L’EPOQUE 2020/9: LES EAUX FŒTALES


L’EPOQUE 2020/9: LES EAUX FŒTALES

 

 

Après les Époques 2018 et 2019, voici le neuvième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : EAUX FŒTALES  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

 

les eaux foetales

 

L’EPOQUE 2020/9 « EAUX FOETALES » Niala Acrylique s/toile 50×50

 

 

Les bêtes de nos songes

Longtemps jetées dans la lutte

Se sont humées comme on devine

Le musc embusqué derrière un bosquet

Chante la foret du sang que tout ronge

Chante l’oiseau de nos yeux désormais

Nous rêvons tellement mieux

Depuis que nous rêvons par la peau

Que des grappes d’enfants

Pourvus d’une belle intelligence

Le ventre vidé des pâtures marines

Glissent doucement sur la toile

Avec leur désir de tout dire

De tout aimer  Regarde-les

Ils ont cette démarche pure

De roses lentes rassurées

À la robe et au vin d’un remblai fauve

 

 

Barbara Auzou.

ACCOMPLISSEMENT SPIRITUEL


Image

ACCOMPLISSEMENT SPIRITUEL

Un soleil coiffe le jardin

Chapeau à plume garni du fruit voulu

Elle s’est offerte à la terre fendue

d’un claquement d’ailes

de l’eau au creux des paumes

avec de l’air à pleine haleine

Portant ses seins à nourrir en tenant son ventre à deux mains

pas comme une prière

comme un acte volontaire

Les yeux sans lâcher l’image d’une maternité en robe de mariée

laissant le cheval tirer les sillons pour seul cortège

larges ailes déployées l’accordéon mis dans l’arbre

au ramassage de la lumière debout

Du chien les oreilles en bordure du chemin

jusqu’au bout de la peau des caisses de résonance

horloges plus jamais disjointes la marée écume l’Esprit de suite

Niala-Loisobleu – 31 Mars 2020

CE QUE DIT TON REGARD PUISANT DANS L’ARIDE


Expressive Color-Filled Portraits of Friends and Family by Hope Gangloff | Colossal

CE QUE DIT TON REGARD PUISANT DANS L’ARIDE

L’herbe comme une plage au bout du chant

les fourmis dans les jambes, quelques braises en miettes pour le bec de la salamandre

et à l’appui d’un irrépressible besoin l’élasticité de tes seins me faisant fronde pour une révolte contre se qui retient

Donner aux fleurs du fruitier la force de parvenir au panier

Contre la lame de l’étrave mettre la vague à franchir

Les îles aux oiseaux sont rondes à naître de nouveau comme la figue fraîche ne veut pas être réduite au mendiant

Qui parle de printemps tend ses fenêtres aux terrasses des cultures

Une maison sans sortir oui à condition d’adduction artésienne à ton puits et dans le m’aime panorama

Niala-Loisobleu – 31 Mars 2020

POUR MIEUX AIMER A IRÈNE HAMO


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POUR MIEUX AIMER A IRÈNE HAMOIR

 

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place encore pour un duel désespéré

et pour la fuite éperdue d’une gazelle

dans les savanes du rêve

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place toujours pour une femme

prisonnière dans la cloche de cristal

qui sonne son temps d’être perdue

et d’être aimée

chaque fois que ses seins se mettent à luire

comme des cibles de phosphore

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place pour un lit de corail

toujours sanglant sous le baiser de l’œil

et pour un échafaud de papier rouge

il y a place encore

pour les corolles de la solitude

bouquet qui se fane dans un soleil d’arrière-saison

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place pour une statue aux vaincus

refusant de civiliser les vainqueurs

et pour une grande avenue de marbre noir

se perdant dans les sables de l’avenir

Il y a place encore pour un musée

qui n’ouvre que la nuit

avec ses fantômes assermentés qui trichent au poker

et des souris d’hôtel fuyant dans les galeries

en maillot noir

collant comme le vice

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place encore et toujours

pour un décor d’intempéries mentales

comme la pluie rouge d’angoisse

l’orage des prédestinations

pour un trou mutilé

faisant figure de symbole

et pour quelques reproductions légères

dans le goût triomphant du jour

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place pour un alibi d’épave

un cimetière de rire

pour un faux timbre-poste

un vrai clou un nénuphar

il y a place enfin et toujours

pour tous les cataclysmes naturels sexuels et sociaux

qui font un levain de révolte

de la sciure de cadavre

 

