AVANT LE PREMIER OISEAU LUTTEUR


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AVANT LE PREMIER OISEAU LUTTEUR

Tais-toi

Illumine le dais coi

Le liquide rideau du soupçon

Vers la quille peignée d’orage

Sidéré sous toit à perdre vue

À griffer l’air

Vainement feuille

Sans palais

Sans jardins sans géants

Toujours tenir table maison troupeau

Musique orange durée

Naître à mourir pour le feu

Rire à feuilleter les êtres les morts et les autres les lions

Éteindre pour barrer

Si le paysage devient poule canon pied ou poil

 

César Moro

À LA FONTAINE DE JOUVENCE


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À LA FONTAINE DE JOUVENCE

Les nymphes sont installées sur le rebord de la vasque de la fontaine.
Les unes rajustent leur chevelure sur le miroir d’eau, les autres folâtrent et se jettent des poignées d’eau sur la frimousse et les seins.

Plus loin, les gouttes d’eau anthropomorphes se couchent dans le lit de la rivière.

Solitaires ou par couples, les jeunes amoureux sommeillent éparpillés autour de la fontaine.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

que peigne la Vénus Hottententote.

 

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Font dodo à la belle étoile

Ou à l’enseigne de la lune

Ou à l’hôtel des quatre vents

Ou à l’auberge du bon
Dieu.

Non que le long des francs bords des cours d’eau

Les lieux couverts où pernocter fassent défaut !

VÉNUS
HOTTENTOTE

Il y a les bateaux-lavoirs
Et les moulins à l’abandon.

YAMUBA-PIED-MENU

Les arcades des aqueducs

Et les chalands mis au rancart.

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Sans oublier les gabions de chasseurs
Les grottes des temps primitifs
Ni surtout la maison de
Jeanne.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Seulement quand le cœur s’embrase

Entre les draps soyeux de la reine des nuits

Et que sur les épaules de la bien-aimée

Coule une ardente chevelure de comète

La volupté a des manières scrupuleuses

Et les caresses qu’on échange se vouvoient…

Un unique inconvénient

Dans ce genre de résidence :

L’abaissement du thermomètre.

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Y obvient avec une aisance remarquable,

Ils sautent carrément les mois

Les mois lâches et imbéciles

Qui chaque année donnent asile

Au froid…

Quelques pas d’élan et hop là

De septembre on passe en avril

Du dernier ramoneur gesticulant en noir

A la première primevère

«
Je n’ai jamais aimé que vous »

Ils se reprochent ce faisant

D’escamoter du coup de gui l’an neuf,

Les grandes orgues de
Noël

Et le vieillard munificent à barbe blanche

Mais les enfants dont s’amourachent

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Ne reçoivent point de cadeaux

Faute d’être assidûment sages

Et leur bonheur ne se tient pas dans ces parages.

Deux chats,
Maître
Mitis et
Grippeminaud, entrent encore tout engourdis de sommeil.
Ils finissent de se chausser.

MAÎTRE
MITIS

Moi je suis le potron
Minet
Foin de jour sans potron
Minet !

GRIPPEMINAUD

Moi je suis le patron
Jacquet
Foin de jour sans patron
Jacquet !

MAÎTRE
MITIS

Potron !

GRIPPEMINAUD
Patron !

MAÎTRE
MITIS
Minette !

GRIPPEMINAUD
Jacquette !

MAÎTRE
MITIS

Moi je rime avec baronnet
Avec jeunet, avec finet !

GRIPPEMINAUD

Et moi je rime avec coquet
Avec muguet, avec bouquet.

maître mitis aux nymphes.
Il oublie que patron
Jacquet
Rime aussi avec foutriquet.
grippeminaud aux nymphes.
Il oublie que potron
Minet
Rime aussi avec sansonnet.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Les matous sortent de leurs gonds.

VÉNUS
HOTTENTOTE

Leurs regards jettent feu et flammes.

YAMUBA-PIED-MENU

Maître
Mitis fait le gros dos.

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Et
Grippeminaud se hérisse.

Les matous sont près de bondir l’un sur l’autre et de régler leur différend à coups de pattes et de dents.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Il faut à tout prix éviter la rixe.

Elle pose l’index sur le front en signe de réflexion.

Communiquons à chacun d’eux
L’adresse d’une famille de rats.
Maître
Mitis,
Maître
Mitis !
Le chat s’approche d’elle.
Elle lui parle à l’oreille.
Au pied du quatrième arbre en aval.

