ROSIE


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ROSIE

Elle était déjà là bien avant
Que les camions ne viennent
Elle tournait comme une enfant, une poupée derrière la scène
C’était facile de lui parler
On a échangé quelques mots
Je lui ai donné mon passe pour qu’elle puisse entrer voir le show
Elle s’est assise à côté de moi sur des caisses de bière
Pendant que je mixais le son pour le groupe sur la scène en arrière
Elle les fixait à s’en brûler la peau, moi, je la trouvais
Tellement belle
Après le dernier morceau
Le batteur est parti avec elle
Rosie, tout est blanc
Tes yeux m’éclairent
De t’avoir eue un instant, j’étais tellement fier
Tout ce qu’il me reste à présent
L’envie de tout foutre en l’air
Et de recommencer la nuit
Rosie
Je suppose j’aurais dû deviner
Qu’elle venait pour les stars
Et m’empêcher
Francis Cabrel

SOLEIL ÉLECTRIQUE


Devant l’adipeuse allure d’une ombre à crochets à double-face mise en surlignage sur la clarté du jour, délaissant l’ire qui survient justement, j’allume la voie en rouge pour empêcher l’entrée du putain de train maudit en gare.

Marre du poste de lampiste assigné.

Ta sale gueule fabriquée à base de ta propre bile est polluante. Tes fausses raisons sont une vraie cause de harcèlement polluant.

La mécanique de précision du système destructeur de la névrose est plus mortelle pour l’entourage que pour son auteur.

Il pleut dehors. C’est un jour de merde. Mes murs sont soleil. Je sens que j’ai la peinture a allumer. Tant pis si le noir en Soulages. Moi ça me fait vomir.

Je veux aimer comme un sein qui tombe de tout son poids.

Niala-Loisobleu – 28/10/19

R. C. SEINE NO


Francis Ponge

R. C. SEINE NO

 

C’est par un escalier de bois jamais ciré depuis trente ans, dans la poussière des mégots jetés à la porte, au milieu d’un peloton de petits employés à la
fois mesquins et sauvages, en chapeau melon, leur valise à soupe à la main, que deux fois par jour commence notre asphyxie.

Un jour réticent règne à l’intérieur de ce colimaçon délabré, où flotte en suspension la râpure du bois beige. Au bruit des souliers hissés par
la fatigue d’une marche à l’autre, selon un axe crasseux, nous approchons à une allure de grains de café de l’engrenage broyeur.

Chacun croit qu’il se meut à l’état libre, parce qu’une oppression extrêmement simple l’oblige, qui ne diffère pas beaucoup de la pesanteur : du fond des cieux la main de la
misère tourne le moulin.

*

L’issue, à la vérité, n’est pas pour notre forme si dangereuse. Cette porte qu’il faut passer n’a qu’un seul gong de chair de la grandeur d’un homme, le surveillant qui l’obstrue
à moitié : plutôt que d’un engrenage, il s’agit ici d’un sphincter. Chacun en est aussitôt expulsé, honteusement sain et sauf, fort déprimé pourtant, par des
boyaux lubrifiés à la cire, au fly-tox, à la lumière électrique. Brusquement séparés par de longs intervalles, l’on se trouve alors, dans une atmosphère
entêtante d’hôpital à durée de cure indéfinie pour l’entretien des bourses plates, filant à toute vitesse à travers une sorte de monastère-patinoire dont
les nombreux canaux se coupent à angles droits, — où l’uniforme est le veston râpé.

*

Bientôt après, dans chaque service, avec un bruit terrible, les armoires à rideaux de fer s’ouvrent, — d’où les dossiers, comme d’affreux oiseaux-fossiles familiers,
dénichés de leurs strates, descendent lourdement se poser sur les tables où ils s’ébrouent. Une étude macabre commence. 0 analphabétisme commercial, au bruit des
machines sacrées c’est alors la longue, la sempiternelle célébration de ton culte qu’il faut servir.

Tout s’inscrit à mesure sur des imprimés à plusieurs doubles, où la parole reproduite en mauves de plus en plus pâles finirait sans doute par se dissoudre dans le
dédain et l’ennui même du papier, n’étaient les échéanciers, ces forteresses de carton bleu très solide, troués au centre d’une lucarne ronde afin qu’aucune
feuille insérée ne s’y dissimule dans l’oubli.

Deux ou trois fois par jour, au milieu de ce culte, le courrier multicolore, radieux et bête comme un oiseau des îles, tout frais émoulu des enveloppes marquées de noir par
le baiser de la poste, vient tout de go se poser devant moi.

Chaque feuille étrangère est alors adoptée, confiée à une petite colombe de chez nous, qui la guide à des destinations successives jusqu’à son
classement.

Certains bijoux servent à ces attelages momentanés : coins dorés, attaches parisiennes, trombones attendent dans des sébiles leur utilisation.

