laisses
J’y vois comme des culs d’enfants
Qui dessalent tant que tu baisses
Ils frôlent un peu de l’horizon
Ta parallèle à peu près jointe
Et c’est un peu de ta maison
Ta lumière qui s’est éteinte

Christie… Christie… Christie…

Christie, ça sent le poivre doux
Quand ton crépuscule pommade
Et que j’enflamme l’amadou
Pour mieux brûler ta chair malade

Christie
Ô ma frégate du palier
Sur l’océan des HLM
Ta voilure est dans l’escalier
Reviens vite que je t’emblème

Toi dont l’étoile fait de l’œil
A ces astronomes qu’escortent
Des équations dans leur fauteuil
A regarder des flammes mortes
La galaxie a pris le deuil
Depuis que ton étoile chante
Et que dans le fond de tes lèvres
Toute l’Espagne se lamente

Christie… Christie…
Ho ho ho ho ho ho ho… ho ho!
Ho ho ho ho ho ho ho… ho ho!
Christie…
Ouais!
Christie…
Ouais!

Pincée de Sel


PINCEE DE SEL

Un souffle pousse l’amer

du bout des seins qui trempent

je pense aux fraises remontantes

le rideau frémit quand le chat passe entre les lignes du paysage en accord avec le travail que le trépan fait dans l’imaginaire

ce sont des oiseaux venus de loin qui forment ce qui nous relie de plus près à une partie du monde en cours de chantier

le peintre-bleu vêtu de blanc essuyé des pinceaux est au chant, gonflé à la pâte du couteau qui tranche le méplat de rehaut. Sur la table un petit-pot de pin garde de la gemme la fameuse vapeur des sens

J’ai revu Guignol matraquer les gens d’armes d’un rire d’enfants pendant que les chevaux de bois tournaient un reste de valeurs bien gardé par les épines des marrons d’Inde sous le marronnier où Peynet trouvait ses modèles

Les Champs-Elysées risquent de voir leurs chevaux martyrisés depuis qu’on y célèbre la dernière ânerie qui passe – puis faut penser aux casseurs ourdis par une confrérie dogmatique du dernier genre – l’époque aime détruire, le foutreball est un jeu d’équipe qui rapporte gros

Reste appuyé devant le large

Fais figure de proue

A la recherche du temps perdu..

Niala-Loisobleu – 4 Septembre 2020

PERPLEXITE DE PASSAGE


Les arbres à prunes noircissent en fruits du côté de la Garonne, je retiens que pas loin une ville rose chanta jusqu’à l’ivresse dans laquelle Claude tentait de remonter la pente

La vie et ses tranches est adepte du melon

Marthe ton sourire giflant les malheurs que tu as pu connaître jusque dans ta chair me tient aux pores

Vie de merde t’es bien la seule qui n’a pas de problème de transit.

Pas un jour sans qu’en selle tu sautes, joyeusement comme une sale gosse qui aime démembrer les mouches

Et sans forcer mon naturel, je peins bleu comme une mer qui porte

Etonnant non comme disait Desproges, plein d’humour en étant bouffé du dedans par le crabe. Nicomède a-t-on du me donner comme 3ème prénom

Alors je mets la barque à l’ô…

Niala-Loisobleu – 4 Septembre 2020

AUBRAC


AUBRAC

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Il faut si peu pour vivre ici. De ce balcon où penche la montagne à l’heure où le soleil est plus jaune, il ne reste plus à choisir qu’à droite la banquette où
l’herbe noircit sous les châtaigniers, à gauche la Viadène au loin déjà toute bleue. A mi-pente, la journée respire. De cette galerie ample et couverte où
glisse la route de gravier rose au-dessus du Causse gris-perdrix, on voit mûrir très bas les ombres longues dans la lumière couleur de prune. Tout commande de faire halte à
ce reposoir encore tempéré où la terre penche, pour respirer l’air luxueux de parc arrosé, la journée qui s’engrange dans les rais du miel et la chaleur de l’ambre,
jusqu’à ce que l’œil gorgé revienne à la route rose qui monte sous le soleil avant de tourner dans l’ombre d’un bois de sapins, et que ta main déjà fraîchisse
avec le soir — ta main qui laisse filtrer le bruit plus clair du torrent, ta main qui me tend les colchiques de l’automne.

Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre nappée de basalte hausse et déplisse dans l’air bleu une paume immensément vide, à l’heure
plus froide où tes pieds nus s’enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d’étoiles l’odeur du foin sauvage, pendant que nous
marcherons ainsi que sur la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument.

Julien Gracq