Le chai s’éloigne à toute allure.
Grippeminaud,
Grippeminaud !

Même manège.
Au pied du quatrième arbre en amont.

Le chat s’en va du côté opposé.
La nymphe souriant aux trois autres :
Les adresses sont fausses naturellement…

Une alouette huppée entre en tirelirant.

L’ALOUETTE

Tire lire tire lire lire
Tire lire tire lire
Ion.
Foin de matin sans tirelire.

Elle se penche sur la vasque et buvotte.

LE
CHŒUR
DES
NYMPHES

Huppée,
Parlouse ou
Locustelle
Ou
Cochevis ou
Rousseline
Ou bien
Pipele, ou bien
Lulu,
Alouette gentille alouette,
Alouette nous t’attraperons !

L’ALOUETTE

Tire lire, tire lire lire

Gentes nymphes que me ferez-vous ?

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Moi je t’arracherai les ailes
Pour grimper au septième ciel !

VÉNUS
HOTTENTOTE

Moi je t’arracherai les pattes
Pour en fabriquer des grigris.

YAMUBA-PIED-MENU

Moi je t’arracherai les plumes
Pour peindre des kakémonos.

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Et pour gratter mon calumet
Moi je t’arracherai le bec.

Elles se précipitent vers l’oiseau qui se juche sur un mascaron de la fontaine.

L’ALOUETTE

Pas avant que le ciel ne tombe
Pas avant que le ciel ne tombe

Elle tirelire deux ou trois fois encore et tire un trait jusqu’au zénith.

LE
CHŒUR
DES
NYMPHES

La mauviette, c’était pour rire…

Perché sur la dernière corne de la lune le coq
Brahmapoutre picore
Us premiers grains de lumière.

LE
COQ
BRAHMAPOUTRE

Cocorico, cocorico,

Le coq
Brahmapoutre c’est moi.

Foin de jour sans coq
Brahmapoutre.
Cocorico, cocorico,
Quoi qu’on en dise je préfère
La perle au moindre grain de mil.
Je me plais à rendre service.
Souvent, je m’arrache la crête
Pour l’offrir à des communiantes
En quête de coquelicots.

S’adressant aux nymphes :

Des communiantes ou des nymphes…
La nymphe de la mer
Baltique,

Par quatre fois il s’arrache la crête et la lance aux quatre nymphes.
La
Vénus
Hottentote,
Yamuba-Pied-Menu,
Egérie
Tomahawk.

LE
CHŒUR
DES
NYMPHES

Mille mercis coq adroit et matois
Et
Brahmapoutre en outre.

LE
COQ
BRAHMAPOUTRE

Cocorico, cocorico.

Tous les cocoricos des alentours

Sont nés de ma gorge tonnante

Tous les coquelicots de ma crête incarnat.

Chaque fois que le vieux de la montagne

S’approprie le coq de l’église

Je me mets à la disposition du curé

Et j’accepte d’être vissé

Sur le clocher en attendant qu’on ait

Coulé le nouveau coq de bronze

Que le vieux accaparera.

Mon désir de me rendre utile

Ne va néanmoins pas jusqu’à me faire agir

Dans le sens du petit lapin oriental

Qui se faisait cuire lui-même.

On a beau me chercher partout

Quand il est question de sacrifier

Un coq à
Esculape et nul ne me verra

Jamais spontanément me mettre

Dans la cocotte d’Henri quatre

Le tenant de la poule au pot.

Du temps que j’attachais de l’importance

Aux vaines fumées de la gloire

J’ai livré maints combats de coqs

Et terrassé maints crève-cœur

Nègres soie et coucous de
Rennes

Cocorico, cocorico

Ceci soit dit sans vanité.

Les nymphes déambulent au milieu des jeunes amoureux endormis.
Au loin sonne le premier coup des matines.

LE
CHŒUR
DES
NYMPHES

Frère
Jacques
Frère
Jacques
Dormez-vous
Dormez-vous
Sonnez les matines
Sonnez les matines
Ding, ding, dong
Ding, ding, dong.

Entre en voltigeant le spectre de
Corne d’Aurochs grimé en musicien de la
Samaritaine.
Il tire de son chalumeau rustique les plus déplorables flonflons qui aient jamais écorché des oreilles.

Il joue ensuite le réveil militaire et le chante.

LE
SPECTRE
DE
CORNE
D’AUROCHS

Soldat lève-toi (ter)
Bien vite

Soldat lève-toi (ter)
Bientôt.

