FOI GRASSE


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FOI GRASSE

 

Les feuilles jaunes du sourire saturé d’eau, sous la mousse que mangent les pierres opiniâtres à peine si on devine le passage de la clé du remontoir à pendule. A force, le frottement des poils de barbe arrivera à enflammer le bâtonnet d’encens. Les temples alors allumeront le couché sur les ors collés par les pauvres sur leurs dôme. Le fleuve restera au lit sans déborder. Et les planches espacées sur le pilotis du pont regarderont l’orange des bonzes se presser. Beaucoup plus loin qu’un appel interplanétaire un dernier oiseau de la forêt martyrisée tournera au dessus des pillards d’oxygène. Je sais , ta peau est assez percutante pour que j’entende tes allées et venues au tableau, ton vouloir donner ; combien tu as refusé de ne pas croire à l’espoir d’instruire un meilleur monde. Ici les restes de l’enfilade d’une voie antique ont montré son avance poétique, ce qui n’a rien pu faire contre la venue de colonels dans une dictature endémique. Du chantier gagnant les marchés apportant du travail soulèvent l’approbation. En sortiront des bateaux monstrueux  où embarqueront des ruées touristiques pour polluer des lieux d’état sauvage pas encore choisis par la jet set. Notre père le grand singe ne peut prier pour nous, on lui a piqué son étole. La culture de cette absurde volonté de gagner à détruire par la mondialisation, diplôme les pires trafiquants en reconnaissant le narcotique d’utilité publique tant il colle au système. L’enfant que je suis garde son rêve authentique, ne le confondant pas avec l’artificiel fléau totalement incapable de rendre heureux. Je ne vieillirais jamais, pas parce qu’il est trop tard, mais parce que j’ai choisi d’être lucide pour vivre mon rêve absolu depuis le début. Aimer, être aimé c’est comme dans les contes de réalité.

Niala-Loisobleu – 12 Mars 2020

 

2 réflexions sur “FOI GRASSE

    • BOUCHE A FEU

      C’est dans le trou le manque

      l’évidement évidemment

      l’évidement intérieur qui creuse

      jusqu’au boulet tassé contre la poudre,

      c’est dans le vide cerclé de bronze

      là où devrait naître un grand poème

      un grand tonnerre parodique

      une grande fureur tragique

      bien à l’étiage de ce temps-ci

      où des orgues de neuve barbarie

      imposent d’ignobles requiems,

      c’est dans le doute ne pas s’abstenir

      et dans la bouffonnerie oser

      porter la voix en altitude

      la voix au-dessus de soi

      comme un tourment qui danse,

      c’est dans l’absence marquer le cri

      au fer rouge la souffrance

      avec ses yeux plus grands que le ventre

      et qui sait qu’il n’est que de tourner le dos

      pour boire un peu de sang,

      c’est à bout de silence la blessure

      presqu’une honte à dire ce qui est

      dans les mots et le monde dans le moule des morts la morale des marchands,

      l’âme se trouve à la bouche des canons

      au passage du feu du souffle du plomb

      au centre noir d’une atroce lumière

      pareille à un désir muré

      à une plainte sous l’aubier

      à une source dévoyée

      pareille à l’ombre d’un soleil en songe

      que nul ne verra plus,

      qui parle en ton nom se trahit

      qui semble t’ignorer se renie doublement

      rien n’est aussi cruel que ta parure ton leurre

      cet appelant à faire hurler ou rire

      brûler aimer mordre ou maudire

      cet appelant sans miroir ni crécelle

      cet appelant sans appel

      mais qui jette sous le ciel

      une brèche violente,

      tu n’es qu’un principe de néant

      un évident vertige à la conquête

      du dedans des résonances sous la peau

      de ce qui vibre et ment

      de ce qui vit en aimant

      de ce qui se lève dans le corps de la nuit

      tu es ce qui ne peut être

      tu es ce que l’on dément

      tu es tout ce que l’on nie,

      île d’insomnie sur le vieil océan marque de sable contre les dents

      il est de l’autre côté de la page

      un murmure à bout de sens

      un arc-en-ciel en terre en friche

      une errance de couleurs et de sons

      une incantation d’espace un diapason,

      l’éclair là qui dure et signe

      la chute de reins de l’horizon

      la courbe nue du violoncelle

      une passion où se déchaîne

      si fragile le regard nécessaire

      la part sensible de l’invisible,

      on peut chemin sans croix

      gravir par défi et plaisir

      les pentes du mont
      Sabir

      tout en armant son pas

      à mille lieues de
      Ta’izz

      ne plus parler langue raisonnable

      ne plus mâcher écorce de syllabes

      et cracher tout son qat

      et taire toute voix

      entendre par-devers soi la houle

      d’outre-Levant le secret

      d’avancer sans croire à l’outre-cime

      et marcher à l’oreille comme d’autres à l’énergie,

      lutte résonne comme l’accord

      des deux mains du potier

      du pêcheur qui brise une tortue marine

      ou de cette manière de lutin

      que les ongles caressent et qui n’est

      que de corde et de bois,

      lutin des déserts

      des cours des quatre coins du monde

      lutin exilé nomade ou troubadour

      pandura sitar dombra guitare de lune

      pi’pa biwa guembri vihuela damano

      métamorphose du même dans toutes ses solitudes

      c’est deux planches entre les bras

      qui mettent on ne sait quoi en feu

      on ne sait quoi en fuite

      et de l’aube sur les fleurs du temps,

      c’est sous le pied droit du chevalet

      moins que rien entre table et fond

      une écharde de fibre grossière un écart

      où s’éveille un état d’effraction

      une âme qui n’a pas

      de place réservée d’ancrage ni d’attache

      et qu’un outil d’acier très fin deux fois courbé

      guide à l’aveuglette n’écoutant que le son

      l’écho plus que parfait d’un nom

      de falaise hantée,

      luth violon alto contrebasse

      peu de sapin d’érable d’ébène

      peu de boyau peu de crin

      et tant de sortilèges

      d’alcools espérés de visages de tempêtes

      de fortunes perdues d’ascèses retrouvées

      d’éclats de chair de nerf de songe

      de partage insensé et d’accueil prodigue

      quelque chose qui tient d’une folle majesté

      quelque chose qui vient plus magicien que nous

      ouvrir avec un double un accès au sublime,

      en ré mineur le quatuor

      dit plus qu’il n’est possible

      comme si se pouvait vivre une vie négative

      un amour trop fort qui couvrirait la mort

      d’alertes et d’alarmes et de baisers sans âge,

      la jeune fille est passée qui passe

      dans l’absolu des choses —

      pas de salut quand elle vient

      ni d’adieu quand elle part

      car elle ne vient jamais quand elle vient

      car elle ne part jamais quand elle part –

      la jeune fille est passée qui passe

      dans l’absolu des corps

      l’absolu périssable l’harmonie et encore

      à renaître à renaître

      André Velter

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