LE FIL ROUGE


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LE FIL ROUGE

 

On a monté le manège sur la place

déjà des badauds et une chanteuse de rue s’attroupent

chauds les marrons

-Je te ligote le nuage, dit-elle, mon ange vas-y vole.

-Aussi sec, lui-dis, je nage nu

Quand elle dénoue la cravate de mon col, j’aperçois le claquement des ailes qui applaudissent

et le chien qui lui remonte le col d’un dressement d’oreilles

Un écrivain public tente d’expliquer le maniement du pinceau

un train passe, les vaches restent

il va au Salon Agricole

 

Niala-Loisobleu – 23 Février 2020

Estrella Morente – Soleá


Estrella Morente – Soleá

Soleá

No hay nadie en este mundo
que te quiera más que yo
debajo tierra me meto
donde no me vea ni Dios
Por que te llamas Aurora
Que me acuesto a la raya del día
Si te llamaras Custodia
a la iglesia no saldría
Si te llamaras Custodia
a la iglesia no saldría
Te compro más camisas
Te compro más camisas
Y porque yo no visto altares
‘pa’ que otro diga misa
Ni te miro ni te hablo
ni te compro más camisas
La noche del barro cayó
la noche del barro cayó
la noche del barro cayó
la noche del barro
y en vez de salí desnuda
salió ‘vestia’ de blanco
y en vez de salí desnuda
salió ‘vestia’ de raso
Candelas del cielo
del cielo caigan candelas
y más candela
le caiga a tu mare encima
por tener malina lengua
Yo no me he muerto de pena
porque no supe sentir
y a mi corto entendimiento
le agradezco al vivir
yo no me he muerto de pena
porque no supe sentir

Soleá

 

 

Il n’y a personne dans ce monde
qui t’aime plus que moi
souterrain je reçois
où Dieu ne me voit pas
Pourquoi tu t’appelles Aurora
Que je reste au bord de la journée
Si vous vous appelez Garde
Je n’irais pas à l’église
Si vous vous appelez Garde
Je n’irais pas à l’église
Je t’achète plus de chemises
Je t’achète plus de chemises
Et parce que je n’ai pas vu d’autels
pour qu’un autre dise la messe
Je ne te regarde ni ne te parle
Je ne t’achète même plus de chemises
La nuit de la boue est tombée
la nuit de la boue est tombée
la nuit de la boue est tombée
la nuit de la boue
et au lieu de sortir nu
est sorti «habillé» de blanc
et au lieu de sortir nu
est sorti ‘portant’ du satin
Bougies du ciel
Des bougies tombent du ciel
et plus de bougie
Je suis tombé sur tes mers
pour avoir une mauvaise langue
Je ne suis pas mort de chagrin
parce que je ne savais pas comment me sentir
et à ma courte compréhension
Je vous remercie de vivre
Je ne suis pas mort de chagrin
parce que je ne savais pas comment me sentir

SEXY EST CELUI QUI SAIT – REFLETS DANS UN OEIL D’HOMM


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SEXY EST CELUI QUI SAIT – REFLETS DANS UN OEIL D’HOMME

 

Sexy est celui qui sait

Sait qui elle est, sous ses yeux de jais

C’est qu’il en est, de ces enjeux gais

Sait ce qu’il fait, en restant vrai

 

Il a capté ses traits
C’est qu’il en est
De ceux qui abordent le quai
Osé comme un pamphlet
Affuté comme un coquet
Armé de son pistolet
So sexy à souhait

 

Réveillez-vous, cadets,

soldats, petits minets,

Faites sauter les corsets

Rasez vos duvets

Allumez le feu follet

Musclez ce corps fluet

Ne restez pas muets

Montrez-vous indiscrets

 

Sexy est celui qui sait
Sait qui elle est

Derrière ses secrets

Réveillée au son des sifflets

Recherchant les sommets

Attirée par un timide toupet

Succombant à un air tristounet

Troublée par son reflet

Dans le regard de l’homme qui sait

 

Sexy est celui qui sait
Qui sait ce qu’elle fait

Sait qu’il en est

Mais qui elle est, qui sait?

 

Source : « Lovers » de Jarek Puczel

 

Inspiration : Nancy Huston, « Reflets dans un oeil d’homme »

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L’ANTI-TOI


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L’ANTI-TOI

A l’état de mante et dans son beau corps de corbeau et de tatou, l’homme hume et allume

 un pâle tourment nid, nid infini.

