L’EPOQUE 2019/62 – LES EAUX-NEUVES 3


L’EPOQUE 2019/62 – LES EAUX-NEUVES 3

 

Voici « LES EAUX NEUVES III » le soixante-deuxième de cette nouvelle Epoque 2019 avec BARBARA AUZOU.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires et vos likes.

les eaux neuves 3

 L’EPOQUE 2019/62

« LES EAUX-NEUVES 3 »
NIALA
Acrylique s/toile 53×38

 

Donne-moi

Une fontaine proche de la forêt

Où baigner notre précieuse désinvolture

Dans l’algue couronnée d’un lit furtif

Et comme on a franchi les murs

Nous franchirons les eaux

Aux pas détrempés pétris d’oiseaux

Qui font déborder le ciel

Maintenant que nous sommes seuls

Pour provoquer demain

Et la mémoire froide des stèles

J’écris au canif ma paresse rose

Tremblant d’enfance

Sur ce miroir sans fond

Et je monte à cru ce temps ravi qui ose

Et puis ruisselle

 

 

Barbara Auzou.

 

 

L’exposition  L’Epoque 2019 se poursuit Salle Marvaud, Couvent des Récollets à Cognac.

expo

 

expo 2

 

BORD QUI FLOTTE


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BORD QUI FLOTTE

 

Depuis que les maisons se tournent le dos, les rues prennent des sens interdits. Le raidillon de l’escalier de service n’accorde plus de paliers de décompression sur le pas de porte accortes des cuisines

Derrière les tilleuls de la vieille église des bancs de sable freinent le courant de la rivière. L’écho des pierres  s’étouffe dans la rouille des gonds

Par le reste de rosace, la diagonale du vitrail couche sa tête sur les dalles disjointes

BLANC ET NOIR
Comment vivre ailleurs que près de ce grand arbre blanc de cette lampe

Le vieillard a jeté une à une ses dents d’ivoire
A quoi bon continuer à mordre ces enfants qui ne meurent jamais
Le vieillard

Les dents

Cependant ce n’était pas le même rêve et quand il s’est imaginé qu’il était aussi grand que
Dieu lui-même il a changé sa religion et quitté sa vieille chambre noire

Puis il acheta de nouvelles cravates et une armoire
Mais maintenant sa tête aussi blanche que l’arbre n’est plus en effet qu’une misérable petite boule au bas des marches

De loin la boule remue
Il y a un chien à côté et dans sa forme
De loin quand il remue on ne sait plus si c’est la boule

Pierre Reverdy

J’ai mis ma gourde au lavoir pour la remplir de tes coups de battoir. Quand tu t’es penchée tes seins se sont glissés comme du sirop d’amante. Prenant le bâton le chien sur le pas de porte est venu me dire « Viens partons, nous porterons le gêneur au dehors, hier la dame s’est repeinte les yeux en apprenant la vérité ».

 

Niala-Loisobleu – 29/10/19

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EN FAIT


L’uni des cloisons attrapé en marche, des fleurs vont du sol au plafond

Souffle dans le duvet des aisselles, l’olivier va jouer vert-argent avec sa chevelure. Sous lui le bistre gagne le fond terrestre. Que sans effort on se retrouve dans l’odeur de feu intérieur

Oui la marée montante que ta jupe recouvre encore est aux reins du bateau

Une double montgolfière est assise

La vallée tend l’épaule au fusil a repasser, soudain prise par un délire de darne qui porte à tout. L’anémone pose son gros œil noir au bouton de sonnette avant que l’éclaircie ne fléchisse en remontant les rideaux

La dame a laissé sa pensée se promener à bord des tableaux en laissant le chien noir la guider

Tu te dis, à cette heure-ci il a du bassiner la cabane. Je débarrasserai la table plus tard.

Niala-Loisobleu – 28/10/19

ROSIE


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ROSIE

Elle était déjà là bien avant
Que les camions ne viennent
Elle tournait comme une enfant, une poupée derrière la scène
C’était facile de lui parler
On a échangé quelques mots
Je lui ai donné mon passe pour qu’elle puisse entrer voir le show
Elle s’est assise à côté de moi sur des caisses de bière
Pendant que je mixais le son pour le groupe sur la scène en arrière
Elle les fixait à s’en brûler la peau, moi, je la trouvais
Tellement belle
Après le dernier morceau
Le batteur est parti avec elle
Rosie, tout est blanc
Tes yeux m’éclairent
De t’avoir eue un instant, j’étais tellement fier
Tout ce qu’il me reste à présent
L’envie de tout foutre en l’air
Et de recommencer la nuit
Rosie
Je suppose j’aurais dû deviner
Qu’elle venait pour les stars
Et m’empêcher
Francis Cabrel

SOLEIL ÉLECTRIQUE


Devant l’adipeuse allure d’une ombre à crochets à double-face mise en surlignage sur la clarté du jour, délaissant l’ire qui survient justement, j’allume la voie en rouge pour empêcher l’entrée du putain de train maudit en gare.