 

5 septembre 1941

 

Ai Chavêe

MARQUE-ETAGE


The Ugly Princess (c. 1902). Eleanor Fortescue Brickdale (English, 1871-1945).    Inspired by a poem by Charles Kingsley

MARQUE-ETAGE

 

 

Les toits frissonnent

Des fumées qui restent la chair a gardé le saur

Par où tu montes l’oiseau mesure l’altitude

Les pierres ont sucé le fer de lance des assauts

Par un soir de soleil couchant remplissant le compotier

J’ai vu l’arbre fruitier assembler le bois de lit de notre chambre

Au chevet sur la page ouverte vivent les branches de nos lunettes

Dans la carafe j’aime entendre le bruit du seau descendant au puits

Pendant que le livre d’images ramasse les fruit tombés

Niala-Loisobleu – 29 Mars 2020

 

PLENITUDE


Magnolia: Paintings of Safwan Dahool

 

PLENITUDE

 

L’orgasme est mercure

déversé il épouse entièrement les formes dans lesquelles il finit de tressauter

s’extrapole de la cavité

tient à l’envers, courbé, encore dressé, défiant les lois de l’architecture

le corps s’est abstrait

ton âme toute entière est apparue

plus visible

que tes formes

quand tu as profondément joui des yeux dans ma vue

 

Niala-Loisobleu – 29 Mars 2020

A CHANT PERSEE


Femme de pêcheur tricotant Henri Guinier (1867-1927)

A CHANT PERSEE

On entend plus la mer derrière la fenêtre du port

L’aiguille court à l’estran d’hier

Pique et pique et colle et graal

Mélusine est fermée

Dit le serin au perroquet

Charge ton feu étire à vue que je lui réponds

Mythe au logis ne perce que le moral rendu aux chaussettes

De fait elle me garda sa fleur

Pour me la coudre à bouton-pression…

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2020

À cet instant même (Ara mateix)


 

À cet instant même (Ara mateix)

 

À cet instant même, j’enfile cette aiguille
avec le fil d’un propos que je tais et je me mets à ravauder.
Aucun des miracles qu’annonçaient les très éminents prophètes
n’est advenu et les années défilent vite.
Du néant à si peu, toujours face au vent, quel long chemin d’angoisse et de silences.

Et nous en sommes là: mieux vaut le savoir et le dire,
les pieds bien sur terre et nous proclamer les héritiers d’un temps de doutes
et de renoncements où les bruits étouffent les paroles
et la vie en miroirs déformés.
Plaintes et complaintes ne servent à rien,
pas plus que cette touche d’indifférente mélancolie,
qui nous servent de gilet ou de cravate pour sortir.
Nous avons si peu et nous n’avons rien d’autre :
un espace concret d’histoire qui nous est octroyé,
et un minuscule territoire pour la vivre.

Redressons-nous encore une fois et faisons tous entendre
notre voix, solennelle et claire.
Crions qui nous sommes et tous l’entendrons.
Après tout que chacun s’habille comme bon lui semble, et en avant !
Car tout reste à faire et tout est possible.

Que cette sérénité soit claire en nous
qui fait résonner tant d’échos jusqu’alors impossibles.
Saisissons-la clairement et volontairement afin que nous emplisse
tout l’espace réel de cet instant même,
l’espace où le hasard ne doit pas être
où tout est vieux, et triste et nécessaire
Nous avons tourné la page depuis si longtemps,
et pourtant certains s’obstinent encore
à relire toujours le même passage.

