DÉSESPOIR DU SOLEI


Robert Desnos

DÉSESPOIR DU SOLEIL

 

Quel bruit étrange glissait le long de la rampe d’escalier au bas de laquelle rêvait la pomme transparente.

Les
Vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s’étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile.

Ce bruit devait-il durer jusqu’à l’éveil des locataires ou s’évader dans l’ombre du crépuscule matinal?
Le bruit persistait.
Le sphinx aux aguets l’entendait depuis des siècles et désirait l’éprouver.
Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l’escalier.
Le fauve égra-tignait de ses griffes les marches encaustiquées.
Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l’ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu’il attendait depuis des millions de ténèbres s’attacha
à la crinière et brusquement l’ombre pâlit.

Cest le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la
vagabonde attend l’instant où s’ouvrira sur un paysage de résine et d’agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit.

C’est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi.

C’est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s’étonne de voir sur les marches de l’escalier les traces des griffes
du voyageur de la nuit

C’est le poème du jour qui commence avec des étincelles d’allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à
leurs pieds.

Mais le bruit quel était-il?
Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages.

Ce n’était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni

celui du moulin à café.
Le bruit quel était-il?
Quel était-il?
L’escalier s’enfoncera-t-il toujours plus avant?
Montera-

t-il toujours plus haut?

Rêvons acceptons de rêver c’est le poème du jour qui commence.

 

Robert Desnos

2 réflexions sur “DÉSESPOIR DU SOLEI

  1. Destinée arbitraire/ Desnos

    Voici venir le temps des croisades.

    Par la fenêtre fermée les oiseaux s’obstinent à parler

    comme les poissons d’aquarium.

    A la devanture d’une boutique

    une jolie femme sourit.

    Bonheur tu n’es que cire à cacheter

    et je passe tel un feu follet.

    Un grand nombre de gardiens poursuivent

    un inoffensif papillon échappé de l’asile

    Il devient sous mes mains pantalon de dentelle

    et ta chair d’aigle

    ô mon rêve quand je vous caresse!

    Demain on enterrera gratuitement

    on ne s’enrhumera plus

    on parlera le langage des fleurs

    on s’éclairera de lumières inconnues à ce jour.

    Mais aujourd’hui c’est aujourd’hui

    Je sens que mon commencement est proche

    pareil aux blés de juin.

    Gendarmes passez-moi les menottes.

    Les statues se détournent sans obéir.

    Sous leur socle j’inscrirai des injures et le nom

    de mon pire ennemi.

    Là-bas dans l’océan

    Entre deux eaux

    Un beau corps de femme

    Fait reculer les requins

    Ils montent à la surface se mirer dans l’air

    et n’osent pas mordre aux seins

    aux seins délicieux.

    Je t’embrasse, Mon…

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