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau sortenl un à un du sommeil, qui bâillant, qui s’étirant, qui faisant le gros dos, qui se frottant les yeux.

Ils conspuent le spectre, l’injurient, le sifflent.
Ils lui lancent des épluchures à la tête.

DES
VOIX

Sortez-le

Chassez-le

Noyez-le

Pendez-le

Confisquez-lui son chalumeau rustique,

Envoyez-le à la caserne.
Haro.

LE
SPECTRE
DE
CORNE
D’AUROCHS

C’est bien je regagne mon tertre funéraire
Les vivants ne savent plus goûter l’ironie.

Il s’enfuit en voltigeant sous l’averse de jurons et d’épluchures.
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE les yeux au ciel.
L’aube, l’aube, le soleil.

VÉNUS
HOTTENTOTE

Il enjambe la colline.

YAMUBA-PIED-MENU

Il plonge dans la ravine.

EGÉRIE
TOMAHAWK

Il inonde la vallée.

Les nymphes flagellent à coups de fleurs les jeunes amoureux qui tardent à se lever.

LE
CHŒUR
DES
NYMPHES

Point de lard engeance apathique.

Les êtres qui se lèvent tard sentent le rance.

A la rivière à toutes jambes

A la rivière, au bain, au bain.

Les jeunes amoureux se prêtent volontiers aux exigences des nymphes et vont faire leurs ablutions sur un petit morceau de plage pompeusement nommé
Deauville à cause d’une ou deux pincées de sable.
La nymphe de la mer
Baltique parodiant la coutume militaire fait l’appel.
Elle lit les noms inscrits sur une feuille de lierre géante.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Huon-de-la-Saône.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Le vieux prophète de
Cormeilles.

UNE
VODC
Présent !

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Le factotum
Jean-Pierre !

une vorx
Présent!

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Le charmant disciple d’Apelle,
Mademoiselle
Trois-Etoiles.

une vont

Absents ils accourront guilleret, guillerette
Quand ils auront fini de se conter fleurette.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Robin-pëche-en-eau-de-boudin.

une voix
Présent !

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Je vois le nain
Onguent-Miton-Mitaine
Je vois la fille du passeur d’Adam
Je vois
Fanchon, je vois
Aline
Je vois…

Tandis que la nymphe continue son appel et que les

appelés vont se jeter à la rivière, entrent les gouttes d’eau anthropomorphes.

LES
GOUTTES

Un’, deux, trois

Quatre gouttes

Quat’, cinq, six,

Le ruisseau…

Six, sept, huit,

La rivière

Huit, neuf, dix,

L’océan

Dix, onz’, douze,

Le nuage.

Un’, deux, trois,

Quatre gouttes.
Les jeunes amoureux font leurs ablutions sous le regard attendri des nymphes.
Quelques jeunes amoureuses sèchent assises dans des nénuphars.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

O cette gouttelette bleue
Sur le nez d’une bien-aimée
Assise dans un nénuphar.

un jeune amoureux à sa bien-aimée.
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout de l’ongle
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout du doigt.
LE
CHŒUR
DES
JEUNES
AMOUREUX
Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout de l’ongle

Les baisers appris avec toi
Je les sais sur le bout du doigt.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Un pinceau à travers la bouche,

Un pinceau à travers le cœur

Et suivi de
Mademoiselle
Trois-Etoiles

Arrive à l’impourvu
Renot

Le charmant disciple d’Apelle…

Le voici qui de but en blanc

Plante son chevalet sur l’eau.


Cher homme, il s’inquiète si peu des convenances

Et traduit l’ombre d’un baiser dans son langage,

Image hors ligne et hors commerce il va sans dire.

Les jeunes amoureux s’ébattent à tel point que la plupart des plantes et des animaux aquatiques projettent de s’expatrier.

Les nymphes courent après les cygnes, les canards, les libellules, les poissons et les moucherons qui s’enfuient et les ramènent à leur place.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

aux animaux.

Ne craignez rien, fragiles bêtes

Que leur turbulence effarouche

Ils sont parfaitement honnêtes,

Ils ne sauraient faire de mal à une mouche.

S’il arrive par aventure

Qu’une
Aline ou qu’une
Fanchon

S’établisse à cheval sur une libellule

En partance pour le point culminant des joncs

Ne criez pas à la crapule,

Ce n’est jamais sans le gré de l’insecte…

A peine si ces frêles sylphides au reste

Pèsent quatre grains de scrupule ;

A l’égard de la densité

Elles ont tant de parenté

Avec la gaze et l’amadou

Que les bonnes mamans

Des vilains garnements

Qui se blessent à tout

Bout de champ les genoux

Dans leurs ébats

Acroba-

Tiques

Envisagent parfois de les accommoder

Au pansage des

Ecorchures.

