VIVE L’AVIS


 

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VIVE L’AVIS

 

Le brouillard est d’une épaisseur à tenir la cuillère debout

Passe une roue à aube

Panique jamais vue

La muraille de Chine est forcée de réouvrir

on arrache les masques pour laisser la pneumonie fêter le Têt

Les  centres d’insémination humaine passent aux soldes à 100% et au Friday permanent

Faut destocker

Les forces de l’ordre  réquisitionnent les bus prévus pour remplacer train et métro

et lancent la rafle des femmes enceintes

On rétablit les octrois pour contrôle des capotes

Le sec hâteur est le nouveau jouet vanté chez les petits garçons, la Barbie se jette sur tous les manuels disponibles, de là à dire que ça relève l’espoir dans les zones sombres

 

Niala-Loisobleu – 24/01/20

 

Lettres – Poème


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Lettres – Poème

 

La scie nous scie le monstre nous saigne si gare à toi

rieur
L’asie nous suit la nuit nous baigne À quoi bon tes manières tes offres tes gaffes tes dettes

tes dates
Tu
Us ? eh quoi ! tu ne lis plus ! tu ne ris plus tu ne

pourris pas tu passes tu ris pour passer tu lasses
Ton passe-temps me passe la tempe m’obnubile m’alite

m’affole m’affuble m’agace
Et ton roquet de rouet ta pendule de ruelle ton

agamemnon de passe ta clytemnestre de case ton

petit fouet de rubis ta chandelle de clapotis ?

Parlons-en ! je veux bien crois-tu j’aurais à vous dire

mais plus tard quand il ne sera de mise que la miss

en plie supplie suffoque
Quelle affaire !
Et très tard il raffolait de l’air des ailes du givre du

plomb du lac du matin de la hutte du lutin du

lutteur du tonnerre du temps beau du bouton du

butin du vautour
Va pour les quenelles !
L’œuf fouettait le plateau englouti le gloussement

timide tempéré tiédi
Il était un soldat rageur un matelot culbuteur un

camélia calciné
Et s’il n’eût atteint l’âge il aurait été lessivé

24 aoûl 1949

Arbrisseau vaisseau de la nuit aussi

Octobre nacré répandu dans les flots tressés du sang

Veux-tu que je te dise l’île s’enlise entourée parsemée

d’iris
Le pavot n’a fait sa leçon n’a avoué son crime que tard

trop noir il bousculait l’intime le ruisselant

cauchemar

J’en souffre j’enrage mes gages s’envolent dans la turbulence hurlante vers la cime neigée où l’abri dissout se penche sur l’azur à bariolage restreint

À camouflage modéré érige la mode

À tueur tué à touffu taillis à tendre tendance

Que l’absence effleure le bois assailli défunt

Il aurait fallu faux luth lieu mal famé

J’ai failli lieu arborer ce drapeau ce trésor à l’eau

Ce vantard galop à m’y perdre

Qu’il tonne ou qu’il vente la nage est tirée l’infortune

étincelle découpe découple défaille
J’y vais

César Moro – 24 août 1949

COUP DE VANNE


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COUP DE VANNE

Un filet jeté sur la mer prend l’oiseau en vol

l’odeur des roses entre au confessionnal pour la faute artificielle

On suit la cruauté enfantine aux restes de pattes de mouches sur les zèles d’une machination infernale

Lumineuse journée que chaque seconde étouffe de son voile maniaco-dépressif

Les reins coulent le bronze d’un autre soleil lavé du volcan

D’une main ouvrière les dessous font l’objet de fouille à corps, je m’en file dans les seins de l’oeuvre monumentale de Niki en grande bouée nautilus

Signe de Zodiac en cornée

Niala-Loisobleu – 24/01/20

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DONNE A L’AMÉRIQUE


Max Jacob

 

DONNE A L’AMÉRIQUE

 

 

 

La description a ici une trop grande importance pour que je la néglige. Quelle importance, me direz-vous ? Je n’en sais rien, vous répondrai-je, mais certes de l’importance. Le lieu
où s’est passé ce petit drame est resté dans ma mémoire beaucoup plus que le petit drame lui-même. C’est en pleine campagne et pourtant l’escalier est éclairé
justement comme un entresol au Palais-Royal à Paris, de la lumière sur le plancher plus qu’au plafond. Cette lumière est encore tamisée par de grandes mousselines blanches.
L’escalier est entièrement recouvert d’un épais tapis crème imprimé de petites swastikas bleu foncé et de taches rouges. Près de la fenêtre, bien que ce soit
un escalier, il y avait une chaise de paille ronde en ébène. Me voilà soulagé ! J’ai décrit l’escalier, le seul intérêt de cette dramatique villégiature.
J’avoue maintenant qu’il ne se passe rien sur cet escalier. Une petite fille en deuil de son père que j’y croise souvent et qui se jette sur la gouvernante plutôt que de me saluer. Je
me délivre aussi de la petite fille, sa robe ou sarrau est en mousseline comme les rideaux de l’escalier avec des poches obliques ou franges noires. Quant à la gouvernante, je ne l’ai
pas vue ou pas regardée. J’ai dit qu’il ne se passe rien dans l’escalier et pourtant ce rien est quelque chose, puisque la petite ne veut pas me saluer et se jette sur sa
gouvernante.