Le secret c’est peut-être qu’il n’y a pas de secret
et que nous avons parcouru ce chemin tant de fois
qu’il ne saurait plus surprendre personne;
peut-être faudrait-il casser l’habitude en faisant un geste fou,
quelque action extraordinaire qui
renverserait le cours de l’histoire.
Peut-être aussi que nous ne savons pas su profiter
du peu que nous avons ici-bas: qui sait?

Qui donc à part nous – et chacun à notre tour –
pourrait créer à partir des limites d’aujourd’hui
ce domaine de lumière où tout vent s’exalte,
l’espace de vent où toute voix résonne?
Notre vie nous engage donc publiquement;
publiquement et avec toutes les indices.

Nous serons ce que nous voudrons être.
En vain fuyons-nous le feu même puisquei le feu nous justifie.

Très lentement la noria pivote sans fin,
et passent les années et passent les siècles, l’eau monte
jusqu’au plus haut sommet et, glorieusement, diffuse la clarté partout.
Très lentement alors et sans fin descendent les godets pour recueillir davantage d’eau.

L’histoire ainsi s’écrit. De le savoir
ne peut étonner ou décevoir personne.

Trop souvent nous regardons en arrière
et ce geste trahit notre angoisse et nos défaillances.
La nostalgie, vorace, trouble notre regard et glace au plus profond nos sentiments.
Entre toutes les solitudes, voilà bien la plus noire, la plus féroce, persistante et amère.

Il convient de le savoir comme il convient aussi
de penser à un avenir lumineux et possible.

Pas de levant éblouissant, pas de couchant solennel.
Mieux vaut savoir qu’il n’y a pas de grand mystère,
pas plus que d’oiseau aux ailes immenses pour nous sauver;
rien de tout ce que si souvent ont prophétisé
d’une voix insensible tant de noirs devins.

Posons une main sur l’autre, les années renforceront chacun de nos gestes.

Nous partagerons noblement, les mystères et les désirs secrètement enfouis en nous
dans l’espace de temps où l’on nous permettra de vivre.
Nous partagerons les projets et les soucis, les heurs et les malheurs,
et l’eau et la soif, avec grande dignité, et l’amour et le désamour.

C’est tout cela, et plus encore, que doit nous donner
la certitude secrète, la clarté désirée.

Ni lieu, ni noms, ni d’espace suffisant pour replanter la futaie,
pas plus que de fleuve qui remonte son cours et redresse notre corps au-delà de l’oubli.
Nous savons tous bien qu’il n’y a de champ libre
pour aucun retour ni sillon dans la mer à l’heure du danger.

Posons des jalons de pierre tout le long des chemins,
jalons concrets, de profond accomplissement.

Avec la clef du temps et une grande souffrance,
voilà comme nous pourrions gagner le combat
que nous livrons depuis si longtemps, intrépides.
Avec la clef du temps et peut-être seuls,
accumulant en chacun la force de tous et la projetant au-dehors.

Sillon après sillon sur la mer sans cesse recommencée,
pas après pas avec une volonté d’aurore.
Nous préservons du vent et de l’oubli.
l’intégrité de ces quelques espaces, ces
ambitions où nous nous sommes vus croître et lutter.
Et maintenant, quel sombre refus, quelle lâcheté
éteint l’ardeur d’une énergie renouvelée
qui nous faisait presque désirer la lutte?

Du fond des ans nous hèle, turbulente,
la lumière d’un temps d’espoir et de vigueur.

Nous changerons tous les silences en or et tous les mots en feu.
Dans la peau de ce retour s’accumule la pluie, et les efforts
effacent certains privilèges.
Lentement nous émergeons du grand puits sur les lierres,
et à l’abri d’un désastre.
Nous changeons la vieille douleur en amour
et, solennels, nous le léguons à l’histoire.

 

Miquel Marti i Pol

Le domaine de tous les domaines, adaptation libre à partir du texte révisé pour Lluis Llach, Ara mateix.