En l’occurrence, je vous jure

Leur vie ne tient plus qu’à un fil

On a du mal à les arracher au péril

Les empêcher de finir en charpie

Sous les griffes de ces harpies.

LES
VILAINS
GARNEMENTS

Bonnes mamans on est blessé
Bonnes mamans on est tombé
Sur un tesson de bouteille.

LES
BONNES
MAMANS

Ah mon
Dieu !

LES
VILAINS
GARNEMENTS

On va mourir bonnes mamans
Conservez vos petits enfants.

LES
BONNES
MAMANS

Par les dents gâtées qui nous restent

Et par le sang de
Jésus-Christ

Il nous faut arracher ces enfants à la mort.

Elles viennent d’apercevoir
Aline et
Fanchon qui s’avancent légères.
Voici venir de la gaze qui marche.

Elles se ruent sur les deux jeunes amoureuses, leur passent des crocs-en-jambe, les jettent à terre et entreprennent de les réduire en charpie.

ALINE
ET
FANCHON

se débattant désespérément.

Ohé ohé les jeunes amoureux
Venez nombreux, venez bien vite
Sauver
Fanchon
Sauver
Aline

Leur vie ne tient plus qu’à un fil
Atropos ouvre ses ciseaux
Ohé, ohé les jeunes amoureux
Venez nombreux, venez bien vite
Sauver
Fanchon
Sauver
Aline,
Leur éviter de finir en charpie
Sous les griffes de ces harpies.
Les bonnes mamans s’acharnent sur leurs victimes.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Du pied du col de la
Furka jusqu’en
Camargue,

Des
Pyrénées espagnoles jusqu’à
Royan,

De
Saint-Germain source
Seine jusqu’à
Honfleur

Et du mont
Gerbier-de-Jonc jusqu’à
Saint-Nazaire,
Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où
La nouvelle s’élance comme un ricochet,
Le vent l’emporte sur ses ailes
Et la passe à un marinier.

VÉNUS
HOTTENTOTE

Le marinier la prend dans sa péniche

Et la passe à un éclusier.

«
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »

YAMUBA-PIED-MENU
L’éclusier la passe au meunier «
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Le meunier la passe aux oiseaux

Qui séjournent sur son beffroi

«
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
Et les oiseaux s’en vont à tire-d’aile
Porter partout la terrible nouvelle.

Les nymphes imitent le vol et le cri des habitants du ciel.
LE
CHCEUR
DES
NYMPHES «
Aline et
Fanchon tirent à leur fin
Aline et
Fanchon tirent à leur fin. »
LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE
S’arrêtant de danser dans l’eau
Ou de faire des ricochets
Ou encore de chevaucher des demoiselles,

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

A pied, à cheval, en péniche ou à la nage

Convergent sans retard vers le champ de carnage,

Apportent le salut aux agnelles pascales,

Les cajolent, leur font cadeau

Des meilleures pointes d’asperges

Et les ayant assises dans des nénuphars

Ils font des ricochets pour leur être agréables.

Alors corrompu à prix d’or

Par les zoomanes séniles

De la
Société protectrice des animaux,

Le mercenaire à tant le mot

De la gazette des scandales

Glisse dans la cervelle atone

Des fidèles de ses colonnes

Une calomnie de nature

A jeter la défaveur sur

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Sans fiel au demeurant envers les bêtes

Sans en ôter un iota,

Voici l’archétype des contes

De ma mère l’oie que le scribe

Verse à torrents sur ses pratiques.

La nymphe déplie la feuille publique et lit à haute voix : «
Les fléaux du genre équidé. »

Elle s’adresse aux jeunes amoureux :
C’est vous mes petits « les fléaux ».

Elle lit :

«
Les fléaux du genre équidé »

Soit notoire à chacun que ces jeunes barbares

En rupture de préhistoire

Ces jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Sous l’ombre de l’hydrographie (sic)

Sous le couvert du ricochet

Déciment nos chevaux des chemins de halage.

