L’HOME DE L’OMBRE


61029938327__A2D6800C-2704-483A-96AE-FEFAF1221F14

L’HOME DE L’OMBRE

Ils passent, repassent et trépassent en vivant

j’ai la couleur du tant

forte vitaminée

Des gens sont partout et plus sourds

et plus aveugles

mais qui savent tout sur tout

Allez cours petit cheval bleu sans sortir du champ poétique

dans l’ombre où ils te placent la lumière brille

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2020

OSIRIS OU LA FUITE EN EGYPTE


6ebee98ad72c32751e01b84f8774bd29

OSIRIS OU LA FUITE EN EGYPTE

C’est la guerre c’est l’été

Déjà l’été encore la guerre

Et la ville isolée désolée

Sourit sourit encore

Sourit sourit quand même

De son doux regard d’été

Sourit doucement à ceux qui s’aiment

C’est la guerre et c’est l’été

Un homme avec une femme

Marchent dans un musée

Leurs pas sont les seuls pas dans ce musée désert

Ce musée c’est le Louvre

Cette ville c’est Paris

Et la fraîcheur du monde

Est là tout endormie

Un gardien se réveille en entendant les pas

Appuie sur un bouton et retombe dans son rêve

Cependant qu’apparaît dans sa niche de pierre

La merveille de l’Egypte debout dans sa lumière

La statue d’Osiris vivante dans le bois mort

Vivante à faire mourir une nouvelle fois de plus

Toutes les idoles mortes des églises de Paris

Et les amants s’embrassent

Osiris les marie

Et puis rentre dans l’ombre

De sa vivante nuit.

Jacques Prévert

ROSE NOIR ET BLANC


e7059218265ae2c6a2b24814bf765857

ROSE NOIR ET BLANC

Ton sein gauche bat la mesure

le droit fait courir le chien pendant que l’oiseau au nid finit son vers

La ligne d’arbre borde le métier à tisser

et la laine tirée directement des moutons arrive du pré-salé

J’ai vu la queue-de-vache fouetter le charretier amenant sournoisement son tombereau de lisier

Arrivé sur mon cheval je l’ai mis au Jugement de d’Yeux

Misérable épopée de gueux rassemblés par la sorcière sortie de confinement en s’empressant de lâcher ses vipères à la surface respirable et sans danger. Drôle d’idée aile pour un envol lucratif que de charger un cochon d’aller faire l’article. Les boudhas obèses et adipeux ont toujours puer du culte

Il reste à tenir les enfants à l’abri des arrangements politiques. Vendre les siens pour de la garderie montre jusqu’où l’intérêt de bas étage peut aller

Trop de bleu dans l’âme  pour être assez stupide d’aller mettre mes doigts dans la fange porcine…

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2020

Une autre recension de L’EPOQUE 2018 par Patrick Devaux…


P1050759

Une autre recension de L’EPOQUE 2018 par Patrick Devaux…

 
4 MAI 2020 / BARBARASOLEIL / POSTER UN COMMENTAIRE / MODIFIER
C’est ici

Barbara Auzou, Les mots peints, peintures de Niala (Alain Denefle), éd. Traversées

Barbara Auzou, Les mots peints, peintures de Niala (Alain Denefle), éd. Traversées

L’époque 2018

Il y a entre les deux artistes en titre, outre une évidente complicité, une symbiose qui dépasse les entendements habituels de relations d’artistes.

On ne sait qui répond ou suit l’autre dans sa démarche tant ils font œuvre commune.

Pressentis dans une époque déterminée, les textes ont pourtant une consonance universelle dans leur de compréhension d’autrui en commençant par l’alter égo qui les occupe dans leurs échanges respectifs.

Barbara accompagne le moindre geste du peintre : « Je te trouverai absorbé dans l’intervalle/entre le geste et son intention/entre la beauté et son interrogation/ au cœur d’une lumière différée ».

C’est que la voix de la poète se fait écho de la recherche d’Absolu du peintre duquel, de visu, on devine bien les références sans qu’elles ne soient clairement énoncées.

Il y a sans doute prise de conscience de la poète dans le geste commencé ou fini de l’œuvre globale de l’artiste mis picturalement en évidence et sans doute, pour elle, une profonde recherche de ses propres repères essentiels : « Dans le secret de ma solitude arasée/ j’offrais le perchoir de mon poignet » suscitant l’accompagnement dans le geste du peintre.

Il se dégage de l’ensemble une douce sensualité quand « Elle abrite ce qu’on ne retient pas/ Aux draps du quotidien blême », en opposant la « fière citadelle des corps ».

Une sorte d’érotisme mental se dégage de l’œuvre commune dégageant une sorte de bleu ressemblant beaucoup à ceux du grand Chagall : « nous dansons sous des ciels qui voyagent/dévêtus sans hâte au paravent des nuages/ et sans la moindre crainte/ nous tendons loin des mains travailleuses ».

La ténacité d’être se révèle entre oiseaux, mer, couples bleutés dans des « jardins suspendus », suscitant un univers au-delà du conventionnel de tout un chacun, où les deux artistes ont trouvé leur concert d’être au monde. Car, en effet, il pourrait aussi s’agir de musique, un genre de flûte traversière qui passerait d’un monde à l’autre de ces deux artistes, vivant ensemble, une sorte de profonde solitude accompagnée : « Au bleu pavot du matin/ nous avons mis en dépôt dans nos mains/ jointes/ l’oiseau chaud de nos poumons/ nous promettant que son vol n’emprunte/ jamais la triste artère du commun ».

Entre « Mots Peints » et peintures écrites, le lecteur ne choisira sans doute pas, trop content d’approcher une certaine intimité étalée en douces mais puissantes rêveries qui donnent au texte une beauté couplée et lancinante.

Patrick Devaux

AUBE


Blaise Cendrars

AUBE

A l’aube je suis descendu au fond des machines

J’ai écouté pour une dernière fois la respiration profonde des pistons

Appuyé à la fragile main-courante de nickel j’ai senti pour une dernière fois cette sourde vibration des arbres de couche pénétrer en moi avec le relent des huiles
surchauffées et la tiédeur de la vapeur

Nous avons encore bu un verre le chef mécanicien cet homme tranquille et triste qui a un si beau sourire d’enfant et qui ne cause jamais et moi

Comme je sortais de chez lui le soleil sortait tout naturellement de la mer et chauffait déjà dur

Le ciel mauve n’avait pas un nuage

Et comme nous pointions sur
Santos notre sillage décrivait un grand arc-de-cercle miroitant sur la mer immobile

 

Blaise Cendrars