Un perro muerto nomás Letra – Jose Larralde


376875

Un perro muerto nomás Letra

Jose Larralde

Lo vi tirao, de pasada en un costado de la huella.
Un perro muerto nomás que al final poco interesa
Seguro toreó a un auto y cayó bajo una rueda
o tal vez de puro sonso ni vio el peligro siquiera
y por ser manso y confiao encaro sin darse cuenta
que también pueden los perros ser distraídos una gueltas
y andar como los cristianos cabresteando algunas penas
Y porque yo en esa tarde diba de cabeza fresca
seguí pensando en su muerte en un costao de la huella
Y lo empecé a acomodar adentro de mis ideas,
lo hice mío o de otra gente pa´l caso sea como sea
pero se me hizo que el pobre tenia dueño y alguien era
Lo imagine seguidor de un caballo campo ajuera,
ayudando a su patrón a lidiar con las ovejas
O convertido en guardián de alguna casa campera
y me pareció escucharlo ladrando a una comadreja
O esperando a algún ratón junto a una pila de leña,
que los perros compañero mas de un servicio nos prestan

Por ahí me dio por pensar siguiendo con mi sonsera
que pudo ser de un gurí que lo acompaño a la escuela
y mientras el estudiaba salió a campear una presa
y solo encontró la muerte en un costao de la huella
y ahí si, ahí la idea se me puso mas triste que la otra idea
porque un perro pa´ un muchacho es por el campo aunque no crea
amigo, hermano y juguete pa´ pasar horas enteras

Se llamaría Guardián, Barbucho, Pinta, Sorpresa,
Bravo, Guacho, Capitán, el nombre que le pusieran
si ahura total esta muerto y eso tampoco interesa
Solamente hay que pensar que en algún rancho lo esperan
y no faltara quien el que diga que se jue tras de una perra,
pensando que el muy ladino ni extrañara la querencia

Ya nunca saldrá por el campo bajo el estribo del que muenta
ni seguirá a un muchachito que hoy lo entristece su ausencia
ni cuidara de las casas en un costao de la puerta
Por eso pa´ que pensar si esto nada rimedéa
y estas cosa al final se olvidan como cualquiera
Lo vi tirao de pasada en un costado de la huella
un perro muerto nomás que al final poco interesa.

 

Un chien mort juste une lettre
Jose Larralde

LETTRE
A Dead Dog Just (Paroles / Paroles)
Je l’ai vu tirao, en passant sur le côté de la piste.
Un chien mort juste à la fin peu d’intérêt
Bien sûr, il a combattu une voiture et est tombé sous une roue
ou peut-être de pure sonso ni vu le danger même
et pour être doux et confiant je fais face sans me rendre compte
que les chiens peuvent également être distraits
et marcher comme des chrétiens luttant contre des peines
Et parce que cet après-midi, j’avais une tête fraîche
J’ai continué à penser à sa mort au prix de l’empreinte
Et j’ai commencé à m’intégrer dans mes idées,
Je l’ai fait à moi ou à d’autres pour tous les cas
mais il m’a été dit que le pauvre homme avait un propriétaire et que quelqu’un était
Imaginez un adepte d’un cheval hors champ,
aider son employeur à gérer les moutons
Ou devenez le gardien d’une maison de campagne
et je pensais l’avoir entendu aboyer sur une belette
Ou attendre une souris à côté d’un tas de bois,
que les chiens de compagnie fournissent plus d’un service

Là-bas, j’ai pensé à continuer avec mon sonsera
cela pourrait être d’un gourou qui l’a accompagné à l’école
et pendant qu’il étudiait, il est sorti pour camper un barrage
et n’a trouvé la mort que sur une empreinte
et là oui, là l’idée m’a rendu plus triste que l’autre idée
parce qu’un chien pour un garçon est dans le pays même s’il ne croit pas
ami, frère et jouet pour passer des heures entières

Ce serait appelé Guardian, Bearded, Pint, Surprise,
Bravo, Guacho, capitaine, le nom qu’ils ont mis
si ahura total est mort et que cela n’intéresse pas
Vous devez juste penser que dans un ranch, ils vous attendent
et il ne manquera pas de celui qui dit qu’il a joué après un chien,
pensant que le très ladino ne manque pas l’amour

Il ne quittera jamais le champ sous l’étrier dont il compte
il ne suivra pas non plus un petit garçon qui aujourd’hui attriste son absence
ni prendre soin des maisons au prix de la porte
Voilà pourquoi je dois penser que si rien ne rime
et ces choses à la fin sont oubliées comme tout
Je l’ai vu passer en passant du côté de l’empreinte
un chien mort juste à la fin peu d’intérêt.

