ACTUALITES


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ACTUALITES

 
A New York ou ailleurs, assis dans son fauteuil de gloire, Lindbergh, l’aviateur, peut voir — comme si c’était lui — l’acteur qui joue le rôle qu’il a lui-même joué dans l’histoire.

Au cinéma du Moulin Rouge, aujourd’hui, par la porte entrouverte de la cabine de l’opérateur, on perçoit des clameurs, celles de la foule des porteurs en triomphe, à l’atterrissage au Bour-get en 1927.

Ailleurs encore, dans une cinémathèque, Védrines atterrit en 1919 sur le toit des Galeries Lafayette.

Mais en même temps dehors, c’est-à-dire aujourd’hui encore à Paris, le ciel du dimanche craque dans la tête des gens.

Festival au Bourget.

Comme jeu de cartes au cirque par deux mains tenaces et crispées, la tendre lumière du printemps est déchirée, jetée, éparpillée.

Les monte-en-1’air, les perceurs de muraille, les creveurs de plafond font leur exhibition.

Sabres et scies et bistouris stridente.

La fraise du dentiste singe le chant du grillon et de pauvres rats volants en combinaison Frankens-tein foncent à toute vitesse vers la ratière du temps.

Malheureux vagabonds.

Terrain vague du ciel et palissade du son.

L’écran des actualités toujours et de plus en plus bordé de noir est une obsédante lettre de faire-part où ponctuellement, hebdomadairement, Zorro, Tarzan et Robin des Bois sont terrassés par le mille-pattes atomique.

Pourtant, au studio, sur leurs passerelles, écrasés de lumière, les travailleurs du film, comme sur leurs bateaux les travailleurs de la mer, poursuivent leur labeur.

Et la ville, en extérieurs, poursuit comme eux le film de sa vie, le film de Paris.

Le long des quais, la Seine est calme comme un Ut bien fait.

Signe de vie verte, un brin d’herbe surgit entre deux pavés.

Une fille s’arrête et respire.

— Oh ! je respire, oui je respire et cela me fait autant plaisir que de fumer une cigarette. J’avais oublié que je respirais. C’est merveilleux, l’air de la vie n’est pas encore tout à fait empoisonné !

Elle sourit, la joie est dans ses yeux, la joie oubliée, retrouvée et remerciée.

Un garçon s’approche d’elle et lui demande de l’air, comme on demande du feu.

Le ciel recommence à grincer, mais le couple s’embrasse, l’herbe rare frémit, le film continue, le film de l’amour, le film de la vie.

Jacques Prévert

Me Llaman Nella


Me Llaman Nella

Nella
Sur la mer de Margarita
Sobre el mar de MargaritaLa lune semble presque pleine aujourd’hui
La luna hoy se ve casi llena

Et près du rivage
Y cerquita de la orilla

Assis j’attends que je me réveille
Sentada espero a que me amanezca

À travers les rues de ma ville
Por las calles de mi pueblo

Petit à petit je marche
Poquito a poco voy caminando

Les vieilles femmes saluent toujours
Las viejas siempre saludan

Et je réponds toujours en chantant
Y yo siempre respondo cantando

Pêcheurs de ma terre
Pescadores de mi tierra

Le port est rempli de fleurs blanches
Llenan de flores blancas el puerto

Des maisons en pierre
Desde las casas de piedra

Les tissus dansent au revers
Las telas bailan a contratiempo

Et au milieu de la place
Y en el medio de la plaza

Celui où j’ai toujours joué avant
Esa en la que antes siempre jugaba

D’autres enfants jouent maintenant
Otros niños ahora juegan

Ils jettent des fans d’eau en l’air
Lanzan al aire abanicos de agua

Ils m’appellent Nella
Me llaman NellaCelui à la voix cassée
La de la voz quebrada

Je passe la nuit éveillé
Paso la noche en vela

Des couplets chantés à l’aube
Cantando coplas de madrugada

Ils m’appellent Nella
Me llaman Nella

Je suis cannelle et feu
Soy de canela y fuego

Si tu veux que je te chante
Si quieres que te cante

Tu vas devoir me voler un baiser
Vas a tener que robarme un beso

Je viens d’un monde si vieux
Vengo de un mundo tan viejoNouvel ami de la douleur et de la faim
Nuevo amigo del dolor y el hambre