*

Peu à peu cependant, tandis que l’heure tourne, le flot monte dans les corbeilles à papier. Lorsqu’il va déborder, il est midi : une sonnerie stridente invite à
disparaître instantanément de ces lieux. Reconnaissons que personne ne se le fait dire deux fois. Une course éperdue se dispute dans les escaliers, où les deux sexes
autorisés à se confondre dans la fuite alors qu’ils ne l’étaient pas pour l’entrée, se choquent et se bousculent à qui mieux mieux.

C’est alors que les chefs de service prennent vraiment conscience de leur supériorité : « Turba ruit ou ruunt »; eux, à une allure de prêtres, laissant passer le
galop des moines et moinillons de tous ordres, visitent lentement leur domaine, entouré par privilège de vitrages dépolis, dans un décor où les vertus embaumantes sont
la morgue, le mauvais goût et la délation, — et parvenant à leur vestiaire, où il n’est pas rare que se trouvent des gants, une canne, une écharpe de soie, ils se
défroquent tout à coup de leur grimace caractéristique et se transforment en véritables hommes du monde.

Francis Ponge

INTIMES


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INTIMES

 

Tu glisses dans le lit

De lait glacé tes sœurs les fleurs

Et tes frères les fruits

Par le détour de leurs saisons

A l’aiguille irisée

Au flanc qui se répète

Tes mains tes yeux et tes cheveux

S’ouvrent aux croissances nouvelles

Perpétuelles

Espère espère espère
Que tu vas te sourire
Pour la première fois

Espère

Que tu vas te sourire

A jamais

Sans songer à mourir.

A toutes brides toi dont le fantôme
Piaffe la nuit sur un violon
Viens régner àuns les bois

Les verges de l’ouragan
Cherchent leur chemin par chez toi
Tu n’es pas de celles
Dont on invente les désirs

Tes soifs sont plus contradictoires
Que des noyées

Quel soleil dans la glace qui fait fondre un œuf
Quelle aubaine insensée le printemps tout de suite.

Figure de force brûlante et farouche
Cheveux noirs où l’or coule vers le sud

Aux nuits corrompues
Or englouti étoile impure
Dans un lit jamais partagé

Aux veines des tempes

Comme aux bouts des seins

La vie se refuse

Les yeux nul ne peut les crever

Boire leur éclat ni leurs larmes

Le sang au-dessus d’eux triomphe pour lui seul

Intraitable démesurée

Inutile

Cette santé bâdt une prison.

Je n’ai envie que de t’aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t’ai faite à la taille de ma solitude

Le monde entier pour se cacher

Des jours des nuits pour se comprendre

Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d’un monde à ton image

Et des jours et des nuits réglé par tes paupières.

Paul Eluard

A DIRE VRAI


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A DIRE VRAI

Du jour que le temps fait à sa guise, j’m’ai dit si

c’est toi qui peint l’odeur de croûte chaude et de mie câline

alors laisse pisser les machines

les marchands de promesse

les jours promis meilleurs

comme te disait Marthe

t’as c’qui faut avec ta ficelle, un bout d’bois, ta bite et ton couteau…

puisque du jour où t’es né t’as amené le jour où tu mourrais

fais au moins bonne la traversée.

Niala-Loisobleu – 27/10/19

TROU DU MUR


Leurs pieds chaussés de pavés mis bout à bout, ils sont entrés l’un à la suite de l’autre. Tu te retrouves comme un port niché dans la mémoire d’une traversée encore en marche. Seulement c’est l’escale. Ils viennent vivre le bout caché d’une aventure commune. On a soudain la certitude d’être et ça donne à rigoler comme si on avait fait farce au quotidien. On partage. Tout passe et se vit par le mur ouvert.

Niala-Loisobleu – 26/10/19

EFFET D’EAUX-NEUVES


Au coin de l’œil humide surgit le lotus, souple de l’haleine pointée à dessein

Au renversé de leur cime les arbres piroguent entre les serpentins de lumière

Un couple tourne à l’angle du mur de rive et gagne le couvert de la maison

En piqué un martin-pêcheur vient de faire trembler la quiétude du nénuphar pour rejoindre le chant de source. Mais chaque tableau est unique.

Niala-Loisobleu – 26/10/19

LIGNE BLEUE


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LIGNE BLEUE

 

Les gouttes retenues j’ouvre la fenêtre, ses seins sont tournés d’argile, d’huile et de vins

L’olivier rejoint l’oranger et le citronnier, juste un feu de sarment au premier pressage

Le thym a déjà rejoint le sommet des lavandes en laissant libre-cours à l’abeille de son ventre au triangle de fleurs mêlées

Le bateau fendant de sa proue cette idée particulière d’autre horizon tient le voile blanc dans la main des enfants.

 

Niala-Loisobleu – 26/10/19