 

 

 

L’ISSUE DÉROBÉE


164ff7c4812c3f648a917af19a8db757

 

 

L’ISSUE DÉROBÉE

Marmonnement

profonde route ravinée du soleil

l’un de nous s’appauvrit et nous devance une immense aversion pendulaire le tirant

plus jamais la terre nue, seule à seul, affrontant le langage désert

de son propre puits paludéen le tirant

l’un de nous

que chaque mot torride a saisi

(ne forêt nous précède et nous tient lieu de corps

et modifie les figures et’ dresse

la grille

d’un supplice spacieux

où l’on se regarde mourir avec des forces inépuisables

mourir revenir

à la pensée de son reflux compact

comme s’écrit l’effraction, le soleil toujours au cœur et à l’orée de grands arbres transparents

Nous courûmes

des trombes de soleil

mirent en pièces

jusqu’au fond de nous la barque

la terre un unanime roulement de saveurs s’éloignait

dans la lumière des portes arrachées, trombes

comme si je naissais, éclairs

pour fêter un roi

et toutes les étoiles s’enfonçaient dans la mer

pour dissiper l’illusion

élémentaire, et favoriser le ressac

Sous la frayeur du récit inarticulé

le soleil

la signification de l’octroi

aphasique moyeu

ton règne

depuis que la roue me broie

je le nie

quelle que soit l’odeur putride des quartiers neufs et les instruments de déclin étalés à nos pieds

nous dévorons le mâchefer ce qui s’écrit sans nous en contrebas

l’éraflure et la saveur contiguës et désaccordées

ce qui s’écrit obliquement sournoisement établissant le calme

comme une pyramide sur sa pointe

Sans le soleil, en contrebas

ce qui s’écrit c’est un corps dont le soubresaut, dont le souffle dont les crocs incestueux…

un corps où se creuse la route

de quelle plume trempée

dans les menstrues de quelle monstre

à travers quelle grille

caniculaire

un corps qui s’éboule, éclate et s’agrège autour de sa crampe

à nouveau, et se dresse

faille du ciel effervescent

Ni conscience, ni lieu, ce qui suit,

la fin de quelqu’un, son corps

et dans ce glissement de collines la source

se dérobe. — ne se résout pas

un corps lu avec enjouement sous les vagues le tison, la contre-prophétie cpinglée sur le mur de chaux

ou dans le tiroir un libelle attendant son heure

Mettant à profit ce laps comme en pleine face une pierre franchirons-nous l’intervalle égarant

la césure d’un meurtre

qu’il nous incombe de réitérer sans retard

nous sommes de retour, la nuit tombe, la mer…

bètes descendues du soleil

comment tenir fermée la cage où leurs ombres s’entre-dévorent

Une branche bat devant le mur blanc

neuve antériorité surgissante parmi les embus de son cri

un grand corps machinal bouge fleuve aux membres séparés à la musculature jaune prisonnière comme des nœuds vieux dans le bois

un enchevêtrement de lettres en filigrane dans ses eaux

Détaché de la nudité balistique

dehors, dedans se rétracte neutre inondé

rasant les murs

de son ombre violente

écriture d’arpenteur pour rejoindre la horde

besogne de bornage et d’illusion autour des foyers qu’elle résorbe

indice, la lèpre du mur avancé, du mur volatil dont nous sommes solidaires

jusqu’au bout, jusqu’aux commissures du brouillard…

retour au signe, à la pierre éqiiidistante

  • et le mètre étalon pour un arpent de félicité

Le soleil le dos tourné

une ligne nous absout

ta mort donne le signal : l’évulsion la trajectoire derrière une vitre sanglante et la grande retombée planeuse des éclats emblématiques

débris de soleil sur le remblai

Toi. cru mort, seulement dévoyé vers une cible inverse un chemin de ronde avec la salive sèche du renégat

scrute ta comptabilité stellaire elle atteint l’obscénité

De ce qui hors du temps s’accumule osselets plutôt qu’ossements l’inscription

se retire erre dans la forêt comme une-bête une borne qu’on déplace

restreinte puis scindée

par la banalité d’un mort

sans griefs

et replongée dans son identité violente

pour en resurgir

non moins ruineuse que le texte dilacéré du soleil

Qui ravaude l’aigre tranchée manteau fendu dans sa longueur contre l’accolade

la boue enfante un oiseau

et
Ja conspiration de l’air maternel bien que réprouvé, bien qu’éblouissant

dur horizon rapproché

d’un cristal intelligible il résume le voyage

la piqûre du serpent

a déposé sur nos langues un immense oiseau entravé

Nos mains broyées

par les outils insaisissables

et la lumière s’éloigne de la plaie

nos mains énigmatiques

à force de froisser le plan du temple de
I.ouqsor

qui bifurque et bourgeonne à chaque dynastie jusqu’à nous

le soleil

au-delà l’insoutenable

entre chaque vertèbre explosant

vivants irréductibles

— et la lumière s’éloigne de la plaie

 

Jacques Dupin

LA GRANDE PASSACAILLE


Camus-Casares

LA GRANDE PASSACAILLE

Écoute le roulement des galets dans la mer !

Hors les murs nus de l’être prolongeant

la hantise de la musique muette,

soudain murmurent en nous les flûtes du crépuscule.

Dans le passage de notre souffle mortel

les mots tracent le sens que nous espérions rencontrer

en explorant du regard

chaque soir chaque matin qui hennit en plein ciel –

la bouche ouverte boit

le vent pluvieux toujours resurgissant,

le vent qui vient d’ailleurs

et porte en soi comme une absence

le silence pareil au germe jaillissant

hors du commencement sans visage et sans lieu :

respirer de nouveau, plonger dans le temps fabuleux des noces

où s’étreignent le jour et la nuit emmêlés.

Afflux divin du livre qui en porte le rythme

comme une lame de fond arrachée au ventre de la mer,

chevaux d’écume dansant, caracolant, puis tout à coup

se cabrant pour jouir

jusqu’à la crête mortelle et blanchissante du ressac.

.

Claude Vigée