A PERTE DE VUE – ALAIN BASHUNG


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A PERTE DE VUE – ALAIN BASHUNG

À perte de vue
Des lacs gelés
Qu’un jour j’ai juré d’enjamber
À perte de vue
Des défilés
Des filles à lever
Des défis à relever
Des prix décernés dans tes yeux
À perte de vue
Dodelinent des grues
Les pieds dans la boue
Qui eût cru
Qu’un jour nos amours
Déborderaient
Fassent oublier aux ajusteurs
La clé
Plus de boulons
Pour réparer la brute épaisse
Ma pute à cœur ouvert
Trop de cuirassés
Pas assez d’écrevisses
Pour une fricassée
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
Donnez-moi des nouvelles données
À perte de vue
Du déjà vu
Du déjà vécu
Se précipitent
A mes trousses
Qu’en dit le héron
Il en sait long
Qu’en dit l’éolienne
Elle me fait hello
Voie d’eau…

C’EST EN ROULANT


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C’EST EN ROULANT

En danseuse

un oiseau

monte

On voit distinctement des maisons accrochées aux arbres

c’est un verger d’humanité qu’il peint

Dans une ancienne mer asséchée on a fait une cour de récréation

pour adultes-décervelés

ils poussent des bateaux en papier-hygiénique en faisant tchout-tchout avec la bouche de leur cul parce qu’ils n’ont plus de nez et encore moins d’yeux – la foi se perd

Le caillou me gratte à chacun de tes sauts au fond de ma poche

surtout quand le plus dur à remonter je prend un sein par le bas, là où j’ai un abri-bus grimpé en cabane

le chien se dresse, flaire et

il court après une courgette sortie d’une ratatouille gouvernementale et mord le prétendu chef

Niala-Loisobleu – 1er Juillet 2020

BLEU DE CORPS ET D’ESPRIT


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BLEU DE CORPS ET D’ESPRIT

Le chevalet en vibre encore

quand tenu entre tes seins pleins tu le fis monter au ris d’ô

L’oiseau ne pouvait cacher sa foi de faire de ce monde étroit un estuaire plus large qu’une voie en impasse

Comme un vase naturel de mouvements d’anémone

L’ouvrière à la fleur et le miel à la ruche de l’art

Intentionnellement bleu.

Niala-Loisobleu – 1er Juillet 2020


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BELLE

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Pour découvrir l’existence de filons extasiés dans les profondeurs mouvantes de ton corps mes doigts sont des baguettes de sourcier

Bizarres serpents de la colère

mes meubles se haïssent dans ma chambre à coucher et leurs grandes batailles immobiles rappellent celles de nos mains celles de nos lèvres celles des vapeurs fiévreuses qui
jaillissent à minuit

dans les ports celles des maisons qui invisiblement du haut en bas se

déchirent lorsque les pas d’une femme trop belle ont résonné

Elle était belle comme le jour

Beauté c’est la couronne ardente c’est la rumeur qui parcourt l’arbre du cœur à l’écorce par l’aubier

Beauté c’est la splendeur d’une bouche qui se plie blessée par les remous d’un langage trop amer comme sont toutes les langues qui veulent dire quelque chose

Elle était belle comme un miroir

un miroir déformant où se reflètent rendus égaux par la

commune irréalité ceux qui sont laids et ceux qui sont d’une élégance

insensée

Les glaces se terniront lorsque ses lèvres auront précisément cessé

de donner à la petite glace de poche ce précaire signo dévie

les miroirs mûriront

puisque tout ce qui se ternit mûrit

Et en effet

c’est la mort éternelle qui — rongeant corps et

visages — donne à certains ce charme inoubliable des vieilles choses dédorées
Bouts de lacets cassés
Cœurs morcelés
Yeux envolés
Ongles coupés
J’aime tout ce qui se défait fruits mûrs qui tombent à terre juste à temps pour

masquer leur déroute dans la nuit

O blancheur inaltérable des auréoles ternies
Corps ravagés
Faces flétries

Statues branlantes que minent les moisissures et la

pluie
Je n’aime que votre forme dévastée pareille à tout ce que l’amour fait décroître et blêmit

 

Michel Leiris