Un tel monde vrai
Un mundo tan verdadero

Seulement pour les grands coeurs
Sólo para corazones grandes

Un monde fantastique
Un mundo de fantasía

Pas de hauts murs ni de mensonge
Sin muros altos ni falsedad

Où seulement les gens vivent
Donde solo vive gente

À la recherche d’un verre de liberté
Que busca un trago de libertad

Ils m’appellent Nella
Me llaman NellaCelui à la voix cassée
La de la voz quebrada

Je passe la nuit éveillé
Paso la noche en vela

Des couplets chantés à l’aube
Cantando coplas de madrugada

Ils m’appellent Nella
Me llaman Nella

Je suis cannelle et feu
Soy de canela y fuego

Si tu veux que je te chante
Si quieres que te cante

Tu vas devoir me voler un baiser
Vas a tener que robarme un beso

Oh
AyIls m’appellent Nella
Me llaman Nella

Celui à la voix cassée
La de la voz quebrada

Je passe la nuit éveillé
Paso la noche en vela

Des couplets chantés à l’aube
Cantando coplas de madrugada

Ils m’appellent Nella
Me llaman Nella

Je suis cannelle et feu
Soy de canela y fuego

Si tu veux que je te chante
Si quieres que te cante

Tu vas devoir me voler un baiser
Vas a tener que robarme un beso

DOUVEMENT


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DOUVEMENT

De toucher le feu en tant que fraîcheur

l’étaler

l’épandre

sortir la faucheuse

la batteuse

et l’herse de l’apporte

Un saut de grenouille depuis le lotus jusqu’au nénuphar

t’ai-je dit le trouble qui me prend face à ton derrière

c’est pourtant visible de devant

Niala-Loisobleu – 31 Juillet 2020

 

I Love You More You’ll Ever Know – Oli Brown


I Love You More You’ll Ever Know

Oli Brown

Si jamais je te quitte
If I ever leave youTu peux dire que je te l’ai dit
You can said I told you so

Et si jamais je te blesse
And if I ever hurt you

Tu sais que je me blesse aussi
You know I hurt my self as well

Est-ce un moyen pour un homme de continuer?
Is that any way for a man to carry on?

Pensez-vous que mon bien-aimé ne partira pas?
Do you think I won’t my loved one go?

Dit je t’aime
Said I love you

Plus vous saurez jamais
More you’ll ever know

Ooooh … Plus vous saurez jamais
Ooooh… More you’ll ever know

Quand je ne gagnais pas trop d’argent
When I wasn’t making to much money

Tu sais où est allé mon chèque de paie
You know where my paycheck went

Je te mets tout sur toi bébé
I put it all on to you baby

Et je ne dépense jamais un centime
And I never spend a red cent

Est-ce un moyen pour un homme de continuer?
Is that any way for a man to carry on?

Pensez-vous que je veux que mon être cher parte?
Do you think I want my loved one go?

Dit je t’aime
Said I love you

Plus vous saurez jamais
More you’ll ever know

Plus vous saurez jamais
More you’ll ever know

Je n’essaye pas d’être
I’m no trying to be

Tout type d’homme
Just any kind of man

Non je suis
No I am

PORTES A CROIRE


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PORTES A CROIRE

 

Contre les murs aveugles où la langue ne trouve que nitre

une mangue lave tout sel de pierre

Fenêtre ouverte du ventre qui appelle le chien du fusil à mordre

boyau naturel à cochonnaille

en brûlant les vaisseaux du clergé

avec les vestales et les décideurs de l’amour faut le faire que comme ça

Viens rossignol de mes amours, ouvrir l’adultère en remettant l’impuissant entre les mains du commissaire

tes cris sont portes à croire…

 

Niala-Loisobleu – 31 Juillet 2020

 

JOYCE MANSOUR


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JOYCE MANSOUR

« Même morte je reviendrai forniquer dans le monde » avait annoncé Joyce Mansour. La récente réédition de son œuvre complète a fait ressurgir la poétesse des abîmes de l’oubli. Cet ange noir née en Angleterre en 1928, élevée au Caire par les colons et championne de course à pied, n’avait rien pour devenir la madone du surréalisme, du sexe et de la mort réunis. D’une beauté sombre et exotique, elle est paradoxale, à la fois épouse et mère, indépendante et sensuelle, elle demeure inclassable.

