PROGRAMME


Louis Aragon

PROGRAMME

Au rendez-vous des assassins
Le sang et la peinture fraîche
Odeur du froid
On tue au dessert
Les bougies n’agiront pas assez
Nous aurons évidemment besoin de nos petits
outils
Le chef se masque
Velours des abstractions
Monsieur va sans doute au bal de l’Opéra
Tous les crimes se passent à La Muette
Et cœtera
Ils ne voient que l’argent à gagner Opossum
Ma bande réunit les plus grands noms de France
Bouquets de fleurs Abus de confiance
J’entraîne Paris dans mon déshonneur Course
Coup de Bourse
La perspective réjouit le cœur des complices
Machine infernale au sein d’un coquelicot
Ils ne s’enrichiront plus longtemps C’est à leur
tour
Étoile en journal des carreaux cassés
Je connais les points faibles des vilebrequins
mes camarades
On arrive à ses fins par la délation sans yeux
Le poison Bière mousseuse
Ou la trahison.
Celui-ci Pâture du cheval de bois
Je le livre à la police
Les autres se frottent les mains
Vous ne perdez rien pour attendre
Il y aura des sinistres sur mer cette nuit
Des attentats Des préoccupations
Sur les descentes de lit la mort coule en lacs
rouges
Encore deux amis avant d’arriver à mon frère
Il me regarde en souriant et je lui montre aussi
les dents
Lequel étranglera l’autre
La main dans la main

Tirerons-nous au sort le nom de la victime
L’agression nœud coulant
Celui qui parlait trépasse
Le meurtrier se relève et dit
Suicide
Fin du monde
Enroulement des drapeaux coquillages
Le flot ne rend pas ses vaisseaux
Secrets de goudron Torches
Fruit percé de trous Sifflet de plomb
Je rends le massacre inutile et renie
le passé vert et blanc pour le plaisir
Je mets au concours l’anarchie
dans toutes les librairies et gares.

Extrait de:

Feu de joie (1920)

Louis Aragon

ET MOUVANTE


de kooning- woman 1952

ET MOUVANTE

 

Le saut soudain des choses

l’ange à la porte frappe 

tu ouvres

un abominable noir des neiges te bouscule

Etrange

me revient un voisinage à Aulnay-sous-Bois

c’était les années 50

Comme quoi …

 

Niala-Loisobleu – 25 Avril 2020

 

André Laude, né le 3 mars 1936 à Paris où il est mort le 24 juin 1995, est un poète et journaliste français.

On a écrit d’André Laude qu’il était un « soleil noir de la poésie ». Noir d’une existence. Noir du refus anarchiste de se soumettre. Noir du désespoir qui a souvent accompagné son existence et qui a contribué à sa fin. Soleil de la révolte qu’il a toujours porté très haut. Soleil de l’éclairage qu’il a donné de l’œuvre des autres : amis et compagnons trop méconnus, artistes emprisonnés et bâillonnés. Soleil des mots qu’il a aimés.

André Laude n’avait qu’une seule passion : la poésie. Il connaissait des milliers de vers par cœur et était à lui tout seul une anthologie. Voici ce qu’il en disait :

« L’activité poétique pour moi a toujours été liée à l’expérience vécue. J’ai toujours eu pour objectif de rapprocher l’expérience vécue du texte écrit. Je ne conçois pas une poésie qui soit seulement le produit d’une activité mentale. Elle est le produit d’une activité générale qui met en cause l’esprit, les sens, le sexe, la peau, et aussi l’histoire de l’individu, l’histoire collective. Toute mon expérience poétique s’articule autour de cette perspective : la poésie doit changer la vie.  »

L’engagement poétique de Laude c’est la volonté de bouleverser l’ordre établi. Ordre social et ordre culturel. Il fera ses apprentissages de poète dans la mouvance du groupe surréaliste des années 1950, puis tous ses engagements à caractère politique appartiendront à des courants d’ultra gauche : mouvement anarchiste, marxistes révolutionnaires et autres groupes d’extrême gauche. Il fut également un compagnon de route des situationnistes durant de nombreuses années. Il se revendiquera toujours comme un poète révolutionnaire qui prône le désordre contre l’aliénation et l’exploitation. Par là il redonne à la poésie engagée des lettres de noblesse. Celles qu’avaient su lui donner les poètes lorsqu’ils mêlaient dans leur existence, l’écriture, la littérature et l’aventure politique ou journalistique.

Dans le langage il perçoit encore l’aliénation de la culture dominante et il veut y insuffler sa violence pour tenter de donner aux mots ce qu’il pense être leur vrai sens. Alain Bosquet a écrit : « La vertu exceptionnelle d’André Laude est précisément, malgré la brutale clarté de ses textes, de leur garder une charge d’enchantement, de mélodie et de pureté intacte. Le message passe chaque fois, non point parce qu’il est un message, mais parce qu’il en dépasse la portée immédiate. (…) Une sorte de sourde magie et perfection artisanale y sont pour beaucoup. »

Des mots pour tout dire. Dire l’amitié. Dire la ville, particulièrement celles de certains quartiers de Paris. Dire la mémoire qui pour lui se référait à l’Occitanie et à la Bretagne, civilisations dont il s’est toujours réclamé parlant de quête et de civilisations natales pour lui. Dire aussi le monde hispanique qui fut toujours très important dans son univers.

