MAGRITTE


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MAGRITTE

Marches de l’œil

A travers les barreaux des formes

Un escalier perpétuel

Le repos qui n’existe pas

Une des marches est cachée par un nuage

Une autre par un grand couteau

Une autre par un arbre qui se déroule

Comme un tapis

Sans gestes

Toutes les marches sont cachées

On a semé les feuilles vertes
Champs immenses forêts déduites
Au coucher des rampes de plomb
Au niveau des clairières
Dans le lait léger du matin

Le sable abreuve de rayons
Les silhouettes des miroirs

Leurs épaules pâles et froides
Leurs sourires décoratifs

L’arbre est teinté de fruits invulnérables.

Paul Eluard

La pura verdad – Atahualpa Yupanqui


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La pura verdad

 

Para cantar bagualas no cuenta la voz,
Solo se precisa poner en la copla todo el corazón
No han de ser bagualas mientras haiga sol
Andando y de noche rodeao de silencio se canta mejor
Golpeando las piedras mi buen marchador,
Como si marcara mesmo los latidos de mi corazón,
Y en los guardamontes haciendo el tambor,
Con mis lejanías, con mis esperanzas, si habré cantao yo
Para cantar bagualas no cuenta la voz,
Solo se precisa poner en la copla todo el corazón
Lo que dentra a la cabeza, de la cabeza se va
Lo que dentra al corazón, se queda y no se va más
¿Tú quieres saber por qué? Escúchalo bien:
Al corazón sólo dentra la pura verdad
¡Que al corazón solo dentra la pura verdad!
Cuando tengáis una pena, cuando tengáis un dolor,
Si son cosas verdaderas llegarán al corazón
¿Tú quieres saber por que? Escúchalo bien
Que al corazón solo dentra la pura verdad,
¡Que al corazón solo dentra la pura verdad!
Palabrita ‘i Dios, la pura verdad.
Lo que dentra a la cabeza de la cabeza se va
Lo que dentra al corazón se queda y no se va más
La pura verdad, palabrita ‘i Dios, la pura verdad.

La pure vérité

Pour chanter des bagualas, la voix ne compte pas,
Il suffit de mettre tout le cœur dans le couplet
Ils ne devraient pas être des bagualas pendant qu’il est ensoleillé
Marcher et la nuit entouré de silence tu chantes mieux
Frapper les pierres mon bon marcheur,
Comme s’il battait le rythme de mon cœur,
Et dans les rangers qui font le tambour,
Avec mon éloignement, avec mes espoirs, si j’aurai chanté
Pour chanter des bagualas, la voix ne compte pas,
Il suffit de mettre tout le cœur dans le couplet

Ce qui entre dans la tête va de la tête
Ce qui pénètre dans le cœur reste et ne disparaît plus
Voulez-vous savoir pourquoi? Écoutez bien:
Seule la vraie vérité pénètre le cœur
Que seule la vraie vérité pénètre le cœur!
Quand tu as mal, quand tu as mal,
S’ils sont vrais, ils atteindront le cœur
Voulez-vous savoir pourquoi? Écoutez bien
Que seule la vraie vérité pénètre le cœur,
Que seule la vraie vérité pénètre le cœur!
Petit mot ‘i Dieu, la pure vérité.
Ce qui entre dans la tête de la tête s’en va
Ce qui entre dans le cœur reste et ne va pas plus loin
La pure vérité, petit mot ‘i Dieu, la pure vérité.

AD LITEM


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AD LITEM

Mal renseignés comme nous le sommes par leurs expressions sur le coefficient de joie ou de malheur qui affecte la vie des créatures du monde animé, qui, malgré sa
volonté de parler d’elles, n’éprouverait au moment de le faire un serrement du cœur et de la gorge se traduisant par une lenteur et une prudence extrêmes de la démarche
intellectuelle, ne mériterait aucunement qu’on le suive, ni, par suite, qu’on accepte sa leçon.

Alors qu’à peu près tous les êtres à rangs profonds qui nous entourent sont condamnés au silence, ce n’est pas comme il s’agit d’eux un flot de paroles qui convient;
une allure ivre ou ravie non plus, quand la moitié au moins enchaînée au sol par des racines est privée même des gestes, et ne peut attirer l’attention que par des
poses, lentement, avec peine, et une fois pour toutes contractées.