Mille tatous tatouages, mille tatouages couvrent d’un beau manteau d’ours et de loup, d’un beau manteau de velours lourd, sa serre, sa cervelle frêle et sauvage, mille tatouages mentaux
couvrent son cerveau de vautour :

l’étrange anneau d’une nourriture qui le noue et le mange, l’effroi du ‘ froid et du chaud qui le chasse et l’effrite, la poussière qui le pousse, qui le ronge, qui le hante, l’effort
de tourner vite, nu, inné et dément, de tourner inutilement dans un trou qui le songe et partage, et puis il y a l’efficace qui l’épuisé et l’efface devant l’absurde et
l’absence de toute essence paire, rixe instable, impaire, impérissable, de toute essence impérissable, sable mouvant, vent, or, or, rage nuancée, le muet et toi, et toi, toile
étoilée, sourde-muette» boîte vide, boiteuse, filante, lente et rapide sur l’écran de mon crâne tatoué à l’haleine de ma mère tatouée et
tuée à l’intérieur de mon dedans, mot dent, mordant mordu et tordu dans mes cris mentaux, dans mon crime mental, creux creuse creusé dans la peau de mon cerveau, en pleine
plaie terre, terreur et vertige de l’or, de l’or, de l’horreur de vie, de vivre comme les poux, comme l’époux de l’épouvante, en pleine mort vivante du mot, du monde mortel tel que la
vie de ce monde vide et immonde nous l’inflige.

Avec ses maux de tête, de traître, avec les maux, les mauvais coups qu’elle joue quelquefois au couple capital, la vie coupe une fois pour toutes, pour toujours, en petits maux, en
petits mots, en tous petits morceaux le corps fondamental du couple, cette mante démente du moi sous-souple et total et en fer, enferme le beau, le beau corps, le beau corbeau fondamental
mental du moi dans une cage métallique, lit métaphysique qui le rend fou, froid, prisme, prisonnier et mère, père périssable.

Mais les tatous qui sonnent, les tatous qui sont tous tâtés aux os par moi, les tatouages mentaux d’un zoo qui pousse dans mon anticerveau à moi, ce faux dément en rage
contre les maux, contre les mobiles qui me séparent de mon toi, qui se parent de ma bile à moi, qui se partagent abus abusif abusivement le moi et le toi à moi, rampent, plissent
et remplissent en moi la panse, la pensée dé déjà pensée et labile du toi et la remplacent par une pensée pensante, saillante, saignante, qui à son tour est
repensée dans une sorte d’autopensée errante, erratique, erotique et vie viol violemment absente.

Ainsi l’an, l’anti, l’antinomie mythe et vie écrit vite sur l’épée son nom d’épave qui sait, qui roule, qui s’écroule dans la vie, car les deux terres, les deux termes
de l’antinomie jouissent mais d’ici, dissimulant l’anti-anti, le trois, qui à son tour les simule en deçà ou d’ici, distançant ainsi encore plus la distance entre l’un,
elle, elle et l’autre.

Elle lance et contourne un évanouissement contractile tactile, contradictoirement tourné vers l’autre, et contre-balance un épanouissement expansif autour d’un front à
distance, rond, pensif, content, plat, actif et contemplatif.

Capturant l’essence du moi à ses vices, à ses viscères qui puisent tout, qui puisent toute leur haine, or, or et orme, toute leur énorme puissance d’un rêve
mâché par l’écho d’une bouche errante mais puissamment atta-quée-attachée au cordon d’ombre ombilical comme une bille qui glisse dans un beau bocal vide ou sombre, la
tour du moi tourne comme une bille, elle tourne tout doux douce doucement dans le tourbillon du ventre mental.

Et c’est à l’or du mot, hors, hors du monde dévot dévorant que la mante, c’est alors que la mante mord le corbeau dans son centre.

Avec émoi dans le cœur et la crainte solitaire de se taire à jamais derrière sa tête, le moi casse et anime le toi qui l’aimait et qui étale ainsi, étoile
éteinte et lointaine, toute une astronomie animale sur l’étreinte.

Au nom de l’antinomie frénétique et exquise, l’anti-toi est un tatou schizophrène et unique.

Ghérasim Luca