LE BAR


Antonin Artaud

LE BAR

Il y aura encor de petits bars canaille
Avec des viandes d’Extême-Orient
Pour abriter ce nouvel an.

De petits bars avec des marins légendaires
Dont les pipes consumeront d’anciens poisons
Des bars légers avec les fumées qui les gonflent
De petits bars évanouis dans l’aube claire.

Des bars où tourne le soleil et son train
Dans la laque rougie et profonde des verres ;
Des bars aux tables animées, aux vitres mortes
Où ne trempera pas le nez des facultés.

Car il y a d’autres poisons pour corroder
L’Arbre Vivant de nos fibres près d’éclore,
Il a des vins violents comme des catastrophes
Que n’ont pas secrétés les vignes d’ici-bas.

Salut ô bar qui nous délivres des poisons
Des misères et des douleurs et des alarmes
En nous jetant dans la nudité de nos âmes
Sur des grèves où les tourments n’arrivent pas.

Un silence te garde et nous protège, un froid
Silence où ne s’égare pas la médecine,
Un silence qui nous guérit dans la morphine
Sans ordonnances ni décrets.

Antonin Artaud

QUAND LA PEAU CHANGE L’EAU DES FLEURS


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QUAND LA PEAU CHANGE L’EAU DES FLEURS

De la pointe donnant sur la chambre ouverte sort la nudité des mots n’ayant plus que geste en paroles

D’un bruissement solaire glissent les bretelles au-dessus du coude, bond des seins gorgés

Eau claire et cuvette se rencontrent  à la sortie du broc

Hardi, le rouge-queue pose son poitrail au buste

Puis gamme la jupe de rayures

Avec des paroles d’alouette…

Niala-Loisobleu – 2 Janvier 2020