FORMULES MAGIQUES


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FORMULES MAGIQUES

Les drapeaux foudroyés des
Reines de
Saba,

les drapeaux aux sangs blancs et les buffles tabous,

les
Mages de la mer, les tambours du tabac

ont envoûté mon corps où brûlent des bambous.

Je suis comme enfermé dans des forêts de bras dont les arbres obscurs balancent des sajous. — mais les zèbres sont morts et mangés de cobras, ma mémoire est en
moi des pays d’acajous.

Ah! dans quels archipels verdis de vérandas ai-je bu les prairies qui coulaient du vesou?
Les soleils transmués ont glacé leurs sodas, mon amour m’a tué comme un coup de grisou.

J’ai pris froid, mon amour, j’ai pris la malaria au sud. au sud ancien — et gorgé de sagous

j’ai soif d’un fleuve pur qui descend vers
Goa sous la terre épaissie et mûre des coqs roux.

Mais les onagres d’or ont quitté mes climats.

mes cauchemars couches sur les os des mammouths.

des oiseaux fascinés calcinent mes comas

et les mauvais sommeils me battent de leurs knouts.

Dormeurs de caoutchoucs, fontaines d’arnica.

ma langue est un glas lourd — la nuit couvre mon cou

d’animaux fabuleux aux toisons de mica

qui tournent sous des eaux dont ma mort est le pouls.

Tous les rameurs violets, toutes les armadas des caps ensevelis montent vers mes genoux, les taureaux que j’aimais sont morts en corridas et l’odeur de leur sang me vêt comme un
burnous.

La guerre aux rires noirs de varechs et d’isbas traverse l’Équinoxe ainsi que des hiboux et les sanglots éteints des enfants de sabbats font résonner l’hiver avec les
caribous.

Dans les stades de cuivre où pleure un opéra soulevé de scorpions, de lunes, de simouns, mon amour, mon amour perdue aux saharas, j’entends les tams-lams bleus, j’entends le cri
des clowns.

Mes légendes, mes rois, mes anges de sagas n’ont plus l’éclat profond des lingots du
Pérou, des tornades de gel incantent les deltas dont j’ouvrais autrefois les transparents verrous.

Je voyais des poissons, des panthères, des mâts sortir d’un océan frais comme un cantaloup, et mon rêve explorait des pays de muscats, des métaux mexicains, des marais
blancs et doux.

Mais les meurtres amers m’ont moulé dans leurs draps, ont planté dans mes mains des pôles en remous, ont desséché les pieds plus beaux que des cédrats, ont tendu
d’incendies les pins et les pilous.

Des escadres noyées dans les pluies des pampas emportent maintenant ma tête au vent-debout, emportent les narvals, aimantent les compas de ma mélancolie où chante un
marabout.

Pour écailler mon cœur aux lents panoramas il ne me reste plus que l’ombre des tatous, il ne me reste plus que d’étranges boas pour nourrir mon amour de cactus et de houx.

Un albatros vermeil hante les gitanas qui me disent le sort en lisant dans le
Bouc, mon zodiaque est lacté de grands harmonicas et les orangs-outangs y couchent leur courroux.

Je m’en irai humer dans l’or des macoubas des plages inconnues et des volcans dissous, je m’en irai chercher les secrets des
Tncas, le sel qui purifie et le feu qui absout.

Hors des
Cordillères, des
Mers, des
Niagaras les soleils crus sautent comme des kangourous et les derniers chacals hurlent dans les sierras où seront enterrées les races de garous.

Quand les bateaux sans nom, sans nom des
Nirvanas crèveront l’Equateur aux torrides radoubs je couperai pour toi le tronc des quinquinas et nos corps brilleront dans les planètes d’août…

Jean-Claude Renard

LA DROITURE DU CHEMIN


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LA DROITURE DU CHEMIN

Les peupliers qui bordent le lé restent droits dans leur reflet
tandis que les mariniers se foutent à l’eau
quand d’un coup de vent dans la libido l’estomac me tord de passer à table
le couvert me bouffe le plaisir des doigts
Ah la justice se rend jamais à domicile
Heureusement qu’avec le soleil t’auras pas froid la peau dans l’herbe
viens à la proue remonter l’encre
notre histoire s’éloigne de l’iceberg
il fait si chaud sous ta jupe
que je peux jurer n’être pas au foutu triangle des Bermudes
Entendant ce blues comme il faut
P’tite Annick mit de la musique sur ses paroles et s’épingla aux bretelles du piano
Niala-Loisobleu – 29 Décembre 2018
Vigilante Man
Capo sur 1
Capo on 1
l’homme?
man ?(A) Avez-vous (E) vu cet (A) homme justicier (E)?
(A) Have you (E) seen that (A) vigilante (E) man ?(A) Avez-vous (E) vu cet (A) homme justicier (E)?
(A) Have you (E) seen that (A) vigilante (E) man ?J’ai entendu son nom (B7) partout dans le pays (E).
I’ve been hearin’ his (B7) name all over the (E) land.

Nuits pluvieuses dans la salle des machines,
Rainy nights down in the engine house,Dormir aussi immobile qu’une souris,
Sleepin’ just as still as a mouse,Un homme est venu et il nous a chassés sous la pluie.
A man came along and he chased us out in the rain.Était-ce un homme justicier?
Was that a vigilante man ?

Eh bien, je me promenais de ville en ville,
Well, I rambled around from town to town,Maintenant, je me promenais de ville en ville,
Now, I rambled around from town to town,Et ils nous ont rassemblés comme un troupeau sauvage de bétail.
And they herded us around like a wild herd of cattle.C’était l’homme justicier?
Was that the vigilante man ?

Eh bien, pourquoi un homme justicier?
Well, why does a vigilante man ?Dites-moi pourquoi un homme justicier?
Tell me why does a vigilante man ?Porter ce fusil à canon scié dans sa main?
Carry that sawed-off shot-gun in his hand ?Allait-il abattre son frère et sa sœur?
Would he shoot his brother and sister down ?

Avez-vous vu cet homme justicier?
Have you seen that vigilante man ?Avez-vous vu cet homme justicier?
Have you seen that vigilante man ?Avez-vous vu cet homme justicier?
Have you seen that vigilante man ?J’ai entendu son nom partout dans le pays.
I’ve been hearin’ his name all over the land.

 

AUTRE PARFUM


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AUTRE PARFUM

 

 

Le plancher grince, une vieille musique sort du tiroir, dans le ruban les lettres continuent de parler

Cette herbe parfumée par nos corps qui s’y sont roulés reste éveillée et sans âge la fenêtre bavarde, intarissable

le globe sur la cheminée marque les heures des fleurs de la mariée sans cesser de chantonner

foin des tristesses la vie partagée à une santé d’acier trempé par les caresses du roulis

l’enfant est là toujours babillant, les billes du tant restent d’un éclat vivant

être c’est rester odorant.

 

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2019

 

 

L’ECOLE DES BEAUX-ARTS


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L’ECOLE DES BEAUX-ARTS

Dans une botte de paille tressée

Le père choisit une petite boule de papier

Et il la jette

Dans la cuvette

Devant ses enfants intrigués

Surgit alors

Multicolore

La grande fleur japonaise

Le nénuphar instantané

Et les enfants se taisent

Émerveillés

Jamais plus tard dans leur souvenir

Cette fleur ne pourra se faner

Cette fleur subite

Faite pour eux

A la minute

Devant eux.

Jacques Prévert (Extrait de Paroles°