TEMPO


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TEMPO

Soir qui tombe

Et songe qui se relève

Au pied du figuier l’odeur d’herbes chiffonnées s’étale

un chemisier gît à côté des fruits tombés

 L’après-midi habité a commencé tôt matin

Au loin le carrosse flambe

Nous resterons en corps ensemble

L’accordéon sort de derrière le rideau

Et la taille au flûtiau se cambre

Quelques fétus de paille tombés de la grange

Dans le hennissement équin

Quand de la corne le ventre s’ouvrit

La trompette débouchée remplit les vers de son air

Niala-Loisobleu – 9 Février 2020

Jacques Bertin/Des mains


Jacques Bertin/Des mains

Des mains
Pour partir au long cours
Comme des cheveux
Ou comme la vie
De belles mains
Sur la page ou la peau
De belles mains
Des mains de noblesse

Des mains
Comme sont toutes les mains

Des mains
Comme des veilleuses
Dans l’ombre naissant
Allant et venant
Des mains de lingères
Des mains
Comme veillant, les mains de mère

Des mains
Qui creusent des sillons
Dans la vie sans ombre
Des mains aveuglément
Qui suivent une passion
Des mains pour bâtir la maison
Comme mon père

Des mains
Comme des foules de mains
Qui viennent donner la main
Des mains
Comme des foules de mains
Appelant l’espoir et l’eau vive
Des mains
Comme des troupeaux de mains
Longeant la rive
Et t’accueillant dans ton lendemain
Sans limite

Des mains
Traçant les signes du pardon
Et puis se cherchant
Comme des paroles d’abandon
Des mains
Comme des voiles pour partir loin

Des mains
Comme des voiles pour partir loin, loin
Avec des yeux d’enfant dans l’horizon loin, loin
Des mains
Pour mon amour loin
Des mains pour ramener l’amour à la raison
Et le vagabond à la maison

 

 

VENT EN CHEMIN


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VENT EN CHEMIN

 

Troussée à n’en plus voir le clocher, la côte vole par dessus l’épaule de la plage

Soulevant les vagues par paquets

Les mouettes entachant le drap de noirs bouts d’ailes plongent dans le tourbillon des sorcières emballées

Ballet à ras des balayettes sur la pointe des pelles tentant de rattraper la poussière

Un lit est passé sans la chambre mais avec ses amoureux enlacés

Une paire de seins, deux oreilles, un nombril habitable, deux fesses bonnes à s’asseoir, un sourire franc du regard, un reste de garde-robe, un conseil de classe

Passent

Un merle s’en bat l’œil en sifflant…

Niala-Loisobleu – 09/02/20

 

ROUSSE HEUR


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ROUSSE HEUR

Tel un écho buage gagnant les territoires

la pelisse brûle d’un cardinal à l’autre

tordant  les pierres à fendre

Du haut du piton on voit Vénus

taper la cadence

ajoutant aux hanches

des clarinettes, du cuivre et des cordes à la corne des ongles

C’est l’heur du cracheur de feu, du jongleur, du montreur d’ours et des acrobates

on dispose les tréteaux autour des chariots pendant qu’on sert les rôts

Dans son arc de cercle la lune tient les chevaux avec peine,  cette constellation animiste libère le rut

Le raisin se presse aux peaux, Bacchus et sa bande en liesse prennent pied…

Niala-Loisobleu – 8 Février 2020

ÊROS SUSPENDU


René Char

 

 

ÊROS SUSPENDU

 

La nuit avait couvert la moitié de son parcours.
L’amas des cieux allait à cette seconde tenir en entier dans mon regard.
Je te vis, la première et la seule, divine femelle dans les sphères bouleversées.
Je déchirai ta robe d’infini, te ramenai nue sur mon sol.
L’humus mobile de la terre fut partout.

Nous volons, disent tes servantes, dans l’espace cruel, — au chant de ma trompette rouge.

René Char