LA
NYMPHE

abaissant le journal.
Notons qu’à ses repas le scribe est hippophage.
Elle lit :

On ramasse une pierre plate,


Une de ces pierres qu’à l’âge

Paléolithique on taillait

En vue de fabriquer des haches —

On prend un œil d’agneau sans tache,

On fait semblant de viser la surface

De la rivière… et le coup part

Et comme par hasard,

Comme par

Maladresse, le projectile

Va traverser de part en part

Le flanc d’un mammifère périssodactyle


Faut-il pas mériter les sommes rondelettes

Venant de la boite à
Perette

Le trust des marchands de péniches

Automobiles

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

brandissant la gazette :
Et d’étayer avec sang-froid
Ce procès-verbal inexact
De documents photographiques

Où le prétendu point d’impact
Est signalé par une croix

Elle jette la gazette.

Et d’interviewer pour la frime

Quelqu’une de ces prétendues victimes

Séduites l’on s’en doute

A coup de

Picotin,

A coups d’ignobles dithyrambes

Par exemple : «
Votre crottin

Même en jouant dessous la jambe

Fait du meilleur engrais que celui du voisin

Le cheval de l’Apocalypse. »

Les balourds

Les individus faits à la diable,

Les figurants,

Les pupazzi,

Les « regardez-moi quand je passe »

Les pleins d’eux-mêmes à leur place

Se dresseraient sur leurs ergots

Et députeraient tout de go

Leurs témoins au sale
Jacquot

Colporteur d’échos

Apocryphes,

Dispensateur de coups de griffes

Ternisseur de réputation…

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Ne prêtent aucune espèce d’attention

Aux cris publics, aux riens sonores eux

La bouillie pour les chats leur est inférieure

On ne s’amuse pas à mettre

Flamberge au vent devant un gendelettre

Quand on a les grandes eaux de
Versailles
Dans la tête.

Remue-ménage, tohu-bohu, clameurs parmi les jeunes amoureux.

Visant à méduser les jeunes amoureuses
Qui écrivent sur l’eau, les jeunes amoureux
Qui écrivent sur l’eau font quelquefois semblant
D’être de méchants cachalots
Venus des lointains océans
Décimer la gent des sirènes.

VÉNUS
HOTTENTOTE

Après s’être plongés au fond

Ils remontent à la surface

Avec un bout de goémon

Collé à la hâte à la face

En manière de moustache de cétacé


Ces monstres n’ont pas de moustache et on le sait.

YAMUBA-PIED-MENU

Lors fendant l’eau jusqu’à la grève

A grand renfort de grimaces horribles

De singuliers reniflements,

Ces cachalots nageant l’over arm stroke

Et la nage de la grenouille

Et celle du simple toutou

Vont dévorer voracement

Les pieds menus des filles d’Eve

Assises dans des nénuphars

Et leurs ébats provoquent des raz de marée.

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Du fait les pécheurs orthodoxes
Les considèrent comme des salops

Ou, pour être plus véridiques : des cochons

D’abord parce que ça rime riche avec bouchons

Et puis à cause des difficultés sans nombre

Qu’ils trouvent à s’accommoder

Sur l’orthographe du vocable

A double forme qu’est « salaud ».

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Les uns penchent pour « op »
Et les autres pour « aud ».

VÉNUS
HOTTENTOTE

Certains mêmes, des patapoufs
Qui décidément penchent trop

YAMUBA-PIED-MENU

Finissent par tomber dans l’onde en faisant « plouf ».

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

La fille du passeur d’Adam, le lendemain
Ramène leur cadavre au bout de son harpin.

les pêcheurs penchant pour « op ».

C’est à cause du féminin ;
Tandis que salaud fait salaude
Salop faisant salope est plus péjoratif.

les pêcheurs penchant pour « aud ».

Plus péjoratif, c’est hors de conteste,
Mais infiniment plus agreste.

les pêcheurs penchant décidément trop.

Glou glou glou glou glou glou
Glou glou glou glou glou glou !

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

En marge des fanatiques
Du plaisir halieutique
Il se trouve un galopin
Qui se nomme
Armand
Robin.

Suivies des jeunes amoureux les nymphes approchent à pas de velours de
Robin-pêche-en-eau-de~boudin, lequel guette son bouchon dans le bief du moulin.
Il leur fait un signe qui peut se traduire par : «
N’amortissez pas le bruit de vos pieds; au contraire… »

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Il se trouve un galopin

Qui se nomme
Armand
Robin

Qui pêche pour rien, qui pêche

Pour rire et n’est pas de mèche

Avec les vieux polissons

Qui s’en prennent aux poissons.

