VERS L’ETÉ


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VERS L’ETÉ

1

Les nuages se séparent
avec regrets

Les plaques de neige se fendillent
pour laisser perler un torrent

Sur les phylactères des montagnes
les anges calligraphient
des runes indéchiffrables

C’est sur leur partition qu’ils improvisent
mais nous n’entendons pas leur cantilène
seulement la soufflerie des orgues

La nuit se fait plus indulgente
il y a des aubes sans gelée blanche

Les étangs polissent leurs miroirs
la roue des paons s’irise
et se bronze

Les arcs-en-ciel proposent
à la haute couture des prairies
des nuanciers de satins
et de gemmes

Les cols se rouvrent
à la circulation

Une à une
dans les stations de ski
les remontées mécaniques
se taisent

Les cascades par contre
font éclater
leurs fanfares

les arbres
que l’on croyait encore
emmitouflés de flocons
nous surprennent
par leurs bouquets

Après les pruniers les cerisiers
après les poiriers les pommiers
une avers de pétales sur le trottoir

Les pissenlits sont si nombreux
qu’on ne voit plus le vert des prés
sous leur brocart

les petites orchidées
hissent leurs oriflammes
les digitales font la haie

Un faon s’est égaré sur la route

Après les jonquilles les iris
après les rhododendrons les hortensias

Les vaches sortent de leurs étables
les chevaux se roulent dans l’herbe

Le virevoltement d’une pie
d’un frêne à l’autre
le cajolement d’un geai
puisque c’est ainsi qu’il faut dire

Les anémones et les violettes
l’œil des renoncules
les petits œufs de la bruyère
les ancolies et les arums

La nef de la hêtraie
les arpèges de la sapinière

Des museaux humides
au ras du sol

Les brouillards matinaux
persistent dans les ravins

Glycines puis clématites
d’énormes gouttes de rosée
sur les parasols des capucines

Le tilleul répand
ses effluves de calme

Au bout du rameau de l’épicéa
de minuscules projets de cônes
rougissant de leur audace

Le cognassier du Japon
ajoute sa touche orange
au jaune serein des cytises

Une vergue de plus
aux mâts de la caravelle
un échelon de plus
à ses haubans

Un vent chaud se lève
qui ramasse dans les paumes de ses mains
toutes les productions pelucheuses
des graminées pour les disséminer
sur le plus hautes pentes
ou au plus profond des crevasses

On fauche le trèfle et la luzerne
une bouffée de parfum
vous cloue sur place

Des aboiements de chiens
de vallée en vallée

Le sentier a décidé
de nous faire une surprise
non seulement l’échappée
sur des cimes encore neigeuses
mais le faufilement d’une couleuvre

2

Les jeunes filles
entrouvent leurs manteaux
les abandonnent sur les bancs
des jardins publics
puis dans les maisons

Nuages de duvets
accrochés aux peupliers

Par leurs robes
et leurs sourires
elles rivalisent
avec les lilas
puis nous invitent
à venir cueillir avec elles
les premières baies
savourer le fruit
de l’arbre de la science
du bleu et du blanc

Une première rose

L’éclusier fait descendre
une péniche d’eau minérale

Voici déjà les groseilles
les cassis et les menues fraises
les myrtilles dans les sous-bois
on astique les bassines de cuivre
pour y transformer notre récolte en confitures

On trace son chemin
dans une jungle d’herbes

Le grand-père ingénieur
installe un petit moulin à aubes
dans une rigole

Piéride du choux paon du jour
tabac d’Espagne petit citron
vanesse amiral Apollon

Une seconde rose

On prépare le bal du 14-juillet
drapeaux et tribunes
haut-parleurs et tréteaux

Les enfants ne sont pas encore bien sûrs
d’être en vacances

Les têtards quittent leur queue
pour se joindre au chœur des grenouilles

Quelques roses

On bourre les malles
on bourre les coffres des voitures
on oublie toujours
quelque chose d’essentiel

A la recherche du maillot séducteur
des lunettes inouïes
de la serviette la plus moelleuse

Couteaux bulots palourdes
bigorneaux praires moules
huîtres crevettes patelles
oursins crabes et langoustes

Des jetées de roses

Les vacanciers sortent leurs transats
et font tinter des glaçons dans leurs verres

3

Le chant de l’alouette
Au-dessus des blés murs

Derrière chez mon père
vole mon cœur vole
derrière chez mon père
y a un pommier doux

Les abeille s ‘empressent
autour de leurs ruches
les guêpes façonnent
leurs palais de papier

Des arceaux de roses

Trois jeunes personnes
vole mon cœur vole
trois jeunes personnes
sont couchées dessous

Un faisan doré
s’envole lourdement

Deux éperviers tournoient
sur la clairière

Se dit la première
vole mon cœur vole
se dit la première
j’ai un ami doux

Scarabées cétoines bourdons
coccinelles mouches moustiques

Dans le sillage des roses

Se dit la seconde
vole mon cœur vole
se dit la seconde
j’attends mes amours

Des enfants se baignent
dans le grand bassin

Des adolescent se construisent
des cabanes ente les branches
des amoureux dorment paisiblement
sous les saules

Se dit la troisième
vole mon cœur vole
se dit la troisième
j’aimerai toujours

Après avoir dîné dehors
on regarde les étoiles
s’allumer l’une après l’autre
puis par paquets
soudain c’est tout l’ensemble
des constellations de la saison
puis la Lune vient les effacer

Des chauves-souris
planent autour des ormes

Et nous verrons bientôt des étoiles filantes

Michel Butor

DES BAINS D’OUCHE


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DES BAINS D’OUCHE

Edvard ne me poursuit pas

j’ai tout son Cri

comme un axiome

La leçon de Conduite en traverse du chemin quotidien

Elles nagent

toutes brunes d’écailles

et roses à l’ouïe

à l’écoute de cette caresse aquatique

Puis à l’ouche

terre de choix où tout peut se cultiver

le nerf végétal

en verger, espaliers , sein et matrice de vie

Niala-Loisobleu – 4 Février 2020

CLUNY LINGUS


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CLUNY LINGUS

 

Une suite de longs couloirs traîne comme  à loisir pour chercher à retenir

et  faire buter aux empaillages de safaris imaginaires

Une gazelle en pâtisserie coule sous la porte du réfrigérateur, sucre lent rapidement évacué

Dans la forêt ardennaise de mon enfance où Marthe avait tant d’attaches, j’ai joué avec des marcassins pendant le ramassage des betteraves, pris  jusqu’aux genoux dans l’engrenage des boues d’hiver

Même enlisé sur place le vide ne m’apparaissait pas. La force de traction du cheval expliquant la différence dans l’espace temps

Des vêtements de femme jonchent le parcours, petit-linge au fond de baignoire, mèches tenues aux châles par des peignes, peignoir gonflé à la poitrine, porte-jarretelles au bas d’un collant désabusé, un string accroché à la poignée de porte de la cuisine pour que le chat se fasse les griffes. Mon dieu comment tu prétends exister en ôtant la chair de tous ses soi? Paradoxale torture de la langue française qui conjugue sa dame à tous les tant en revenant au conditionnel. Moment où admettre la réalité d’un Moyen-Âge s’introduit

Envie d’aller manifester Boulevard St-Germain  avec mon lance-pierres contre la chasteté et la grande ceinture.

 

Niala-Loisobleu – 4 Février 2020