Un jour j’ai réussi à arracher à la mystérieuse enfant cette mystérieuse parole : « Vous avez trahi maman par un sourire ! » Je ne puis me rappeler ce
sourire, je ne puis me rappeler ma trahison ; j’ignore ce que peut être cette trahison. La maman est une amie que je ne soupçonne de rien du tout, à qui je ne connais rien de
secret. J’ai d’abord vécu sur ce mot dans une anxiété compréhensible. Y a-t-il un secret dans cette maison attristée par la mort d’un père ? Quel est ce secret ?
Nous sommes trois à table : un Anglais, Mrjohns, homme gai qui s’efforce d’être mélancolique par politesse et moi. Certains jours la gouvernante paraît à table avec
l’enfant qui est boudeuse quand je suis devant elle. Un jour j’ai rapporté avec un sourire la mystérieuse parole comme on jette son sort sur un tapis de jeu ; la mère a
balancé la tête affirmativement ; elle a regardé son assiette. L’Anglais a regardé son assiette. Il n’y avait que nous trois. La mère, mon amie, était très
« esthétique ». C’était l’époque du modem style et des goûts florentins. Quelle surprise ! Affirmativement… oui affirmativement… Ici sont le drame et le
mystère, je ne pouvais pas rester n’est-ce pas, je ne le pouvais pas. Je me suis fait envoyer une dépêche pour me rappeler à Paris et j’ai attendu qu’on m’invitât dans
cette maison pour y reparaître. En somme ma conscience est en repos. J’ai perdu une amie ; on peut rarement fonder d’amitié désintéressée sur une femme ! Je n’y pense
plus. Je n’y penserai plus. Je n’y eusse plus jamais pensé, je n’eusse jamais revu, jamais senti l’escalier d’entresol de la maison de campagne et la fillette en deuil, si, il y a quelques
jours, je n’eusse rencontré une demoiselle très gaie dans un dancing qui vint à moi. Quelque voix intérieure ou extérieure me soufflait que je connaissais ce joli
visage pensif, vraiment pas fait pour fumer la cigarette dans un dancing : « Ah !… vous êtes mademoiselle Lallier ! — Vous vous trompez, monsieur, je suis mademoiselle
Johns… miss Johns… oui ! et voici mon père ». Ici, je m’interromps. Quelle banale histoire ! Se peut-il que je raconte une aussi banale histoire. Non vraiment, si l’escalier de la
maison de campagne n’était pas resté dans ma mémoire, si la petite fille boudeuse en blanc avec des franges noires obliques n’était pas restée dans ma mémoire, je
n’aurais pas pris la peine de raconter, moi, une millième histoire aussi banale, mais il y a comme cela des faits qui prennent de la poésie au souvenir des choses. J’allais saluer Mr
Johns qui était bien déchu : « Je vous présente mon père ! ». Il avait l’air maintenant d’un vieil ivrogne à binocles. Il portait jadis un joli binocle sans
autre monture qu’un peu d’or. Je le revoyais dans ce dancing presque peu convenable avec une horrible machine sur le nez en acier. Il ne me reconnut pas, alors la jeune fille lui parla à
l’oreille et il me tendit la main : « Mon femme est morte ! » La jeune fille me proposa un tango : « Monsieur Lallier n’était pas mon père ! Quand mon père apprit
sa mort, il vint chez ma mère lui proposer, comme on dit au tribunal, de reprendre la vie commune, mais ma mère ne l’acceptait chez elle que comme vous, comme un ami. Quoi ! Vous ne
saviez pas tout cela ! ». Pendant qu’elle parlait et que nous dansions, en nous appliquant, les pas du tango, je revoyais l’escalier et tout ce deuil de convenances. J’ai
répété ces mots comme malgré moi à voix basse. « Vous avez trahi maman par un sourire ! ». Ce fut à mon tour de sourire : « J’étais une petite
fille désagréable », me dit-elle. « Ma gouvernante, par méchanceté, m’avait appris l’histoire de ma mère et j’avais parfaitement compris !… J’avais
parfaitement compris pourquoi ma mère pleurait souvent. Je m’en souviens très bien. Un jour devant le curé du village qui déjeunait chez nous le dimanche, on a parlé
à table des situations fausses, que créent les mœurs et vous avez souri. Pourquoi avez-vous souri, c’était une trahison ! — Je ne connaissais pas l’histoire de votre
mère. Il se peut que j’aie souri ! Pourquoi votre mère ne m’a-t-elle jamais rappelé ? — Est-ce que je sais, moi ! Elle parlait souvent de vous avec amitié. -— Ah
! — Elle disait que vous étiez un imbécile, mais qu’elle ne vous détestait pas, parce que vous n’étiez pas un méchant homme ! » Oh ! Le tapis surtout,
l’escalier ! Cette lumière d’entresol, des moitiés fenêtres au plancher, cette mousseline sur l’enfant et sur les vitres, la chaise d’ébène !

Maintenant voici cette petite dans un dancing peu convenable ! Est-ce que le vieil anglais déchu croit aussi que je suis un imbécile ? Pas méchant ? Cette fois encore j’ai souri,
oh ! avec tant de compassion.

Esplanade de Fontainebleau : devant le château sur la route du jardin la noce s’avance et je reste en arrière avec deux enfants.

Esplanade de Fontainebleau : chaque convié a son arbuste fleuri face au château, moi seul n’en ai pas, pas plus que les domestiques.

 

Max Jacob