VÉNUS
HOTTENTOTE

Plongeant dans l’onde sa ligne
Avec une joie maligne
II pêche, mais chut, motus
Tout un tas de détritus.

YAMUBA-PIED-MENU

Les bouts de bois, les savates
Les seaux

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

les vieilles cravates

VÉNUS
HOTTENTOTE
Les pneus

YAMUBA-PIED-MENU

les cerceaux rouilles

LA
PILLE
DU
PASSEUR
D’ADAM avec une pointe de jalousie.

Les cadavres de noyés.

HUON-DE-LA-SAÔNE,

LE
VIEUX
PROPHÈTE
DE
CORMEILLES,

LE
FACTOTUM,
LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE

Ils scandent leurs paroles.

Un-jour-il-ra-mè-ne-in-tacte

La-co-pie-con-for-me-à-1’ac-te

Qui-pro-cla-me-er-d’en-bâ-ton

Dab-bonne-ne-An-dré-Bre-ton

Mern-bre-sous-ca-pe-à-l’an-glai-se

De-l’A-ca-dé-mie-Fran-çai-se.

JEANNE
DE
BRETAGNE

Quelquefois, pour se distraire
Le hasard type arbitraire
Accroche à son hameçon
Une sorte de poisson.

MADEMOISELLE
TROIS-ETOILES

Lors, ce galopin décroche
La pauvre petite
Loche

LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE
Si c’en est une, bien sûr !

MADEMOISELLE
TROIS-ÉTOILES

Et la replonge en ses murs.

LE
CHŒUR
DES
NYMPHES
ET
DES
JEUNES
AMOUREUX

Afin de prouver qu’il pêche
Pour rire et n’est pas de mèche
Avec les vieux polissons
Qui s’en prennent aux poissons.

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau acclament chaleureusement
Robin-pêche-en-eau-de-boudin et le portent en triomphe.

Ils lancent des épluchures à la tête des pêcheurs orthodoxes se sauvant sous l’averse et vont participer à la ronde des gouttes d’eau anthropomorphes qui chantent
toujours la même antienne, les quatre nymphes à cheval sur leurs épaules.

LES
GOUTTES

Un’, deux, trois,
Quatre gouttes,
Quat’, cinq, six,
Le ruisseau,
Six, sept, huit,
La rivière,
Huit, neuf, dix,

L’océan,

Dix, onz’, douze,

Le nuage,

Un’, deux, trois,

Quatre gouttes,

Quat’, cinq, six,

 

Georges Brassens

‘’Le Grand Combat’’ (1927) Henri Michaux


‘’Le Grand Combat’’
(1927) Henri Michaux

 

‘’Le Grand Combat»
«Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;
Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.
L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain.
Le cerceau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret
Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et vous regarde,
On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.»

 

 