La mort d’abord, s’empare d’elle dès son enfance pour ne plus jamais la lâcher. À quinze ans elle perd sa mère d’un cancer foudroyant et à dix-huit, son mari du même mal. Écorchée vive elle purgera sa souffrance dans la poésie. En 1949 elle épouse Samir Mansour et apprend le français, langue de ses poèmes, sa langue de déracinée. Quatre ans plus tard elle publie Cris qui fit scandale en Egypte mais frappe André Breton dans ses entrailles : « J’aime Madame, le parfum d’orchidée noire – ultra noire – de vos poèmes. » Se tisse alors une longue et sincère amitié avec le maître des surréalistes, mais Joyce ne s’enfermera pas dans la prison des clans. Ni muse, ni amante, ni disciple, ni soumise, elle est femme et avant tout poète.

L’égyptienne défie la norme, autant de la littérature que de la société. À mort les vers réguliers, la bienséance et les codes. Désordonnée et dénudée, sa poésie berce autant qu’elle surprend. Des draps froissés par l’amour jusqu’au tombeau glacé par la mort, de l’orgasme à la souffrance, dans un florilège de blasphèmes transcendants.

Les Cris (1953) ce sont aussi bien des cris de plaisir que des cris de terreur, les Déchirures (1955) déchiquettent les corps et les âmes pour en révéler toute leur incandescence et leur beauté, parfois macabre. Avec Mansour, on ne sait pas qui est le sujet. Si c’est elle, si c’est lui ou plutôt vous. C’est surtout un corps démembré, des larmes, du sang, de la sueur, du sperme, de la salive, bref des sensations. Aimer c’est avant tout manger l’autre, le dévorer qu’il soit mort ou vif. Peu de place pour les sentiments dans cette effluve d’étreintes, d’un réalisme provoquant qui démystifie le romantisme de l’amour.

Dans une langue brute, morcelée et acharnée, elle délivre le secret du désir des femmes, qui n’en reste pas moins insaisissable. Son absence de pudeur « marque une sorte de révolte, essentiellement féminine, contre le despotisme sexuel de l’homme, qui fait souvent de l’érotisme sa création exclusive ». (Alain Jouffroy)

Avec l’humour érotique de Sade et la sensuelle mélancolie de Baudelaire, la puissance et la violence des images brisent les tabous pour faire éclore une poésie transgressive volontairement indécente. Dans l’ Inventaire non exhaustif de l’indécent, elle écrit :

« Ce qui est indécent fait rougir

   Le sang à la tête

   Le choc en retour

   La fuite en avant

   Censure »

Censure ? Oubliée des éditeurs, ses recueils de poèmes se vendent désormais aux enchères. À croire que le mélange poésie, femme, sexe et mort ne fait pas recette. « Je cherche collectionneur de rêve pour échanges », glissa-t-elle un jour à son lecteur. Et nous, on veut bien échanger nos rêves avec les siens.

Virginie

Extrait :

« Les vices des hommes

Sont mon domaine

Leurs plaies mes doux gâteaux

J’aime mâcher leurs viles pensées

Car leur laideur fait ma beauté. »

« J’aime couler ma haine dans l’entonnoir

De l’amant

Dépecer son pénis à la hache

Parler toute la nuit »,

« Funéraire comme une attente à vie »

« Aucun homme avec moi ne place son pied

Sur la pente calcinée de la haine »,

« Le désir du désir sans fin »

LIGNES DE FEU


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LIGNES DE FEU

 

Sur ce versant de la montagne

ce qui grimpe  étale sans marées

aussi le vent fou des raisins se saoule sans modération

de vallon en vallon

L’accent mis sur tout rebondit comme un sein qu’on a voulu laisser libre

toro  qui sans des dits

gratte le sol à portée…

 

Niala-Loisobleu – 30 Juillet 2020