Les Fourmis rouges Michel Jonasz


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Les Fourmis rouges

Michel Jonasz

Quand y’aura plus sur la terre que du beurre fondu
avec le dernier soupir du dernier disparu
dernier boum d’la dernière guerre
dernière ville sous la poussière
et dernier espoir perdu
Ce chemin vert sous les arbustes est protégé
par les premiers soupirs des tous premiers baisers
premier mot d’la première heure
première minute de bonheur
premier serment partagé
Tu t’rappelles on s’était couché
sur un millier de fourmis rouges
aucun de nous deux n’a bougé
les fourmis rouges
est-ce que quelque chose a changé
couchons-nous sur les fourmis rouges
pour voir si l’amour est resté
et voir si l’un de nous deux bouge
couchés sur les fourmis rouges
Tu n’auras jamais peur du vent qui souffle ici
pour les scorpions te fais pas d’soucis
les mauvais chagrins d’hier
les orties dans les fougères
quand on s’aime ils nous aiment aussi
Ce chemin sous les arbustes nous connaît bien
de nos tout premiers rires c’est le premier témoin
Refuge de la dernière heure
et dernière tâche de bonheur
aux premiers signes du destin
Tu t’rappelles on s’était couché
sur un millier de fourmis rouges
aucun de nous deux n’a bougé
les fourmis rouges
est-ce que quelque chose a changé
couchons-nous sur les fourmis rouges
pour voir si l’amour est resté
et voir si l’un de nous deux bouge
couchés sur les fourmis rouges

L’ATELIER-MATRICE


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L’ATELIER-MATRICE

 

Un poème où je commence par interroger le chemin sûr seul

où je poursuis par une narration d’événements et termine une fausse attente de stations de croix

en répétant je suis allé jusqu’au bout de la ligne suivie je me suis arrêté en arrivant à l’horizon je ne sais quand j’ai mis des années à avancer comme tout

ça maintenant que je suis mort de fatigue et d’ennui et je voudrais revenir sourire par un autre chemin

je n’en trouve qu’un seul et unique

maintenant que j’ai décroché le plus lourd des grands et je reviens dans l’absolu finir vivre là

et qui dit  n’en sors pas

il se prendra en photo tout seul parce qu’étant L’ATELIER DE LA VIE ce qui s’y voit se ressemble inconditionnellement

Ils rentrent chez eux dans la naissance éternelle.

 

Niala-Loisobleu –  02/11/19

LES SIGNES DE FRAYEUR


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LES SIGNES DE FRAYEUR

II suffit d’écarter les ronces : partout traces de la retraite fuyarde vers la ville, de l’abandon implacable des lieux exposés où jadis on bâtissait — proue de la
presqu’île aux joues de vent ; et le chalet bien plus haut que le col, à la frontière des derniers arbres.

Reflues en la place forte, en la ville qui émousse, fragmente, et monotonise l’espace pour parer à toute surprise, à l’abri de l’abrupt et de l’exposé, ils cherchent la plus
profonde sécurité comme si ne cessait de les talonner une première terreur.

En témoignent ces comparaisons articulées encore et toujours, malgré tous les remparts, à un monde auroral que nous n’avons jamais vu mais que nous avons encore en
mémoire ; un monde ruisselant du déluge; comme si nous n’en finissions pas de nous extraire de marécages et de grottes, de nous soustraire aux tentacules et aux terres mouvantes
; monde à la lisière de nos villes où nous allons rôder le dimanche et l’été, à peine « revenus d’une grande frayeur », échappés au
poisson et au serpent, et que nous continuons à traîner dans nos métaphores ; arrière-monde où nous puisons encore nos images pour reconnaître celui-ci.

Michel Deguy