ÉPÎTRE AUX PASSANTS


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ÉPÎTRE AUX PASSANTS

 

Je renoue avec ma journée de lapin, ma nuit d’éléphant au repos.

Et je me dis en moi-même :
là est mon immensité brute, torrentielle,
là est mon poids si léger qu’il me cherche au sol pour me faire oiseau ;
là est mon bras
qui, lui, refuse d’être une aile,
là sont mes saintes écritures,
là mes testicules en émoi.

D’une île lugubre je naîtrai à la lumière continentale, tandis que le capitole s’élèvera

sur ma défaite intime et que l’assemblée en armes fermera mon défilé.

Mais quand je mourrai
de vie et non de temps,
quand seront enfin deux mes deux valises,
là sera mon ventre, où tenait ma lampe en morceaux,
là sera cette tête qui expiait les tourments de mes pas circulaires,
là sera chaque ver que mon cœur comptait un par un,
là sera mon corps solidaire
veillé par l’âme individuelle ; là sera
mon nombril où je tuais mes poux de toujours,
là sera ma chose, chose, ma chose épouvantable.

Entre tant, convulsif, âpre,
mon mors renaît,
souffrant comme je souffre du langage direct du lion,
et puisque j’ai vécu écrasé entre deux briques,
je renais moi aussi, et mes lèvres sourient.

1932

César Vallejo

A LA BUTEE DES TOILES


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A LA BUTEE DES TOILES

 

Le pilon dans la ponctuation du non-dit écrase au mortier

Quel oiseau n’a pas survolé la canopée ?

Laissons le reptile de la pensée dans ses vases et

Au-dessus du minable pincement des lèvres

S’exclame le lapidaire et son polissage

Ce que tu es au-delà du toit monte au panorama des nues

en sortant du drame du rouge et du noir

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2020

UNE FENÊTRE ACCROCHEE AU MUR


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UNE FENÊTRE

ACCROCHEE AU MUR

 

Amoindrie et remise à sa place

c’est à peine si l’ombre est audible

Shiva de porcelaine et tulipes d’ô land

dans les pages d’un livre d’images

en compagnie

Te voici au départ de ma rue

faisant le môle face au large

Sous l’habit

la vague des seins marins m’annexe à son roulis

au bout de la tige la crevette embaume

au retour de pêche du petit-bateau

La rousseur queue-de-vache prise au sel

casque ton port de respect simple

J’entends la voix des sirènes tourner comme une corne de brume

 les précieuses font du stop avec une pancarte de chocolat Cémoi, regarde-my

A l’eau haute quand je te laverai le coquillage, la préparation boucanière partira à l’abordage sabre-au-clair

La cornemuse précède le maillot à rayures

entends mon souffle en procession

 

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2020

 

PREMIER TRAIN DU MATIN


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PREMIER TRAIN DU MATIN

Traits bleus

mes yeux sur le toi

l’amour envole son village de chaume

immense coin vers

sur l’impériale de tes seins rieurs

à l’écart du co-voiturage commun

Par ta rue des landes

je vois qu’on est presque arrivés à la mer

surtout garde l’estuaire ouvert…

Niala-Loisobleu 11 Janvier 2020