Analyse
Ce poème, en vers libres mais ponctués, est le récit, bien annoncé par le titre, parfaitement explicite
et bien organisé selon l’ordre chronologique, en suivant une trajectoire très nette, d’un violent corps à
corps entre deux personnes, puis de la recherche d’un «secret», qui rassemble un public, mais qui
est finalement éludé.
Si le poème exprime la vision du monde que se faisait Michaux, un monde de souffrance où il n’y a
que des vainqueurs et des vaincus, il étonne d’abord par les mots inconnus qu’il présente, car le
poète, voulant dépasser la langue commune, pratiquait une alchimie du verbe pour exprimer une
agressivité dont l’objet, la nature du «Grand Combat» et du «Grand Secret», demeure finalement
énigmatique.
Au premier vers, nous sommes jetés dans ce combat dont les acteurs demeurent mystérieux. Avec
cette absence complète de référents que se permet la poésie, ils ne sont désignés que par deux
pronoms personnels : «Il», le sujet, et «le», l’objet.
Le «il» est une force à l’identité inconnue et aux contours imprécis dont l’aspect physique est tu. Son
action est exprimée, selon une syntaxe correcte, par l’accumulation de onze verbes pour six vers qui
sont des inventions lexicales, des néologismes hybrides. Très proches des onomatopées, ils frappent
d’abord par leurs sonorités suggestives qui créent un effet de violence burlesque, presque
rabelaisienne, leur caractère insolite évoquant des combats barbares d’un autre temps, d’incongrues,
répétées et cruelles atteintes au corps d’un adversaire. Puis le lecteur cherche à rapprocher de
manière logique le signifiant (brutalité des sonorités, articulations fortes, longueur des termes) du
signifié (action violente suggérée par l’apparence sonore du mot). En tentant de décrypter le signe, on
lui fait perdre son caractère arbitraire. Peu à peu, des significations se créent, des relations
surprenantes s’établissent, et, de proche en proche, se tisse un réseau de sens possibles. En fait, il
n’y a pas, parmi ces inventions lexicales, que des verbes, mais aussi des substantifs et même une
locution adverbiale.
Étonnent d’abord «emparouille» et «endosque», dont la sonorité, cependant, est proche de celles de
verbes familiers, «emparer» et «écrabouiller», «endosser» et «esquinter». Ainsi, «emparouille» et
«endosque» seraient des sortes de mots-valises, et ne laissent aucun doute sur la violence de
l’action en cours, car ils connotent l’agression, la brutalité, l’écrasement. D’ailleurs, ces deux verbes
anarchiques ont-ils à peine été proférés qu’on se retrouve en terrain (c’est le cas de le dire !) connu
avec les mots «contre terre», l’allitération en «k» marquant la dureté de la chute. Ce complément de
lieu indique, dès la fin du premier vers, le point atteint dans le déroulement du combat. D’emblée, l’un
des adversaires est donc déjà vainqueur puisque l’autre est terrassé : il a le dos «contre terre», il ne
restera donc plus qu’à le réduire, le tourmenter, l’achever.
Au deuxième vers, les verbes «rague» (créé sur «draguer»? sur l’anglais «rag», la victime serait alors
brutalisée comme si elle était une pièce de tissu?) et «roupète» (créé sur «rouer», «rouer de
coups»?), par leur juxtaposition et par le retour du «r» initial, suggèrent la répétition d’actions qui vont
de part en part du corps écrasé, et le nom «drâle» laisse sous-entendre «râle», bruit rauque de la
respiration chez certains moribonds, d’autant plus qu’on peut y voir une contraction de l’expression
courante «dernier râle».
Au vers 3, l’accumulation et la répétition sont bien marquées par l‘utilisation redondante de «et» pour
marquer l’énergie. Et l’accumulation est bien traduite par la longueur du vers qui, selon les règles
implicites du vers libre (chaque vers bénéficie d’un souffle égal, ce qui fait que le vers court est dit
plus lentement, le vers long plus rapidement), doit être dit avec vélocité. En «pratèle», on peut
entendre «râtelle», qui ferait du corps du vaincu une chose impuissante qu’on peut, tout à son aise,
parcourir de pointes aiguës ; ou «martèle». Cette impuissance permet même de lui imposer des
sortes de baisers méprisants, «libucque» faisant penser à une action des lèvres et de la bouche.
«Barufler les ouillais» serait «donner des baffes sur les oreilles», comme on le fait aux enfants qu’on
veut corriger, car, dans «ouillais» on peut retrouver «les ouïes», qui sont, en français familier, les
oreilles qui, quand elles sont frottées, font crier «ouille», onomatopée exprimant la douleur.
3
«Tocarde» connote l’idée de donner des coups, le tocard étant, dans le monde de la boxe, celui qui
n’est plus capable que d’en recevoir. «Marmine» montre la victime si impuissante qu’elle n’est qu’une
sorte de marmite dans laquelle on peut faire tourner les mains dans tous les sens.
Après «manage», qui pourrait être inspiré par l’anglais «to manage» (manoeuvrer, manier, conduire),
apparaît un autre néologisme qui est, cette fois, une locution adverbiale, «rape à ri et ripe à ra»,
paronomase, amusante contrepèterie où, aux verbes «rape» et «ripe», sont adjoints des adverbes
fantaisistes et pourtant évocateurs, comme créés sur le modèle de «de ci, de là», ou de «ric-rac», de
