POUR LUMIERE SEULE, MON AMOUR


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POUR LUMIERE SEULE, MON AMOUR

De la blancheur des murs sort un bleu rapprochement

autour du chameau où tout roule comme l’ondoiement des dunes

au travers du feu torride qui sépare la vie et les cendres

Mâts des palmiers dans un bassin de radoub tari

l’ombre du cadran se fait cramer dans l’heure dont on ne garde que la longueur pour attendre

D’une huile essentielle la fontaine tire la lumière à la fraîcheur de ses cordes

sans savoir quand la mer rentrera au désert

ce qui donnerait au tapis de prière le front de lutter pour extraire le navire du chantier et lui donner le bouquet des draps où faire mariner nos nudités

Niala-Loisobleu – 25 Juin 2020

MELODIE AU DESSUS DU SOL


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MELODIE AU DESSUS DU SOL

 

Que de l’aqueux

dans une chaleur épaisse

où l’horizon mis de niveau se surgit  à lui-même

L’oiseau déhale de quoi tirer l’arbre de sa racine originelle

pendant que les derniers enfants remontent les meules au chant

arrivé au bas des reins l’orage déballe ses tôles pour le bruitage côté jardin

Sur le piano-mécanique on a écrit « A VENDRE »…

 

Niala-Loisobleu – 25 Juin 2020

 

UN ROCHER


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UN ROCHER

De jour en jour la somme de ce que je n’ai pas encore dit grossit, fait boule de neige, porte ombrage à la signification pour autrui de la moindre parole que j’essaye alors de dire. Car,
pour exprimer aucune nouvelle impression, fût-ce à moi-même, je me réfère, sans pouvoir faire autrement, bien que j’aie conscience de cette manie, à tout ce que je
n’ai encore si peu que ce soit exprimé.

Malgré sa richesse et sa confusion, je me retrouve encore assez facilement dans le monde secret de ma contemplation et de mon imagination, et, quoique je me morfonde de m’y sentir, chaque
fois que j’y pénètre de nouveau, comme dans une forêt étouffante où je ne puis à chaque instant admirer toutes choses à la fois et dans tous leurs
détails, toutefois je jouis vivement de nombre de beautés, et parfois de leur confusion et de leur chevauchement même.

Mais si j’essaye de prendre la plume pour en décrire seulement un petit buisson ou, de vive voix, d’en parler tant soi peu à quelque camarade, — malgré le travail
épuisant que je fournis alors et la peine que je prends pour m’exprimer le plus simplement possible, — le papier de mon bloc-notes ou l’esprit de mon ami reçoivent ces
révélations comme un météore dans leur jardin, comme un étrange et quasi impossible caillou, d’une « qualité obscure » mais à propos duquel o ils ne
peuvent même pas conquérir la moindre impression ».

Et cependant, comme je le montrerai peut-être un jour, le danger n’est pas dans cette forêt aussi grave encore que dans celle de mes réflexions d’ordre purement logique, où
d’ailleurs personne à aucun moment n’a encore été introduit par moi (ni à vrai dire moi-même de sang-froid ou à l’état de veille)…

Hélas! aujourd’hui encore je recule épouvanté par l’énormité du rocher qu’il me faudrait déplacer pour déboucher ma porte…

Francis Ponge