Suzana Pais • Barco azul


Suzana Pais • Barco azul

2 AOÛT 2020

Voici une petite chose, trouvée pendant la période de confinement sur le compte Facebook de João Monge, le prolifique parolier, auteur de quantité de textes de chansons et de fados. La chanteuse, précise-t-il, est née en Allemagne et y a grandi. On peut supposer qu’elle s’est filmée chez elle, dans ce pays-là.

………

Suzana Pais • Barco azul. João Monge, paroles ; Reinaldo Varela, musique (Fado Meia-Noite, parfois attribué à Filipe Pinto).
Suzana Pais, chant, guitare.

Se alguma nuvem passasse
E fosse um barco no céu
Pedia que me levasse
Ao sonho que Deus me deu
S’il passait un nuage,
Comme une barque dans le ciel,
Je lui demanderais de m’emporter
Vers ce rêve que Dieu m’a donné.
É uma cidade lavada
Com casario em escadinha
Uma viela enfeitada
À minha espera à tardinha
C’est une ville blanche
Accrochée à ses collines
Une ruelle décorée
Qui m’attend dans le soir.
Se alguma nuvem passasse
No imenso céu azul
Pedia que me levasse
Dentro de si para o Sul
S’il passait un nuage,
Dans le bleu immense du ciel,
Je lui demanderais qu’il m’emporte
Avec lui vers le Sud.
O meu barquinho é o Fado
Sabe tudo o que eu desejo
Leva-me pra qualquer lado
Mas pára sempre no Tejo
Le Fado est cette barque
Qui connaît tous mes désirs
Qui m’emmène dans ses voyages
Mais toujours retourne au Tage.
João Monge. Barco azul. João Monge. Barque bleue, trad. par L. & L. de Barco azul.

 

Source: Je pleure sans raison que je pourrai vous dire

ATOUT À RIEN


Trois gouttes dans un bain de soleil, le vent en congé, pas possible de sortir le vélo le téléphone est muet. Que fout l’hôpital ? Il n’y a pas un brin d’herbe sur la Chaume. Les brouteurs peuvent garder leur masque pour manger. Je rêve de me glace-piler dans la menthe en ne le disant qu’au chien.

Niala-Loisobleu – 3 Août 2020

UN ANIMAL DANS LA LUNE


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UN ANIMAL DANS LA LUNE

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Pendant qu’un philosophe assure
Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés,

Un autre philosophe jure

Qu’ils ne nous ont jamais trompés.
Tous les deux ont raison; et la philosophie
Dit vrai quand elle dit que lès sens tromperont
Tant que sur leur rapport les hommes jugeront;

Mais aussi, si l’on rectifie
L’image de l’objet sur son éloignement,

Sur le milieu qui l’environne.

Sur l’organe et sur l’instrument,

Les sens ne tromperont personne.
La
Nature ordonna ces choses sagement :
J’en dirai quelque jour les raisons amplement.
J’aperçois le soleil : quelle en est la figure?
Ici-bas ce grand corps n’a que trois pieds de tour;
Mais si je le voyois là-haut dans son séjour,
Que seroit-ce à mes yeux que l’œil de la
Nature?
Sa distance me fait juger de sa grandeur;
Sur l’angle et les côtés ma main la détermine.
L’ignorant le croit plat : j’épaissis sa rondeur;
Je le rends immobile, et la terre chemine.
Bref, je démens mes yeux en toute sa machine :
Ce sens ne me nuit point par son illusion.

Mon âme, en toute occasion.
Développe le vrai caché sous l’apparence;

Je ne suis point d’intelligence
Avecquè mes regards, peut-être un peu trop prompts,
Ni mon oreille, lente à m’apporter les sons.
Quand l’eau courbe un bàion, ma raison le redresse :

La raison décide en maîtresse.

Mes yeux, moyennant ce secours,
Ne me trompent jamais, en me mentant toujours.
Si je crois leur rapport, erreur assez commune,
Une tête de femme est au corps de la lune.
Y peut-elle être?
Non.
D’où vient donc cet objet?
Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.

Montueusc en des lieux, en d’autres aplanie.
L’ombre avec la lumière y peui tracer souvent

Un homme, un bœuf, un éléphant.
Naguère l’Angleterre ‘y vit chose pareille.
La lunette placée, un animal nouveau

Parut dans cet astre si beau;

Et chacun de crier merveille.
Il étoit arrivé là-haut un changement
Qui présageoit sans doute un grand événement.
Savoit-on si la guerre entre tant de puissances
N’en étoit point l’effet?
Le
Monarque accourut :
Il favorise en roi ces hautes connoissances.
Le monstre dans la lune à son tour lui parut
C’étoit une souris cachée enire les verres :
Dans la lunette étoit la source de ces guerres.
On en rit.
Peuple heureux! quand pourront les
François
Se donner, comme vous, entiers à ces emplois?
Mars nous fait recueillir d’amples moissons de gloire :
C’est à nos ennemis de craindre les combats,
A nous de les chercher, certains que la
Victoire,
Amante de
Louis, suivra partout ses pas.
Ses lauriers nous rendront célèbres dans l’histoire.

Même les
Filles de
Mémoire
Ne nous ont point quittés; nous goûtons des plaisirs :
La paix fait nos souhaits et non point nos soupirs.
Charles en sait jouir : il sauroit dans la guerre
Signaler sa valeur, et mener l’Angleterre
A ces jeux qu’en repos elle voit aujourd’hui.
Cependant, s’il pouvoit apaiser la querelle.
Que d’encens! est-il rien de plus digne de lui?
La carrière d’Auguste a-t-elle été moins belle
Que les fameux exploits du premier des
Césars?
O peuple trop heureux! quand la paix viendra-t-elle
Nous rendre, comme vous, tout entiers aux beaux-arts?

Jules Laforgue