LA MAIN GAUCHE


LA MAIN GAUCHE

 

Suspendu, un châssis dénudé de lin pense au temps des toiles en étendue. Les tubes secs comme des pages blanches traînent parmi les morceaux de craies, des fusains sur lesquels une police scientifique identifierait les empreintes, portes-plumes, mines de plomb , critérium Caran-d’Aches, une odeur d’alcool reste au fond de quelques verts renversés par une grisaille psychologique

Ils marchent les yeux dans les yeux

Le lapin chasseur aurait du me rappeler mon père, son humour et son esprit enchanteur dès l’aube en train d’éplucher l’itinéraire qui le conduirait à sa prochaine aquarelle. Hélas il m’a échappé des doigts quand du terrier j’ai aperçu sortir la vilaine bête. La glu des oiseleurs traque l’oiseau

Un service militaire prolongé bien au-delà du temps réglementaire devait m’apprendre à déminer entre deux constructions de pont fluvial. De quoi rire vu la quantité d’explosif que mes chemins gardent, mèche allumée

En perdant le manuscrit de la dernière chanson, le cheval a perdu son aspect ventriloque. Les sabots ne sont pas parvenus à rejoindre le kiosque à musique du jardin public. Pas plus que la queue du Mickey du manège en place contre le Guignol

Et devant la mer la rose des sables est venue tout droit de Taïwan dans l’étal du marchand de souvenirs

L’enfant s’est vu grandir

Il a pris peur

Comme au temps où il a été puni d’écrire à la main gauche…

Niala-Loisobleu – 19 Avril 2020

A LA FIN DE L’ANNÉE


 

elena shumakher

 

 

A LA FIN DE L’ANNÉE

Nous avançons toujours

Un fleuve plus épais qu’une grasse prairie

Nous vivons d’un seul jet

Nous sommes du bon port

Le bois qui va sur l’eau l’arbre qui file droit
Tout marché de raison bâclé conclu s’oublie
Où nous arrêterons-nous
Notre poids immobile creuse notre chemin

Au loin les fleurs fanées des vacances d’autrui

Un rien de paysage suffisant

Les prisons de la liberté s’effacent

Nous avons à jamais

Laissé derrière nous l’espoir qui se consume

Dans une ville pétrie de chair et de misère

De tyrannie

La paupière du soleil s’abaisse sur ton visage

Un rideau doux comme ta peau

Une aile salubre une végétation

Plus transparente que la lune du matin

Nos baisers et nos mains au niveau de nous-mêmes

Tout au-delà ruiné

La jeunesse en amande se dénude et rêve

L’herbe se relève en sourdine

Sur d’innocentes nappes de petite terre

Premier dernière ardoise et craie
Fer et rouille seul à seule
Enlacés au rayon debout
Qui va comme un aveu Écorce et source redressée
L’un à l’autre dans le présent
Toute brume chassée
Deux autour de leur ardeur
Joints par des lieues et des années

Notre ombre n’éteint pas le feu
Nous nous perpétuons.

Au-dessous des sommets

Nos yeux ferment les fenêtres

Nous ne craignons pas la paix de l’hiver

Les quatre murs éteints par notre intimité

Quatre murs sur la terre

Le plancher le plafond

Sont des cibles faciles et rompues

A ton image alerte que j’ai dispersée

Et qui m’est toujours revenue

Un monotone abri
Un décor de partout

Mais c’est ici qu’en ce moment
Commencent et finissent nos voyages
Les meilleures folies
C’est ici que nous défendons notre vie
Que nous cherchons le monde

Un pic écervelé aux nuages fuyants au sourire éternel
Dans leurs cages les lacs au fond des trous la pluie
Le vent sa longue langue et les anneaux de la fraîcheur

La verdure et la chair des femmes au printemps
La plus belle est un baume elle incline au repos
Dans des jardins tout neufs amortis d’ombres tendres
Leur mère est une feuille
Luisante et nue comme un linge mouillé

Les plaines et les toits de neige et les tropiques luxueux
Les façons d’être du ciel changeant
Au fil des chevelures

Et toujours un seul couple uni par un seul vêtement

Par le même désir

Couché aux pieds de son reflet

Un couple illimité.

 

Paul Eluard
 

RECRIER POUR QUITTER PANDEMIE 7


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RECRIER POUR QUITTER PANDEMIE 7

ENTRELACS

 

C’est un Dimanche, encore matinal

un volet ouvert donne un peu d’oiseau libre

S’envolent des serments de mains

Sur l’appui de fenêtre où des géraniums, fût un temps,  sont venus s’asseoir, une terre cuite rêve de figures indiennes qu’elle a en tête. La Plaza  de la Constitucion  « Zocalo » de Mexico, sort d’un voyage, la cathédrale Métropolitaine de la Très Sainte Vierge Marie se fait diffuse entre le bruit de la circulation et les effets de la pollution. Ses pierres grises s’étalent sur les cinq nefs et les 16 chapelles latérales, comme pour évangéliser  l’ancien Templo Mayor que les Aztèques avaient érigés là en l’honneur de leur dieu Xipe. combattu par Cortès, le conquistador exécuteur. La guitare est restée allongée sur le hamac. Elle se balance sur une aventure  de révolution solaire. L’eau chante dans la fontaine  et perle sur le buste de la cruche.

Tes seins ruissellent.

Alors que tes pieds nus ont laissé leur marque sur mon corps quand tu m’as traversé de ta lettre écrite sur papier. J’ai vu un peu de blanc dépasser de ton sac à main pendant que tu tournais le mouton dans le tagine. Etrange et envoûtant assemblage de parfums.

Le chien est resté calme pendant que tu trempais ton doigt dans ton petit-déjeuner.

Il sait qu’il faut te laisser seule. Un rite est un rite.

La radio s’est tue quand le cheval est entré dans la cuisine pour se mettre au piano. Un jour de belle mer faut croire que ça l’inspire à voir comme il donne de la voix. Sur la table le couvert s’est mis à applaudir. Il fait un vent qui demande à ouvrir. Les bruits qui se lèvent resteront en dehors de la conversation. Quelque chose d’espéré prend forme. Le prochain voyage en attisera les besoins.

La guitare vient démettre un son.

Du tableau la montagne accouche, tu souris. Ces couleurs ont quelque chose d’une robe de Frida. Sans le corset. Elle s’est déplissée des douleurs, en passant par le pays occitan un jour de Juillet tout proche; que l’humide de la pierre allait poser pour la première fois sur le départ de la flèche.

Niala-Loisobleu – 29 Avril 2018