Sa poésie exprime en permanence une révolte dans laquelle il s’est tant engagé qu’il en est mort. Serge Wellens saluera sa mort par ces mots : « Il mourut comme proscrit pour avoir été un trop parfait amant de la liberté. »

À la fin de l’année 2008, les éditions La Différence ont publié un volume regroupant l’intégralité de l’Œuvre poétique de André Laude. Cette édition est le fruit du travail d’un collectif de proches et d’amis à l’initiative de Yann Orveillon et Abdellatif Laâbi. « Ne pas oublier André Laude ! Ultrasubjectif et ultraengagé, avec cette langue d’objurgations et de violences qui se fait aussi bouleversante de dénuement personnel, il a souvent quelque chose de mystérieux dans ses alliances de mots,dans ses références. Et en même temps il écrit avec une pureté et une simplicité persuasives. » écrit Marie-Claire Bancquart sur le site Poezibao. Et Patrice Delbourg : « André Laude était un «riverain de la douleur» dont la voix incandescente et l’inquiétude couleur d’homme épousaient les hésitations de son rythme cardiaque. » dans le Nouvel Observateur.

( wikipedia )

Michel Pérelle écrivait : « Ce qui nous réjouit chez André Laude, c’est la fraîcheur, la spontanéité et son envoûtante petite musique. Il est sincère au-delà des mots, il ne s’embarrasse pas de vers mesurés, il dit tout, comme ça, à cru, et ça vibre, ça nous émeut. Voudrait-il écrire un méchant poème qu’il ne le pourrait pas. André est pauvre, malade, mais il n’est jamais amer. Il a l’orgueil des grands : la grâce. Ne nous y trompons pas, il sait tirer à boulets rouges (et noirs) sur la saloperie des hommes. Il est du Sud (Occitanie) mais il est né et vit à Paris, et il a hérité de la « douleur polonaise ». Il sait, dans le Grand Nord, apprivoiser la ronde des loups, et, au Mexique, faire chanter les veuves noires. D’aucuns diront qu’il y a quelque naïveté à écrire, par exemple des journaux de voyages. D’aucuns diront qu’au fond de son désespoir, il est furieusement optimiste comme les grands révoltés. Qu’il sait que l’Humanité renaîtra de ses cendres. »

.

 

 

si j’écris c’est pour que ma voix d’un bond d’amour

atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue

c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms.

(André Laude, Comme une blessure rapprochée du soleil, La pensée sauvage, 1979)

 

 Ainsi parlait André Laude, homme blessé, calciné, qui aura vainement tenté de changer le monde pour sauver les rêves. Mais ce monde est plus désenchanté que réenchanté et André Laude se sera brisé sur le granit des cynismes. De Cuba à Israël, de son don vers l’ouvert à ses blessures intimes, il a tout tenté, il a tout perdu, et il s’est naufragé intérieurement. Et lui le poète est mort, suprême dérision, lors du marché de la poésie.

 

Toujours enclos dans ses nostalgies lendemains qui chantent, il n’aura pu attendre ni l’aube, ni l’homme.

 

Malgré ses lassitudes, ses abandons il écrivait pour que sa voix nous parvienne par-dessus les illusions. De ses rêves de paix israélo-palestinien, de Shalom à Salam il aura pu voir le rouleau compresseur du réel bafouait ses utopies. Et le cauchemar des murs est bien dressé encore maintenant, dru et plus haut que le ciel. Ses bonds d’amour n’auront pas troublé la froide et lisse surface des consciences.

 

D’André Laude il ne reste que des traces et quelques amis qui maintiennent la lampe allumée. André Laude, ses laudes à lui furent des cris d’écorché contre les injustices, des javelots contre la bêtise. Certes l’ennemi est toujours debout, mais Laude est toujours vivant….( Gil Pressnitzer sur http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/laude/laude.html )

 

 

Par lui nous pouvons dire :

laude,,

 

 

« …Nous sommes à jamais présents au monde

logiquement situés entre la mer et le soleil les nuages

et les moissons. »

 

 

 

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D’IRIS EN IRIS, PASSE ET REVIENS


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D’IRIS EN IRIS, PASSE ET REVIENS

 

Ciel et ses seins

Ronde lumière

L’arc-en-ciel au spectre enfante blanc

 

Alors les barreaux ne peuvent garder Vincent muet

l’oiseau bleu

nidifie son ventre par la toile

 

Au bout des Alyscamps

la nécropole

ouvre la maison jaune

 

Ex-Voto: Je t’aime, tais-toi

se met en vitrine

comme un cri d’Arles

 

Niala-Loisobleu – 25 Avril 2020

 

 

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