Il semble d’ailleurs, a priori, qu’un ton funèbre ou mélancolique ne doive pas mieux convenir, ou du moins ne faudrait-il pas qu’il soit l’effet d’une prévention
systématique. Le scrupule ici doit venir du désir d’être juste envers un créateur possible, ou des raisons immanentes, dont on nous a dès l’enfance soigneusement
avertis, et dont la religion, forte dans l’esprit de beaucoup de générations de penseurs respectables, est née du besoin de justifier l’apparent désordre de l’univers par
l’affirmation d’un ordre ou la confiance en des desseins supérieurs, que le petit esprit de chacun serait incapable de discerner. Or, la faiblesse de notre esprit… il faut bien avouer
que la chose est possible : nous en avons assez de signes manifestes au cours de notre lutte même avec nos moyens d’expression.

Et pourtant, bien que nous devions nous défier peut-être d’un penchant à dramatiser les choses, et à nous représenter la nature comme un enfer, certaines constatations
dès l’abord peuvent bien justifier chez le spectateur une appréhension funeste.

Il semble qu’à considérer les êtres du point de vue où leur période d’existence peut être saisie tout entière d’un seul coup d’œil intellectuel, les
événements les plus importants de cette existence, c’est-à-dire les circonstances de leur naissance et de leur mort, prouvent une propension fâcheuse de la Nature à
assurer la subsistance de ses créatures aux dépens les unes des autres, — qui ne saurait avoir pour conséquence chez chacune d’entre elles que la douleur et les
passions.

Je veux bien que du point de vue de chaque être sa naissance et sa mort soient des événements presque négligeables, du moins dont la considération est pratiquement
négligée. J’accepte encore que pour toute mère enfanter dans la douleur soit une piètre punition, très rapidement oubliée.

Aussi n’est-ce pas de telles douleurs, ni celles qui sont dues à tels accidents ou maladies, qu’il serait juste de reprocher à la Nature, mais des douleurs autrement plus graves :
celles que provoque chez toute créature le sentiment de sa non-justification, celles par exemple chez l’homme qui le conduisent au suicide, celles chez les végétaux qui les
conduisent à leurs formes…

… Une apparence de calme, de sérénité, d’équilibre dans l’ensemble de la création, une perfection dans l’organisation de chaque créature qui peut laisser
supposer comme conséquence sa béatitude; mais un désordre inouï dans la distribution sur la surface du globe des espèces et des essences, d’incessants sacrifices, une
mutilation du possible, qui laissent aussi bien supposer ressentis les malheurs de la guerre et de l’anarchie : tout au premier abord dans la nature contribue à plonger l’observateur dans
une grave perplexité.

Il faut être juste. Rien n’explique, sinon une mégalomanie de création, la profusion d’individus accomplis de même type dans chaque espèce. Rien n’explique chez chaque
individu l’arrêt de la croissance : un équilibre? Mais alors pourquoi peu à peu se défait-il?

Et puis donc, aussi bien, qu’il est de nature de l’homme d’élever la voix au milieu de la foule des choses silencieuses, qu’il le fasse du moins parfois à leur propos…

Francis Ponge

COU DE SOLEIL


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COU DE SOLEIL

La trachée en soufflet clavicule ses épaules au rythme de la toupie de sa poitrine joueuse. Le petit chat est à la ficelle. Son Sacré-Coeur  culmine sur le tertre de la place que la pandémie nettoie des peintres pour autocaristes aux yeux bridés. Je funicule comme une salsa du démon. Tout propre de longs passages en bateau au lavoir, j’ébroue être. Un jardinier fantastique accompagné de son cheval à bascule et de son coq bleu. Ah c’est rose, Toulouse-Lautrec engrosse la Goulue, naîtra Nougaro le désossé. Les danseuses ont fendu leurs culottes pour un grand-écart en Edition Spéciale. C’est show au Moulin de la Galette. Les chapeaux volent et Mimi réclame des pinçons plein sa cage. Michou pédale dans l’ô de là. Ton cou sent le rayonnement des pores, je suis sur la crête de la fleur indienne avec laquelle tu flûtes pour ouvrir le panier de linge sale afin de redonner au jardin une fréquentation sans venin.

Niala-Loisobleu – 6 Mai 2020

L’URNE


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L’URNE

Sans fin regarder poindre une seconde nuit

A travers cet inerte bûcher lucide

Que ne tempère aucune production de cendres.

Mais la bouche à la fin, la bouche pleine de terre

Et de fureur,

Se souvient que c’est elle qui brûle

Et guide les berceaux sur le fleuve.

Jacques Dupin