«à hue et à dia», formules utilisées dans la langue parlée.
Dans un vers plus court, et donc prononcé plus lentement, comme il convient pour l’étape la plus
cruciale, est signifiée, au terme d’une gradation nette, la réduction totale de la victime,
«écorcobalisse» pouvant être rapproché d’«écorcher», comme d’«abaisser», étant en coup cas
signifiant par la seule allitération en «k».
Au vers 7, il y a, dans le récit, changement de focalisation. Elle se fait maintenant sur la victime, qui
n’existait que dans le pronom complément «le», mais devient un actant, un sujet désigné plus
nettement par «l’autre». Cependant, n’ayant été toujours que passivité, indécision, faiblesse,
repliement, retraite, elle s’emploie, comme l’induit le pronominal réflexif de «s’espudrine», «se
défaisse», «se torse», «se ruine», dans une autre accumulation significative, à son auto-destruction
qui, le vers étant long, se fait même dans la précipitation. Les néologismes sont de moins en moins
étonnants : «s’espudrine» semble pouvoir se traduire par «tombe en poudre», et les autres sont
évidents.
Toutefois, le poète ménage une péripétie dans le déroulement du drame : après avoir de nouveau, au
vers 8, voué la victime à sa fin, la première partie du vers 9 envisage une réaction ; «il se reprise»
n’est pas un néologisme très étonnant («il reprend de la vigueur») ; «s’emmargine» l’est un peu plus
(«se met en marge», «se dégage», «s’éloigne» de son adversaire). Au-delà des points de
suspension, la condamnation tombe à nouveau.
Le vers 10 est une sorte de sentence qui, semble-t-il, ne porte pas que sur la seule victime du combat
évoqué, mais sur tout être humain dont c’est le vide intrinsèque et la puérilité invétérée qui sont
caricaturées par ce cerceau (l’être humain réduit à son enveloppe) à qui on a donné une impulsion
initiale, qui a roulé (n’a fait que répéter toujours les mêmes gestes pour se retrouver toujours dans la
même posture), c’est-à-dire vécu, et qui, finalement, cesse sa course absurde.
Les cinq vers suivants, courts donc allongés pour insister sur les événements, sont marqués d’un net
dynamisme, provoqué par trois groupes ternaires qui semblent résumer le déroulement du combat.
C’est d’abord l’exclamation censée être guerrière, «Abrah ! Abrah ! Abrah !» (qui pourrait avoir été
faite sur le modèle du «Abraxas» des rituels magiques, qui est devenu «abracadabra» dans la langue
populaire). Puis sont décrites de façon tout à fait claire trois stations du calvaire. Enfin, résonne un
ordre qui est répété sans que soit indiqué qui parle, et à qui ; on peut tout de même supposer qu’on
s’adresse au «il» du début, et l’invitation à fouiller dans la marmite du ventre de la victime semble
bien avoir été annoncée par le «marmine» du vers 4. Cette recherche du «Grand Secret» à l’intérieur
du corps pourrait être un souvenir de cette recherche de l’âme à laquelle se livrèrent les premiers
médecins qui osèrent procéder à des dissections.
Soudain, non sans une ambiguïté (le vers 16 est lié à la fois au vers 15 et au vers 17, ce qui
expliquerait que la ponctuation, pourtant soigneusement appliquée partout ailleurs soit, là,
défaillante), est interpellé un public qui est caricaturalement populaire, comme l’indique le mot
«mégères», vieilles femmes promptes à s’émouvoir, mais badaudes curieuses de découvrir un
(indéfini à remarquer) «grand secret», ce que marque la répétition de «on s’étonne» (autre groupe
ternaire au vers 18) qui pourrait rendre la propagation de plus en plus loin de cet étonnement. Les
trois derniers vers sont donc des paroles dites par les mégères (leur caractère populaire est encore
exprimé par «nous autres» qui vient redoubler «on»), par le public, par l’humanité entière, comme
cela apparaît quand, d’un «grand secret», on passe au «Grand Secret», alors écrit avec des
majuscules, comme l’est «Grand Combat», ce qui établit bien le lien qui unit le premier syntagme
qu’est le titre et le dernier syntagme : il faut mener le «Grand Combat» pour trouver le «Grand
Secret», qui, toutefois, demeure secret !
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Dans cette parodie d’épopée (le titre solennel et les hyperboles étant contredits par les burlesques
inventions verbales, par la discordance populaire de la fin), le lecteur a été invité à la recherche d’un
sens. Mais la détermination de celui-ci a été d’abord rendue difficile par l’emploi de mots chimériques,
par le recours à ce qu’on appelle justement le «nonsense». Le sens (le secret de la vie et de la mort)
devrait être livré à la fin du texte, mais, et pour cause, ne l’est pas. Le poète semble vouloir, de même
qu’il s’est moqué du langage, se moquer de cette préoccupation métaphysique. Mais il avoua que, ce
secret, «il l’a depuis sa première enfance soupçonné d’exister quelque part», tandis que, dans ‘’Les
ravagés’’ (1976), il allait évoquer ces «Têtes du passé qui savent la nuit de la vie, le secret,
I’Innommable horrible sur quoi l’être s’est appuyé.»
Le poème figura dans le recueil  »Qui je fus » (1927).
André Durand
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Source: http://www.comptoirlitteraire.com