POUR RENOUER


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POUR RENOUER

Nous nous sommes soudain* trop approchés de quelque chose dont on nous tenait à une distance mystérieusement favorable et mesurée.
Depuis lors, c’est le rangement.
Notre appui-tête a disparu.

Il est insupportable de se sentir part solidaire et impuissante d’une beauté en train de mourir par la faute d’autrui.
Solidaire dans sa poitrine et impuissant dans le mouvement de son esprit.

Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.

Tu es reposoir d’obscurité sur ma face trop offerte, poème.
Ma splendeur et ma souffrance se sont glissées entre les deux.

Jeter bas l’existence laidement accumulée et retrouver le regard qui l’aima assez à son début pour en étaler le fondement.
Ce qui me reste à vivre est dans cet assaut, dans ce frisson.

 

René Char

PERSISTE ET SIGNE


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PERSISTE ET SIGNE

 

Tu es dans le roulement de ma course

Le cheval a perdu un faire

Sur les cailloux froids d’un chemin détourné, quand un chat a traversé la gorge en plein virage

Il manque des fleurs sauvages aux flancs des dunes, la saison privilégie la culture en peau, je t’entends dire, reviens vite et me serre, paille-bien le semis en le tournant sur la bonne face lunaire, mes deux pieds entre les tiens, comme tu épaules jusqu’à mon sein dans l’heure de s’endormir

Au dur du quotidien ne laissons rien aux gelées du désir

La toile est blanche sur le chevalet sans exil en projet. Ta rue conduit à l’atelier et si la coupure de courant y installe un froid polaire, j’ai l’épissure prête pour le rétablir  au bout des doigts

Et paraphe d’un trait souligné ma promesse…

Niala-Loisobleu – 13 Janvier 2020

NES NUS PHARE


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NES NUS PHARE

 

Bonds autour des planches

le ponton jette son canot de sauvetage

agiles des grenouilles éclosent d’un lotus épanoui comme bouton rose

l’eau se régénère au moulin à marée

l’onde caresse en pilotis le jardin flottant

où la corbeille se remplit de plantes aromatiques

à la branche-aisselle penchent de lourds fruits

la couleur d’oiseaux joyeux coupe la nuit noire

sur le banc le cheval approche le piano du lit

et la musique de chambre a l’innocence de la première fois

 

Niala-Loisobleu – 13 Janvier 2020

 

De là-haut Pomme


De là-haut
Pomme

Voilà qu’on pleure autour d’une croix
Qu’on jettevdes fleures, qu’on parle de moi
C’est une belle journée d’été
Tout le monde s’est habillé
Les mots qui sortent, qu’on ne disait pas
Le vent les apporte jusqu’à moi
Tout paraît si limpide, si limpide, limpide
Vu de là-haut
De là-haut, je vous vois si petits
Tout là-haut, ma peine s’évanouit
Tout là-haut, des visions inouïes
Du soleil qui mange la pluie
J’ai brisé le lien qui me tenait
Le nœud quotidien, je l’ai défait
Tout paraît si futile, si futile, futile
Vu de là-haut
Sèchez vos larmes, dormez en paix
Je pars sans drame et sans regret
Mais c’est facile, si facile, facile à dire
Vu

A FAIRE VA SANS DIRE OU LE MIXAGE DU VECU


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A FAIRE VA SANS DIRE

OU LE MIXAGE DU VECU

Accroché aux tringles des branches le rideau de la nuit se frotte les paupières. Au pied des tables les souris s’empressent de manger les miettes de sommeil. Je suis sorti promener mes pieds nus vers 2 h, un bruit d’idées m’ayant tiré du lit. En entrant dans l’atelier je n’ai pas vu mon travail d’hier, 1 il n’y avait pas de courant électrique, 2 je n’ai rien peint depuis l’année dernière. Entre un dialogue et une promenade ailleurs, on se retrouve parfois, le nez chaussé d’un autre regard sur le chemin pris la veille. Le bruit qui réveille vient justement du tableau qui appelle à la reprise après une gestation. Germination créative. Transit buccal au terminus anal.
Cette heure nocturne est propice, elle révèle mieux qu’en plein jour, les chemins qui ouvrent sur le but immatériel. Nous tournons au bout d’une ficelle, accrochés pour un temps à un vieux manège installé sur une place de la terre . Cheval de bois qui monte et qui descend en compagnie du carrosse et des trois petits cochons. Sous l’action de la lune tout se met en place. Une autre marée est en marche, pleine de plancton frais, renouvelée d’autre écume, vigoureuse comme une jeunesse nouvelle.
Ne laisser personne venir troubler cet instant de son éphémère. L’intimité est au point le plus élevé, je peux sans crainte converser avec ma folie. Est-ce que la mort prend les souvenirs en mémoire ? J’entends sourire la cabane. La plage est en musique. Les éclats de coquilles scintillent de leur nacre. Les messages du Télégraphe viennent se poser sur ma prochaine palette. Voici le bleu, les ocres et les verts-résine, les jaunes-cabanes, des grands A pour l’inscription-maritime des barques. Faudra la tendresse du retour de migration pour le rose d’un jabot de moineau. L’amour est servi, ses deux seins sur le plat. La cabane est partie dans un autre quelque part de roses trémières et de pigeons ramiers, peut-être de godille à l’annexe pour échapper au corps-mort. Grande marée nous traversons à pieds pour joindre l’Île aux Oiseaux, quand l’ormeau baillera je le décrocherai de la mâchoire du rocher. La période du blanc bat les voeux en neige, jamais tant vu la page s’y mettre. Vomir quelque chose évacuerait la bile comme une écobuée du mental. Le cheval remue la tête en direction du vélo puis sort le caillou de la poche pour l’envoyer au carreau

Niala-Loisobleu

27 Janvier 2016/13 Janvier 2020

DEJA LE VENT MARIN


 

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DEJA LE VENT MARIN

 

Et les odeurs de la criée

Déchargées sur les étals

La première gnôle dans le café pousse les brouettes à quai

Pour remplir la cale de sel, de glace et de gros rouge

On a pas encore eu  la moindre info de la Capitainerie  sur le temps qui attend au large

Ses hanches sont en balise au bout de la jetée

Les bras à plat sur la tête…

 

Niala-Loisobleu – 13 Janvier 2020