DE L’ALPHABET AU BÉTABET


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DE L’ALPHABET AU BÉTABET

De l’A au
B

Laobé tire la langue

(de pendue)

Dakar en «
Lumières de
Montagne »*

couteau* suspendu au-dessus de sa tête

Supérieur
Inconnu

La
Belle
Anonyme tire (la langue)

à l’arc (sans-cible)

Au cœur de «
Dakar »

Monsieur
K

vaque à ses affres

 

Ghérasim Luca

LÂCHE D’HIRONDELLES


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LÂCHE D’HIRONDELLES

Son vélo tenu par le guidon et le veston ouvert de face, voyant cette présence solaire et plein de bourgeons sur les arbres, il sentit comme une montée de sève. Ma foi, se dit-il, le printemps n’a pas d’âge, à preuve mon cheval comme il manifeste. Beau comme un papillon qui se meut au col de chemise, v’là un gaulois qui se veut pas la moustache Alésia. Il sort le carton d’hirondelles du placard et l’ouvre, ça vole de partout. On ne voit plus que du printemps. Etant donné qu’il n’y a plus que des téléphones portables, les fils perchoirs des routes de campagnes ont fondu. Alors il met ses oiseaux en favoris.

C’est vrai que cet homme est assez simple, mais l’imbécile heureux et Gulliver s’entendent les nains avec les autres. Liliput c’est l’île au trésor, mon cheval il adore. Bon voyage …

Niala-Loisobleu – 21 Février 2020

COURS-LES TOUTES


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COURS-LES TOUTES

A
Benjamin
Péret

 

 

Au cœur du territoire indien d’Oklahoma
Un homme assis

Dont l’œil est comme un chat qui tourne autour d’un pot de chiendent

Un homme cerné

Et par sa fenêtre

Le concile des divinités trompeuses inflexibles

Qui se lèvent chaque matin en plus grand nombre du

brouillard
Fées fâchées
Vierges à’ l’espagnole inscrites dans un étroit triangle

isocèle
Comètes fixes dont le vent décolore les cheveux

Le pétrole comme les cheveux d’Éléonore

Bouillonne au-dessus des continents

Et dans sa voix transparente

A perte de vue il y a des armées qui s’observent

Il y a des chants qui voyagent sous l’aile d’une lampe

Il y a aussi l’espoir d’aller si vite

Que dans tes yeux

Se mêlent au fil de la vitre les feuillages et les lumières

Au carrefour des routes nomades
Un homme

Autour de qui on a tracé un cercle
Comme autour d’une poule

Enseveli vivant dans le reflet des nappes bleues
Empilées à l’infini dans son armoire

Un homme à la tête cousue

Dans les bas du soleil couchant

Et dont les mains sont des poissons-coffres

Ce pays ressemble à une immense boîte de nuit
Avec ses femmes venues du bout du monde
Dont les épaules roulent les galets de toutes les mers
Les agences américaines n’ont pas oublié de pourvoir

à ces chefs indiens
Sur les terres desquels on a foré les puits
Et qui ne restent libres de se déplacer
Que dans les limites imposées par le traité de guerre

La richesse inutile

Les mille paupières de l’eau qui dort

Le curateur passe chaque mois

Il pose son gibus sur le lit recouvert d’un voile de flèches
Et de sa valise de phoque

Se répandent les derniers catalogues des manufactures
Ailés de la main qui les ouvrait et les fermait quand nous étions enfants

Une fois surtout une fois
C’était un catalogue d’automobiles
Présentant la voiture de mariée
Au speeder qui s’étend sur une dizaine de mètres
Pour la traîne
La voiture de grand peintre
Taillée dans un prisme
La voiture de gouverneur

Pareille à un oursin dont chaque épine est un lance-flammes

II y avait surtout

Une voiture noire rapide

Couronnée d’aigles de nacre

Et creusée sur toutes ses facettes de rinceaux de

cheminées de salon
Comme par les vagues

Un carrosse ne pouvant être mu que par l’éclair
Comme celui dans lequel erre les yeux fermés la

princesse
Acanthe
Une brouette géante toute en limaces grises
Et en langues de feu comme celle qui apparaît aux

heures fatales dans le jardin de la tour
Saint-Jacques
Un poisson rapide pris dans une algue et multipliant

les coups de queue

Une grande voiture d’apparat et de deuil

Pour la dernière promenade d’un saint empereur à

venir
De fantaisie
Qui démoderait la vie entière

Le doigt a désigné sans hésitation l’image glacée

Et depuis lors

L’homme à la crête de triton

A son volant de perles

Chaque soir vient border le lit de la déesse du mais

Je garde pour l’histoire poétique

Le nom de ce chef dépossédé qui est un peu le nôtre

De cet homme seul engagé dans le grand circuit

De cet homme superbement rouillé dans une machine

neuve
Qui met le vent en berne

Il s’appelle

Il porte le nom flamboyant de
Cours-les toutes

A la vie à la mort cours à la fois les deux lièvres

Cours ta chance qui est une volée de cloches de fête et

d’alarme
Cours les créatures de tes rêves qui défaillent rouées à

leurs jupons blancs
Cours la bague sans doigt
Cours la tête de l’avalanche

29 octobre 1938.

 

André Breton