Jacques Brel – Je suis un soir d’été


Je suis un soir d’été

Jacques Brel

Et la sous-préfecture
Fête la sous-préfète
Sous le lustre à facettes
Il pleut des orangeades
Et des champagnes tièdes
Et des propos glacés
Des femelles maussades
De fonctionnarisés
Je suis un soir d’été
Aux fenêtres ouvertes
Les dîneurs familiaux
Repoussent leurs assiettes
Et disent qu’il fait chaud
Les hommes lancent des rots
De chevaliers teutons
Les nappes tombent en miettes
Par-dessus les balcons
Je suis un soir d’été
Aux terrasses brouillées
Quelques buveurs humides
Parlent de haridelles
Et de vieilles perfides
C’est l’heure où les bretelles
Soutiennent le présent
Des passants répandus
Et des alcoolisants
Je suis un soir d’été
De lourdes amoureuses
Aux odeurs de cuisine
Promènent leur poitrine
Sur les flancs de la Meuse
Il leur manque un soldat
Pour que l’été…

 

 

 

 

 

 

RECRIER POUR QUITTER PANDEMIE 1


 

RECRIER POUR QUITTER PANDEMIE 1

 

 

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CES GOUTTES A LA SOIF INASSOUVIE

 

Le canal se borde et ne peuplier

un chaland chargé d’état d’âme se tire comme un batelier  au lé

sur la tête d’une armoire sans pharmacie, un vol d’oies sauvages appelle à s’y joindre.

Devant cet ocre qui court sur les hanches de la colline quelques pensées font devanture de chrysanthèmes autour d’un jardin d’enfants. A pigeon vole. La coulée verte se répand sous tes fesses devant le chien qui tient garde pendant que la main ligne de vie, un doigt dans l’encrier, un autre sur la palette, l’accordéon tord ses reins en pulsions fertiles le long de nos rues, sa courbe de parturiente met au monde un air respirable.

Les tâches qui te retiennent ne parviennent pas à mettre en marge un programme qui dérange, la mer devant la porte ne montre que l’étal exhibitionniste du port, richesses qui ne savent même rien d’autre que s’accrocher à quai, alors que notre pauvreté nous procure l’art de naviguer en pénétrable. Le sémaphore devant la côte sauvage nous guide nus sans que le froid ne nous sommes de retourner au show d’une vie pleine d’un quotidien ordinaire grouillant d’indifférence. Nous sommes tellement l’un de l’autre que la proximité ne peut user notre partage. A voir de loin rapproche comme ne peut savoir ce qui compresse de faux transport métropolitain.

Les planches de bois flotté ont noyé les cris inhumains du débit arboricole des scieries. La montagne téléféérique panoramise les baies fruitées  qui sentent la garrigue et le poil de l’animal qui y jouit, le corps encorné au mouvement éternel d’un levé de poussières.

Entends ce cri qui n’est que le rebond de la nuit des temps, nous sommes d’ailleurs…

 

Niala-Loisobleu – 1er Novembre 2018

ÉQUIPAGES


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ÉQUIPAGES

 

Dans un monde clos et clair
Sans océan ni rivières,
Une nef cherche la mer
De l’étrave qui résiste
Mal aux caresses de l’air,
Elle avance sur l’horreur

De demeurer immobile
Sans que sa voile fragile

En tire un peu de bonheur.

Ses flancs ne sont pas mouillés

Par l’eau saline impossible

Et les dauphins familiers

Lentement imaginés

Ne le prennent pas pour cible.

Son équipage figé
Attend le long de la lisse
Que l’océan se déclare
Et que l’heure soit propice.

Si l’on regarde de près
Chaque marin tour à tour
On voit d’année en année
Que chacun de ces visages,
Mieux que s’ils étaient de pierre,
Ne vieillit pas d’un seul jour.

Mais un navire identique

Vogue sur le
Pacifique

Avec de pareils marins,

Mais ils vivent, vont et viennent

Et chacun a son travail,

L’un monte au mât de misaine,

Un autre à la passerelle

Se penche sur le sextant

Et voici de vrais dauphins

Sous les yeux du
Capitaine

Parmi l’écume marine

Qui chante d’être elle-même.

Jules Supervielle

AU COEUR DE MON JARDIN


 

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AU COEUR DE MON JARDIN

 

Des musiques à la traverse portées par des voiles de toutes couleurs vont autour de l’appontement central

C’est chaud de l’intérieur, l’air que l’âge garde au point de départ

Vivant sorti de combien de batailles toujours en embuscades

L’Histoire redit les paroles  au présent sourd que je répète de plus en plus fort, plus le bout se rapproche

Maintenant que je sais où trouver

l’avion, l’auto, le bateau, le train restent à quai sans  savoir quand les voies DEPARTS rouvriront en gare

Alors puisqu’on dit que c’est Pâques je monte au ciel et m’envole des morts au coeur du jardin du vivant

 

Niala-Loisobleu – 12 Avril 2020

 

CHANSON DU MOIS DE MAI


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CHANSON DU MOIS DE MAI

L’âne le roi et moi

Nous serons morts demain

L’âne de faim

Le roi d’ennui

Et moi d’amour

Un doigt de craie

Sur l’ardoise des jours

Trace nos noms

Et le vent dans les peupliers

Nous nomme

Ane
Roi
Homme

Soleil de
Chiffon noir

Déjà nos noms sont effacés

Eau fraîche des
Herbages

Sable des
Sabliers

Rose du
Rosier rouge

Chemin des Écoliers

L’âne le roi et moi

Nous serons morts demain

L’âne de faim

Le roi d’ennui

Et moi d’amour

Au mois de mai

La vie est une cerise
La mort est un noyau
L’amour un cerisier.

Jacques Prévert