Marre du poste de lampiste assigné.

Ta sale gueule fabriquée à base de ta propre bile est polluante. Tes fausses raisons sont une vraie cause de harcèlement polluant.

La mécanique de précision du système destructeur de la névrose est plus mortelle pour l’entourage que pour son auteur.

Il pleut dehors. C’est un jour de merde. Mes murs sont soleil. Je sens que j’ai la peinture a allumer. Tant pis si le noir en Soulages. Moi ça me fait vomir.

Je veux aimer comme un sein qui tombe de tout son poids.

Niala-Loisobleu – 28/10/19

R. C. SEINE NO


Francis Ponge

R. C. SEINE NO

 

C’est par un escalier de bois jamais ciré depuis trente ans, dans la poussière des mégots jetés à la porte, au milieu d’un peloton de petits employés à la
fois mesquins et sauvages, en chapeau melon, leur valise à soupe à la main, que deux fois par jour commence notre asphyxie.

Un jour réticent règne à l’intérieur de ce colimaçon délabré, où flotte en suspension la râpure du bois beige. Au bruit des souliers hissés par
la fatigue d’une marche à l’autre, selon un axe crasseux, nous approchons à une allure de grains de café de l’engrenage broyeur.

Chacun croit qu’il se meut à l’état libre, parce qu’une oppression extrêmement simple l’oblige, qui ne diffère pas beaucoup de la pesanteur : du fond des cieux la main de la
misère tourne le moulin.

*

L’issue, à la vérité, n’est pas pour notre forme si dangereuse. Cette porte qu’il faut passer n’a qu’un seul gong de chair de la grandeur d’un homme, le surveillant qui l’obstrue
à moitié : plutôt que d’un engrenage, il s’agit ici d’un sphincter. Chacun en est aussitôt expulsé, honteusement sain et sauf, fort déprimé pourtant, par des
boyaux lubrifiés à la cire, au fly-tox, à la lumière électrique. Brusquement séparés par de longs intervalles, l’on se trouve alors, dans une atmosphère
entêtante d’hôpital à durée de cure indéfinie pour l’entretien des bourses plates, filant à toute vitesse à travers une sorte de monastère-patinoire dont
les nombreux canaux se coupent à angles droits, — où l’uniforme est le veston râpé.

*

Bientôt après, dans chaque service, avec un bruit terrible, les armoires à rideaux de fer s’ouvrent, — d’où les dossiers, comme d’affreux oiseaux-fossiles familiers,
dénichés de leurs strates, descendent lourdement se poser sur les tables où ils s’ébrouent. Une étude macabre commence. 0 analphabétisme commercial, au bruit des
machines sacrées c’est alors la longue, la sempiternelle célébration de ton culte qu’il faut servir.

Tout s’inscrit à mesure sur des imprimés à plusieurs doubles, où la parole reproduite en mauves de plus en plus pâles finirait sans doute par se dissoudre dans le
dédain et l’ennui même du papier, n’étaient les échéanciers, ces forteresses de carton bleu très solide, troués au centre d’une lucarne ronde afin qu’aucune
feuille insérée ne s’y dissimule dans l’oubli.

Deux ou trois fois par jour, au milieu de ce culte, le courrier multicolore, radieux et bête comme un oiseau des îles, tout frais émoulu des enveloppes marquées de noir par
le baiser de la poste, vient tout de go se poser devant moi.

Chaque feuille étrangère est alors adoptée, confiée à une petite colombe de chez nous, qui la guide à des destinations successives jusqu’à son
classement.

Certains bijoux servent à ces attelages momentanés : coins dorés, attaches parisiennes, trombones attendent dans des sébiles leur utilisation.

*

Peu à peu cependant, tandis que l’heure tourne, le flot monte dans les corbeilles à papier. Lorsqu’il va déborder, il est midi : une sonnerie stridente invite à
disparaître instantanément de ces lieux. Reconnaissons que personne ne se le fait dire deux fois. Une course éperdue se dispute dans les escaliers, où les deux sexes
autorisés à se confondre dans la fuite alors qu’ils ne l’étaient pas pour l’entrée, se choquent et se bousculent à qui mieux mieux.

C’est alors que les chefs de service prennent vraiment conscience de leur supériorité : « Turba ruit ou ruunt »; eux, à une allure de prêtres, laissant passer le
galop des moines et moinillons de tous ordres, visitent lentement leur domaine, entouré par privilège de vitrages dépolis, dans un décor où les vertus embaumantes sont
la morgue, le mauvais goût et la délation, — et parvenant à leur vestiaire, où il n’est pas rare que se trouvent des gants, une canne, une écharpe de soie, ils se
défroquent tout à coup de leur grimace caractéristique et se transforment en véritables hommes du monde.

Francis Ponge